Un grand vide à jamais à cause de l'alcool au volant

Julie St-Louis a grandi sans son père à... (Imacom, René Marquis)

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Julie St-Louis a grandi sans son père à cause d'un accident provoqué par un chauffard en état d'ébriété. La même tragédie a enlevé une soeur à Martin Garneau. Julie et son cousin Martin parlent des conséquences de l'alcool au volant, un mauvais mélange qui a bouleversé leur famille il y a 34 ans.

Imacom, René Marquis

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(SHERBROOKE) Le terrible accident qui a emporté une petite famille au Saguenay en fin de semaine dernière a suscité de vives émotions aux quatre coins de la province parce qu'il impliquait un conducteur en état d'ébriété qui n'aurait jamais dû prendre le volant. Ce drame fait aussi remonter à la surface de douloureux souvenirs pour des familles estriennes qui ont déjà vécu la perte de proches dans des circonstances similaires.

«Il y a 34 ans un drame a doublement frappé notre famille. Ma soeur Manon, 15 ans, et mon oncle Renald, 26 ans, nous ont quittés, victimes d'un face-à-face provoqué par un fou en état d'ébriété avancé. Mon destin et celui de ma famille furent changés à jamais. Manon et Renald étaient des personnes pleines de vie. Ma soeur a laissé une jeune soeur, un jeune frère, un grand frère, des parents, des grands-parents, des cousins et cousines, des tantes et oncles et plein d'amis avec une peine immense. Mon oncle a laissé une petite fille sans papa, ma cousine Julie. Svp, si vous buvez ne conduisez pas! Vous pourriez laisser des blessures à beaucoup de gens et pour longtemps!»

Le message a été écrit par Martin Garneau sur les réseaux sociaux le 30 juillet. Deux jours plus tard, la tragédie routière causée par un chauffard en état d'ébriété au Saguenay entraînait la mort d'un père, d'une mère enceinte et de leur bambin de 4 ans, qui a succombé à ses blessures mardi.

C'est pour sensibiliser les gens aux séquelles permanentes de l'alcool au volant que Martin Garneau et sa cousine Julie St-Louis ont accepté de parler à La Tribune du drame qui a bouleversé leur vie à jamais.

En début de soirée le 30 juillet 1981, Renald St-Louis était sur la route du retour, après une journée de travail, lorsque l'accident s'est produit à Wotton. Pour rendre service, Renald était aller chercher sa nièce, Manon Garneau, chez un autre membre de la famille pour la ramener chez elle, là où sa fille Julie se faisait garder pour la journée. C'était sur son chemin.

Ils ne se sont jamais rendus à destination.

Le chauffard en état d'ébriété et ses deux passagers ont aussi perdu la vie ce jour-là. Bilan : 5 morts.

«Un drame comme celui-là gâche des années entières et change une vie à jamais pour ceux laissés derrière. Je crois que les gens doivent prendre conscience du nombre important de victimes que cause un accident comme celui-là. Lorsque l'accident arrive, c'est la fin du monde. Après, on continue, mais on porte un vide à tout jamais», explique Martin qui avait 16 ans lorsqu'il a perdu sa petite soeur Manon et son oncle Renald.

De cet événement tragique, Martin garde en mémoire deux scènes en particulier. Le dernier bec et le premier réveil.

Le matin de la tragédie, Renald était allé conduire sa fille Julie, qui venait d'avoir 5 ans, chez sa soeur, la mère de Martin. «Dès que Julie a mis le pied chez nous, elle est partie voir les animaux que nous avions. Renald l'appelait pour avoir son bec avant de partir. Il a dû l'appeler à plusieurs reprises, mais il ne serait jamais parti sans l'avoir», se souvient Martin.

«J'étais la princesse de mon père. Il m'aurait décroché la lune», ajoute Julie.

Julie était endormie lorsque Martin et ses parents ont appris le drame vers 21 h 30. Le choc. La vie qui ralentit, qui s'arrête.

«Je vais toujours me souvenir du visage de mon père au lendemain de la tragédie. Il venait de perdre sa fille et devait aller réveiller une fillette qui n'avait plus de papa», se remémore Martin, les yeux mouillés, lui qui ne s'est pas permis de pleurer pendant des années après la tragédie. Il ne voulait pas augmenter la peine de ses parents.

«Après ce jour-là, mes parents n'ont jamais été les mêmes. Et pendant des années, on n'en a pas vraiment parlé. C'est seulement 12 ans plus tard, lorsque j'ai eu ma fille, leur premier petit-enfant, que mes parents ont retrouvé leur joie de vivre», poursuit Martin.

Le chauffard venait du même village que la famille St-Louis, Danville. Dans la vingtaine, il était sorti de prison peu de temps auparavant et avait volé la voiture de son père ce jour-là.

Il a engendré beaucoup de colère au sein de la famille endeuillée. Avec le temps, certains membres de la famille ont vu cette colère se transformer.

«J'ai fait du bénévolat avec des hommes qui avaient abouti dans la rue. Des alcooliques, des toxicomanes. Et ça m'a beaucoup aidé. Aujourd'hui, j'accepte ce qui est arrivé, mais je ne pardonne pas», explique Martin.

«De mon côté, je crois que s'il était encore en vie, j'irais m'asseoir calmement avec lui. Je lui parlerais de mes blessures. Puis avant de partir, à 39 ans, je crois que je serais en mesure de le pardonner», soutient Julie.

Mais l'accident laisse des traces. Même 34 ans plus tard. Les deux enfants de Martin, âgés de 19 et 22 ans, doivent se rapporter chaque jour ou soir lorsqu'ils entrent à la maison. Sinon, le père ne ferme pas l'oeil de la nuit. Julie pense souvent à son père et s'imagine quelle relation ils auraient eue. Et ses trois enfants doivent aussi la rassurer dès qu'ils finissent un trajet routier.

«Du jour au lendemain, on m'a enlevé ce que j'avais de plus précieux lorsque j'avais 5 ans, alors j'ai toujours peur qu'on m'enlève ceux que j'aime», confie Julie.

Les deux font de la sensibilisation contre l'alcool au volant dans leur entourage au quotidien.

«J'ai pas de tolérance. J'en ai engueulé du monde qui s'apprêtait à prendre le volant en état d'ébriété», révèle Martin.

«L'autre jour, ma fille a arraché les clés d'un ami qui voulait conduire après un party. J'étais si fière», renchérit Julie.

Martin et Julie espèrent que grâce à ces petits gestes, moins d'ados perdent leur soeur et voient le sourire de leurs parents disparaître. Et moins d'enfants grandissent sans papa.

Plus d'accidents en été

La période estivale est propice à la consommation d'alcool, aux déplacements fréquents sur les routes et malheureusement aussi à davantage d'accidents, selon Alco Prevention Canada. L'alcool au volant est d'ailleurs l'une des deux principales causes d'accidents au Québec. Chaque année, les accidents dus à l'alcool causent en moyenne 160 décès, 370 blessés graves et 1900 blessés légers, selon la SAAQ.

De 2009 à 2013, 36 pour cent des conducteurs décédés avaient un taux d'alcool dans le sang supérieur à 80 mg par 100 ml (0,08). Uniquement en 2013, 41 pour cent des conducteurs décédés sur la route avaient bu de l'alcool. Parmi eux, la majorité avait plus de 150 mg d'alcool par 100 ml de sang (0,15) dans l'organisme.

De plus, on estime à 90 M$ par année les coûts d'indemnisation des victimes de la route. Malgré les campagnes de prévention, malheureusement presque chaque semaine, les nouvelles font état de tragédies impliquant l'alcool au volant.

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