Pavillon Argyll : des dames âgées victimes d'attouchements

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(Sherbrooke) Dans un Centre hospitalier de soins de longue durée (CHSLD) de Sherbrooke, Monsieur A. avance vers une résidente, la coince à l'aide de sa marchette et lui prend les seins. Lorsqu'il est pris sur le fait, Monsieur A. se fâche et nie avoir posé ce geste. À une autre occasion, dans le corridor du centre d'hébergement, Monsieur A. est surpris la main dans les culottes d'une autre résidente. Pris sur le fait, il nie encore les faits et dit qu'il lui replaçait sa chemise. Surpris à caresser les seins d'une troisième résidente en pleurs, Monsieur A. se défend en prétendant la consoler.

Sur le même étage, une résidente se plaint que Monsieur B. pénètre dans sa chambre, sans sa permission, et tente de toucher ses seins. À une autre occasion, ce même Monsieur B., pantalon et sous-vêtement ouverts, incite une résidente à le masturber en guidant la main de cette dame confuse. Pris en flagrant délit, il pique une colère noire et nie les faits.

Des rapports d'incident sont remplis par des membres du personnel, mais rien ne change, la situation persiste, indiquent des employés du CHSLD, pavillon Argyll, qui ont décidé de prendre la parole pour les victimes qui ne peuvent plus le faire et ainsi dénoncer les agressions sexuelles dont ils sont témoins depuis des années. Ces employés du CIUSSS de l'Estrie-CHUS ont rencontré La Tribune dans un lieu public au cours des derniers jours.

Des noms fictifs ont été employés pour préserver l'anonymat des employés, victimes et agresseurs.

Monsieur A. et Monsieur B. sont aussi des résidents du CHSLD. Le premier souffre d'Alzheimer. Le deuxième non. «Il a peut-être de légers problèmes cognitifs, mais il est très orienté dans le temps», selon les employés rencontrés. Son incapacité est davantage de nature physique. Il se déplace en fauteuil roulant, mais par lui-même. Il est capable de faire ses transferts au lit, mais a parfois besoin d'aide.

«Ces deux résidents ont été pris à plusieurs reprises caressant les seins, les cuisses ou le sexe de résidentes, par-dessus ou par-dessous leurs vêtements. Des membres du personnel, des bénévoles, des spécialistes et des chefs d'équipe sont au courant et rien ne bouge depuis des années. À mon souvenir, plusieurs rapports d'incident ont été remplis à cet effet, donc la direction est aussi au courant. Par contre, les familles ne le sont pas. Nous sommes complices des événements. La loi du silence, l'image de l'institut, la confidentialité priment sur le devoir moral et les valeurs personnelles», témoigne Sonia, une employée du CHSLD de la rue Argyll, déplorant le manque de surveillance et d'encadrement de certains résidents.

«On est loin de la mort dans la dignité. C'est plutôt la mort en étant taponné», renchérit Virginie, une deuxième employée.

«Les gens sont censés être en sécurité dans les centres de soins de longue durée, mais là, il y a deux loups en liberté dans la résidence. Et qu'est-ce qu'on fait quand on est témoin d'une agression? La directive reçue est simple : on tasse le monsieur et on amène la dame dans sa chambre. C'est plus facile ainsi, car souvent les victimes ne parlent plus, elles n'ont plus la capacité de se plaindre», poursuit Jean, un collègue de travail de Sonia et Virginie, ajoutant que jamais il ne placerait un de ses proches au centre d'hébergement qui l'emploie. «Il y a de bons soins, mais pour la sécurité, c'est autre chose», confie-t-il.

Les employés ne prétendent pas avoir la solution au problème, mais trouvent simplement inacceptable que des personnes vulnérables soient laissées sans plus de protection. «Les femmes ont tellement peur que celles qui ont encore un peu de lucidité font mettre un gros STOP rouge devant leur porte et demandent de fermer la demi-porte. Elles se mettent en contention elles-mêmes de peur d'avoir de la visite nuisible», raconte Virginie.

«On nous dit qu'il n'y a nulle part pour les agresseurs», ajoute-t-elle, persuadée qu'il y a une alternative.

Les employés sont persuadés que les familles ne sont pas toujours avisées lorsque des rapports d'incident sont remis, assure Jean.

Depuis peu, Monsieur A., pour des raisons qui n'ont rien à voir avec ses troubles de comportement sexuel, n'est plus une menace pour les résidentes. Il est accompagné en permanence. Monsieur B. circule toujours librement.

Ces employés ont décidé de parler aux médias plutôt qu'à la police, par crainte de perdre leur boulot s'ils le faisaient. Ils croient que des événements semblables sont susceptibles de se produire dans d'autres CHSLD et c'est pourquoi une réflexion est nécessaire pour établir une stratégie d'intervention permettant d'assurer la sécurité de l'ensemble des résidents.

Jean a un conseil à donner à l'entourage des résidents placés dans des CHSLD. «Soyez présent. Le plus possible.»

«En même temps, ils ne peuvent être présents 24 heures par jour et les agressions peuvent arriver le jour comme la nuit», répond Virginie.

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