Le projet de «zones interdites» conservateur mal reçu

Le directeur général de l'Association éducative transculturelle, Shah... (Imacom, Maxime Picard)

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Le directeur général de l'Association éducative transculturelle, Shah Ismatullah Habibi, considère que l'intention du premier ministre Stephen Harper de criminaliser la plupart des voyages des Canadiens dans certaines zones du monde où des groupes terroristes pratiquent des «activités hostiles» ne tient pas la route.

Imacom, Maxime Picard

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Emanuelle Boutin-Gilbert
La Tribune

(SHERBROOKE) Voyager de frontière en frontière n'a jamais été autant à la portée des Québécois. Depuis quelques semaines une annonce controversée fait craindre une fermeture de ces frontières qui s'étaient pourtant estompées.

En début de campagne électorale, le premier ministre Stephen Harper a annoncé qu'un gouvernement conservateur réélu comptait empêcher les Canadiens de se rendre dans certaines zones du monde où des groupes terroristes recrutent et forment des partisans.

Rencontré afin de discuter de cet enjeu, Shah Ismatullah Habibi, directeur général de l'Association éducative transculturelle, a expliqué que cette restriction, si elle devait être appliquée, pourrait être inquiétante pour les communautés culturelles de Sherbrooke.

D'abord, M. Habibi met les pendules à l'heure. «Les réfugiés sont des gens qui ont quitté leur pays parce qu'au moment où ils sont partis, ils étaient en danger pour leur vie puisqu'ils n'étaient pas en accord avec les idéaux véhiculés par leur pays ni par la façon dont il était géré» insiste-t-il, alors que ses mots sont empreints de beaucoup de sens.

En effet, il faut rappeler que M. Habibi a perdu son fils au Sud Est de la Turquie il y a un peu plus d'un an, et que plusieurs médias s'étaient emparés de cette disparition et de celle de certains jeunes de la région, en suggérant «de façon hâtive» selon lui, qu'ils avaient été rejoindre le groupe armé État islamique en Syrie.

Cependant, M. Habibi a été clair dès le début : la discussion n'aurait pas pour objet son fils mais plutôt ses compatriotes réfugiés, qu'il considère tous comme «ses fils».

Il ajoute que souvent, les réfugiés des régions visées par la proposition de M. Harper attendent entre 40 et 60 mois avant de pouvoir immigrer au Canada. «Ces gens acceptent de vivre dans des conditions difficiles parce qu'ils croient que le meilleur est à venir», soutient l'homme d'origine afghane.

«S'ils sont partis, c'est qu'ils n'étaient pas en accord avec l'avenir réservé à leur pays et qu'ils risquaient d'être persécutés s'ils restaient là-bas. Pourquoi changeraient-ils d'idée?», questionne l'homme.

Si le gouvernement du Canada les a laissé entrer ici après une série de questions, d'examens, de documents à remplir et surtout après une attente interminable, pourquoi alors prétendre qu'ils sont des terroristes ou qu'ils le deviennent?

Il ajoute que «c'est gens-là ont la famille là-bas, ils vont vouloir aller voir leur mère, leur père éventuellement quand la situation se sera calmé», rappelle M. Habibi.

«Si on a ce jugement-là au Canada, il faut qu'on dise, on n'accepte plus d'immigrants», tranche M. Habibi.

«On ne peut pas empêcher quelqu'un de circuler dans un pays ni de se rentre ensuite dans un autre pays», argumente le grand voyageur.

«Où va être la balise?», se questionne celui qui intervient quotidiennement auprès de centaines de gens issus de partout à travers le monde.

«Je ne penserais pas que ça passe. Le gouvernement conservateur ne peut pas faire cavalier tout seul pour faire accepter ça par les citoyens. À mon avis à moi, cette proposition ne tient pas la route!», fini par camper M. Habibi.

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