Les droits des agresseurs avant ceux des victimes?

En insistant sur le fait qu'on ne peut isoler les résidents qui commettent des... (ARCHIVES LA TRIBUNE)

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(SHERBROOKE) En insistant sur le fait qu'on ne peut isoler les résidents qui commettent des attouchements sexuels des autres pour des raisons de liberté, on fait passer les droits des agresseurs avant ceux des victimes, estime Stéphanie Tremblay, porte-parole du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS) Estrie.

C'est du moins l'un des points qui ressortent de son analyse du reportage publié dans La Tribune samedi, concernant la situation décriée par certains employés du pavillon Argyll. « Ce que je comprends, c'est qu'on dit qu'on ne peut pas brimer la liberté des gens. Mais certaines femmes se privent elles-mêmes de leur liberté [NDLR : en restant dans leurs chambres] parce qu'elles ont peur de subir des agressions. Ce sont les victimes ou les potentielles victimes qui paient. Dans ce contexte, je me demande pourquoi les hommes qui ont commis des agressions, eux, ne pourraient pas rester dans leur chambre », soulève-t-elle.

Ce réflexe de faire passer les droits des agresseurs avant ceux des victimes s'observe dans la société en général et est loin d'être exclusif au réseau de santé, affirme Mme Tremblay. « C'est un reflet de ce qui se passe partout. »

Même si les agresseurs ne sont pas totalement conscients de ce qu'ils font, leur geste reste un acte criminel, même s'ils n'en sont pas responsables aux yeux de la loi, rappelle-t-elle. Pour les victimes, « les conséquences ne sont pas moins grosses ».

Le fait que celles-ci continuent de côtoyer leurs agresseurs après que les gestes aient été posés nuit également à leur cheminement. « C'est extrêmement éprouvant pour les victimes de voir que leur agresseur n'a eu aucune conséquence, de le côtoyer jour après jour, de ne pas se sentir en sécurité. »

Pour Stéphanie Tremblay, la prévention devrait davantage être mise de l'avant dans les centres d'hébergement. « Ils disent qu'ils prennent la situation en charge, mais ils ne nous ont jamais appelés pour avoir des ateliers sur les agressions sexuelles. Au niveau de la prévention, il y a peut-être quelque chose à faire », soulève-t-elle.

Des ateliers peuvent être donnés auprès des résidents et du personnel pour expliquer ce qui constitue une agression sexuelle, ainsi que les conséquences que ces gestes peuvent avoir sur les victimes. L'excuse de la perte de fonctions cognitives ne devrait d'ailleurs pas être utilisée trop hâtivement, selon elle. « Il y en a pour qui c'est le cas, mais c'est facile de dire qu'ils ne savent pas ce qu'ils font. Il ne faut pas que ça vienne excuser des comportements. Il est possible d'envoyer un message plus clair que ce qui est envoyé présentement en tout cas. Ce n'est pas vrai que ça va toujours exister les agressions sexuelles et qu'il n'y a rien à faire. »

Une question au passage : si les résidents commettaient des agressions causant des lésions physiques, serait-on aussi réticents à les séparer des autres? « Probablement pas! J'ai l'impression qu'on n'aurait dans ce cas aucun problème à les contrôler, à les mettre à part. Dans le cas des agressions sexuelles, c'est toujours plus nébuleux », déplore Mme Tremblay.

Surprise

« Les usagers doivent être respectés dans leurs droits, il n'y a pas d'excuses possibles là-dessus. Ça devrait être tolérance zéro. »Le président du Comité des usagers du CHUS, Denis Marceau, a été surpris d'apprendre que des résidents du pavillon Argyll commettaient des attouchements sexuels sur des résidentes, et ce, parfois à répétition, malgré les précautions prises par le personnel. En plus de l'amener à dénoncer la situation, le reportage paru dans La Tribune samedi soulève des inquiétudes chez M. Marceau quant à la sécurité des usagers du CHUS.

Car il n'y a pas que dans les centres d'hébergement que des personnes aux facultés cognitives affectées séjournent, rappelle-t-il. « Au CHUS, il y a plusieurs types de clientèle; certains sont hospitalisés pour une chirurgie, un cancer... mais il reste qu'il y a des personnes atteintes de démence et d'Alzheimer qui sont aussi présentes au CHUS, et qui peuvent faire subir des sévices ou les recevoir. »

Il invite d'ailleurs l'hôpital à être sensible à cet enjeu et à prendre des dispositions pour prévenir de telles situations. « Au comité des usagers du CHUS, on n'a pas eu vent de situations semblables. Mais il reste que c'est sûrement une situation qui est à porter à l'attention de tous, et il faut veiller à la prévenir. Parce que selon ce dont je suis témoin, dans les chambres où il y a quatre personnes, même dans les chambres à deux ou encore individuelles, la nuit, les patients peuvent circuler et se mettre à se promener. S'il n'y a pas de surveillance adéquate, il peut y avoir des hommes qui se mettent à rentrer dans les chambres des femmes, ou ça peut se produire dans les chambres à plusieurs », soulève Denis Marceau.

Le président partage l'avis de l'avocat Jean-Pierre Ménard, qui soutient que peu importe le degré de conscience de l'agresseur, les victimes sont des victimes. « Comme président du comité des usagers, dans toute situation comme celle-là, le principal n'est pas d'essayer de comprendre pourquoi c'est arrivé et être sympathique là-dessus. C'est un droit que les usagers ont d'être en sécurité lorsqu'ils sont hospitalisés, dans des lieux sécuritaires et sous la responsabilité de l'institution. »

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