Attouchements sur des aînées : Un problème banalisé, réagit un dénonciateur

« C'est vraiment de la poudre aux yeux », rétorque un des employés qui... (Archives La Tribune)

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(Sherbrooke) « C'est vraiment de la poudre aux yeux », rétorque un des employés qui dénonçaient, samedi dans les pages de La Tribune, le fait que des attouchements sexuels se produisaient de façon répétée et sur une longue période sur des résidentes du pavillon Argyll, le CHSLE où il travaille. L'employé réagit aux propos tenus par la direction, lundi en point de presse, voulant que « tout est sous contrôle » depuis le mois de mai et qu'il n'y a donc pas de raison de craindre pour la sécurité de l'ensemble des résidents de l'établissement géré par le CIUSSS de l'Estrie-CHUS.

« Cet été, j'ai moi-même tassé un des deux agresseurs au moins une à deux fois par quart de travail que j'ai fait, et cela pendant un mois », relate cette même source qui désire conserver l'anonymat.

« Lorsque cela arrivait, je le disais à l'infirmière responsable qui me répondait : « c'est correct ». Et c'est tout ce qui était fait, aucun rapport, aucune autre consigne, rien», ajoute l'employé. « J'ai averti plusieurs fois, mais sachant que rien n'était fait, on ne perdait plus notre temps à perdre notre temps à avertir qui que ce soit! » relate l'employé.

Dénonciation verbale

La procédure établie prévoit qu'un employé membre du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP) qui est témoin d'une agression sexuelle doit avertir l'infirmière ou l'infirmière auxiliaire en poste au moment des événements. Ces employés inclut les préposés aux bénéficiaires, le personnel de maintenance et le personnel du service alimentaire. Aucun rapport écrit n'est rempli à cet effet. La dénonciation se fait verbalement. Et puisque ce type d'employés n'a pas accès au dossier des résidents, d'aucune façon ils peuvent s'assurer que les mesures prévues dans cette situation, soit la rédaction d'un rapport d'incident et la communication avec les proches de la victime, ont été appliquées.

« Effectivement, lorsqu'un de nos employés est témoin d'attouchement, ou tout autre comportement inapproprié, la procédure prévoit qu'il avertisse verbalement l'infirmière ou le chef d'équipe et aucune trace de cette dénonciation n'est laissée. Après cela, l'employé n'a aucun moyen de savoir si l'infirmière ou la direction a fait son travail. Ces employés ont des cahiers de communication, mais ces cahiers ne servent pas à ça », confirme Bruno Breton, l'agent aux griefs et vice-président de la section locale du SCFP au CSSS-IUGS, qui par ailleurs n'a jamais eu de plainte d'employés non satisfaits des mesures en place en cas d'agressions sexuelles. « Si cela avait été le cas, nous aurions écrit aux ressources humaines », ajoute M. Breton.

Procédures

La procédure veut que ce soit l'infirmière ou le chef d'équipe qui rédige les rapports d'incident dans le cas où une agression sexuelle est rapportée.

Sophie Thériault, présidente par intérim locale (infirmière) du Syndicat des professionnelles en soins de l'Estrie au CSSS-IUGS, commente les cas d'agressions sexuelles rapportées aux médias par des employés.

« On sait que ça arrive. On le dénonce. Mais à force de dénoncer, dénoncer, dénoncer, ça devient presque une banalité. Et peut-être que les gens se tannent et arrêtent de dénoncer voyant que rien ne change », soutient la représentante syndicale.

Ces témoignages portent à croire que ce ne sont pas tous les cas d'agressions sexuelles qui sont comptabilisés dans les chiffres fournis, lundi, par la direction du CIUSSS de l'Estrie-CHUS et transmis au gouvernement du Québec aux fins de publication.

Le manque de personnel est en cause, selon les deux représentants syndicaux. « Les ratios employés par résident doivent être révisés. On est souvent à découvert dans le personnel. Quand un employé s'absente, il n'est pas toujours remplacé, alors c'est certain que ce genre de gestes (attouchements sexuels) peuvent se produire sans qu'on les voit. On priorise les soins à la surveillance », relate Mme Thériault, ajoutant qu'elle n'a pas reçu de plainte, elle non plus, d'employés insatisfaits des mesures mises en place en cas d'agressions sexuelles au pavillon Argyll.

« Même au niveau des soins, on n'y arrive pas. Des grands bains sont reportés. Des gens qui devraient être levés ne le sont pas », précise Mme Thériault.

Le ratio pour les infirmières auxiliaires est de 1 pour 24 à 29 résidents selon le quart de travail. Il est de 1 pour 36 à 72 pour les infirmières et de 1 à 12 pour les préposés aux bénéficiaires.

Peut-on conclure que des rapports d'incident ne sont pas remplis lorsque certaines agressions sexuelles sont commises? « Si toutes les familles étaient averties à chaque fois qu'une agression sexuelle est commise, certaines familles recevraient plusieurs appels par jour », conclut l'employé.

Et pourquoi ne pas aller se plaindre à son représentant syndical? « C'est délicat. On n'oserait pas. On se ferait haïr par ceux avec qui on travaille. On tient à nos emplois », répond-t-il.

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