Enseigner à des élèves qui ont fui la guerre

Dans une classe d'accueil, il y a des immigrants volontaires, mais surtout des... (Photo AP)

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(SHERBROOKE) Dans une classe d'accueil, il y a des immigrants volontaires, mais surtout des réfugiés. Parmi les enfants réfugiés, un gamin a été témoin d'assassinats. Un autre a été victime d'un kidnapping. Une autre fillette a entendu des coups de feu lorsqu'elle jouait dehors. Elle a réalisé par la suite que c'était sa copine qui était tombée sous les balles.

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Sandra Hallé

Imacom, Jessica Garneau

C'est pour s'éloigner de ces horreurs que leur famille a quitté leur pays d'origine pour s'installer à Sherbrooke après un parcours migratoire souvent rempli d'embûches.

Ils arrivent du Congo, du Tchad, de la Tanzanie, l'Afghanistan, la Zambie, la Tanzanie, la République centrale d'Afrique, la Syrie. En fuyant la guerre, ces enfants ont été plus chanceux que le petit naufragé syrien échoué sur une plage de Turquie.

La Tribune est allée à la rencontre d'enseignantes de classes d'accueil pour savoir à quoi ressemble le parcours scolaire de ces jeunes réfugiés une fois rendus en pays de paix.

Les enfants ne parlent pas trop en classe des horreurs dont ils ont été témoins. Parce qu'à leur arrivée, ils ne connaissent pas la langue de leur pays d'adoption, mais surtout parce que les enfants vivent dans le moment présent. Mais parfois le tonnerre résonne comme une bombe et une élève se retrouve sous son pupitre. Et parfois la décoration en squelette à l'Halloween effraie plus qu'elle le devrait.

« L'objectif premier est de créer un environnement sécuritaire pour les enfants. C'est seulement lorsque les enfants se sentent en sécurité qu'on peut se tourner vers l'apprentissage », expliquent Sandra Hallé et Katia Arbour, professeures de classes d'accueil aux écoles primaires des Quatre-Vent et LaRocque. Les deux enseignantes ajoutent que les parents protègent beaucoup leurs enfants de la dure réalité. « Souvent les enfants n'ont pas été témoins des mêmes réalités que les parents », précisent-elles.

Si certaines confidences sur leur passé peuvent sortir en cours d'année, c'est surtout par le rapport des conseillers pédagogiques que les enseignantes prennent connaissance du parcours migratoire de leurs élèves. Histoire de mieux les guider et de bien interpréter leurs réactions.

« Certains ont vécu dans des camps de réfugiés dans des pays voisins de leur pays et y ont vécu du racisme et de l'intimidation. J'ai un élève irakien dont le parcours scolaire a été interrompu, car il n'avait pas le droit d'aller à l'école en Jordanie à cause de sa religion », raconte Mme Hallé ajoutant qu'à leur arrivée, les élèves peuvent avoir jusqu'à trois ans de retard scolaire. Ils resteront au maximum deux ans en classe d'accueil.

Portrait d'une classe d'accueil

Dans sa classe de 16 élèves âgés de 6 à 10 ans, Mme Arbour a déjà eu onze élèves qui avaient souffert de malnutrition et sous-stimulation, dix étaient des réfugiés, six avaient des traumatismes liés à la guerre, cinq avaient des parents complètement analphabètes et quatre avaient des problèmes urinaires.

« On enseigne à des élèves de trois ou quatre niveaux différents, des élèves qui ont dix langues maternelles différentes, des familles qui ont connu le pire. Ça prend beaucoup d'empathie », résume Mme Arbour.

«On a fait un projet sur l'eau, les enfants avaient les yeux qui brillaient.»


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Katia Arbour

Imacom, Jessica Garneau

Mme Hallé renchérit sur l'empathie. « Il faut tenir compte de ce qu'ils ont vécu, les écouter, ne pas les brusquer. Ils vivent un choc culturel. Certains sont nés dans des camps de réfugiés pas toujours sécuritaires et n'ont connu que ça. Ils s'ennuient de leurs amis et leur famille laissés derrière », précise-t-elle ajoutant qu'elle n'a jamais observé dans sa classe de tension entre les castes, les ethnies ou les religions différentes.

Les réalités différentes sont souvent mises en lumière lors de projets spéciaux.

« On a fait un projet sur l'eau, les enfants avaient les yeux qui brillaient. Un racontait qu'il avait un puits. L'autre disait qu'il avait accès à de l'eau potable entre 8 et 9 h le matin », relate Mme Arbour.

Certains enfants ne savaient pas ce qu'était l'électricité. « J'ai eu un élève qui jouait toujours avec les lumières, il était fasciné », raconte Mme Arbour qui n'échangerait jamais sa classe contre une classe régulière.

« Notre lien est tellement intense. Il y a plein de moments magiques comme les premiers mots français prononcés en classe », ajoute l'enseignante.

Mme Arbour est pour l'accueil de nouveaux réfugiés, mais espère que la structure scolaire saura s'adapter.

« Nos classes peuvent aller jusqu'à 17 élèves. C'est déjà trop selon moi. Je souhaiterais qu'on soit reconnu comme une classe de réadaptation scolaire et qu'on ait un maximum de 12 élèves », espèrerait Mme Arbour qui s'inquiète du même souffle des coupes qui forceront, à l'inverse, l'augmentation du nombre d'élèves dans les classes.

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