Agressions sexuelles dans un CHSLD: des familles témoignent

À la mi-août, La Tribune mettait en lumière le cas d'agressions sexuelles... (Archives, La Tribune)

Agrandir

Archives, La Tribune

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(SHERBROOKE) À la mi-août, La Tribune mettait en lumière le cas d'agressions sexuelles répétées au pavillon Argyll, un CHSLD de Sherbrooke. La situation avait été dénoncée par des employés déplorant que les victimes ne soient pas davantage protégées par la direction. La Tribune a reçu plusieurs témoignages à la suite de la publication. Voici celui de deux membres de famille de résidents.

Lorsque Madame Simard a pris conscience que ses pertes de mémoire devenaient de plus en plus importantes, elle a décidé de prendre en note ses dernières volontés. Parmi elles, elle demandait bien humblement à ses proches de continuer de l'aimer, de l'accompagner et de la protéger. Elle écrit qu'elle fait confiance à son mari et ses enfants pour s'occuper d'elle, mais elle leur donne aussi la permission de la placer dans un centre de santé si la responsabilité devient trop lourde à leurs yeux.

Ce sont ces volontés que le mari de Madame Simard tente de faire respecter au cours des dernières années. Mais depuis que son épouse des soixante dernières années vit en CHSLD, il n'a pas la tâche facile.

Sa femme était en CHSLD depuis quelques mois, lorsque Monsieur Simard s'est mis à s'inquiéter pour la sécurité physique de sa femme qui devenait de plus en plus confuse. Le mari qui rendait visite quotidiennement à son épouse, maintenant diagnostiquée Alzheimer, avait remarqué le comportement sexuel déviant d'un autre résident qui se baladait librement dans le centre, d'une aile à l'autre, d'une chambre à l'autre. «J'ai averti le chef d'unité. Je lui ai partagé mes craintes lui disant que cet homme pouvait être dangereux pour les femmes. Il m'a dit qu'il allait s'en occuper», témoigne Monsieur Simard, un nom fictif.

Après cet avertissement, une agression sexuelle impliquant ce résident au comportement déviant survient. Pas sur Madame Simard, mais bien sur une autre résidente. «Ça s'est su, alors la décision a été prise, par le chef d'unité, de déménager l'agresseur dans une autre aile. Celle de ma femme», raconte le mari qui a immédiatement manifesté son mécontentement. «Le chef d'unité m'a dit qu'il était le boss et qu'il contrôlerait la situation.»

Quelques jours plus tard, Monsieur Simard reçoit en soirée, à son retour du CHSLD où il a passé la journée avec son épouse, un appel d'une infirmière. «On me dit que cet agresseur, celui que je craignais, a agressé mon épouse. L'infirmière l'a surpris avec les mains dans les petites culottes de ma femme», témoigne avec difficulté l'époux souffrant des dommages causés à l'intégrité de son épouse. M. Simard est persuadé que cette agression sexuelle dont sa femme a été victime aurait pu être évitée.

L'agresseur est enfermé pour la nuit et est mis sous surveillance dès le lendemain. «Combien d'agressions faut-il avant de prendre ces mesures?», demande-t-il.

La première fois que le chef d'unité croise M. Simard après l'agression sexuelle de sa femme, il l'interpelle avec un ton de reproche. «Il m'a crié de son bureau : mais qu'est-ce que vous avez fait, M. Simard? Je viens de passer 3 h au téléphone pour tenter de régler le cas de l'agresseur!»

M. Simard s'est rendu au poste de police à trois reprises pour porter plainte. «On m'a dit que la police ne se mêlait pas de ce qui se passait en CHSLD», se souvient l'octogénaire à qui, lors de sa dernière visite au poste, le policier a tendu un dépliant de DIRA, organisme qui traite les cas de maltraitance des personnes âgées.

Plaintes non entendues

Bianca Battistini a passé beaucoup de temps dans les CHSLD au cours des dernières années. Sa mère et son beau-père étaient hébergés au pavillon Argyll, son père au pavillon St-Vincent. Elle a été témoin de plusieurs attouchements sexuels pendant ces années. «Je me souviens notamment de Julienne (nom fictif), elle était Alzheimer. Son mari venait la faire manger tous les jours. Il adorait sa femme. J'ai vu à plusieurs reprises un autre résident l'agresser, l'embrasser et lui mettre la main dans les culottes. Je ne pouvais pas le dire à son mari, ça l'aurait détruit. Je ne me sentais pas capable», raconte Mme Battistini qui a par contre porté plainte à plusieurs reprises au personnel responsable de l'unité.

«On m'a dit que ce n'était pas de mes affaires puisque ce n'était pas ma mère», explique Mme Battistini qui ne comprend pas pourquoi l'agresseur était dans ce CHSLD. «Il marchait et avait de la mémoire. Il me saluait par mon prénom.»

Il est à noter que les deux agresseurs dont il est question dans ce reportage ne sont pas les mêmes que ceux dont il était question dans le premier reportage publié le 15 août.

«On se fait aussi souvent dire: si vous n'êtes pas contents, amenez votre mère ailleurs, sachant très bien que ce n'est pas possible», ajoute Mme Battistini.

Un jour, le mari de Julienne a appris que sa femme avait été victime d'attouchements sexuels. «Il a fait une crise. Ça l'a tellement affecté qu'il s'est ramassé à l'hôpital. Aujourd'hui, il est mort et sa femme vit toujours», poursuit-elle.

À plusieurs reprises, Bianca Battistini a elle-même séparé des agresseurs des victimes.

«Des témoins, il y en a plein. Du tripotage, j'en ai jamais autant vu de ma vie. J'ai jamais autant crié. Et je ne me suis jamais fait autant chicaner que par le chef d'unité. À un moment donné, on se tanne.»

Les témoins ne sont souvent pas les membres de la famille de la victime, mais bien des autres résidents sur l'étage.

Bianca Battistini a même porté plainte, par écrit, au Protecteur du citoyen du Québec. «Chaque fois, on reçoit la même lettre disant que tout a été fait dans les règles de l'art», déplore-t-elle.

Et le comité des résidents? «J'ai fait des plaintes, mais les membres se rangent toujours du côté de l'employeur, car ils retirent certains avantages», estime-t-elle.

«Il n'y a rien de nouveau. Mais ça ne veut pas dire qu'il faut banaliser la situation», conclut Mme Basttistini.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer