Un linguiste veut augmenter le nombre de toponymes féminins

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Gabriel Martin

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) Connaissez-vous Marie-Louise Sirois? Il y a de fortes chances pour que votre réponse soit non. Pourtant, son histoire est fascinante : en 1897, elle met Louis Cyr au défi, convaincue qu'elle peut soulever des charges plus importantes que lui.

L'homme le plus fort du monde refuse son invitation à deux reprises, peut-être parce qu'il s'agissait d'une femme, l'histoire ne le dit pas. Les chiffres parlent pourtant d'eux-mêmes. Marie-Louise Sirois était bel et bien capable de soulever les mêmes charges que Louis Cyr.

L'histoire de la femme la plus forte du monde - ce titre est même immortalisé comme épitaphe sur sa pierre tombale que l'on peut toujours voir à Roxton Pond - n'est qu'un exemple parmi tant d'autres de femme ayant marqué l'histoire du Québec mais que la société semble avoir oublié; une situation que tente de renverser le linguiste Gabriel Martin.

« L'histoire ne se résume pas qu'à la politique et aux guerres. Il y a plein d'autres sphères dans lesquelles des femmes ont marqué l'histoire », explique d'entrée de jeu le jeune linguiste à qui l'on doit le Dictionnaire des onomastismes québécois.

Comment redonner à ces femmes le prestige qu'elle mérite? « En associant leur nom à des rues ou des lieux. Je crois que Sherbrooke pourrait jouer un rôle de chef de file en honorant des femmes importantes de l'histoire générale du Québec », souligne-t-il.

Sur 966 toponymes attribués à des personnes à Sherbrooke, seulement 11 % sont des noms de femmes.

Constatant cette situation, l'étudiant à la maîtrise en linguistique à l'Université de Sherbrooke s'est lancé à la recherche de femmes dont le nom n'est rattaché à aucun lieu ou rue qui mériteraient pourtant cet honneur.

C'est ainsi qu'il a découvert le récit de la vie de Marie-Louise Sirois. Et celui d'Alice Lemieux, d'An Antane Kapesh, de Louky Bersianik et de Jovette Marchessault.

« Même si elles ne sont pas Sherbrookoises, ces femmes ont bâti l'histoire du Québec et je crois que nous pourrions faire de leur nom des toponymes, comme nous le faisons pour des hommes qui ne sont pas de la région », illustre M. Martin

Alice Lemieux (1905-1983) appartient à la même génération d'auteure que Jovette Bernier, Simone Routier et Éva Senécal. En 1929, elle a partagé le prix David avec Simone Routier pour un recueil de poésie. Elle a été présidente de la Fédération féminine franco-américaine, avec laquelle elle défendait le français.

An Antane Kapesh (1926-2004) est la première femme autochtone du Québec à avoir publié un livre. Son ouvrage Qu'as-tu fait de mon pays? écrit en 1979 et réédité en 2004 est couramment employé pour enseigner l'innu encore aujourd'hui.

Louky Bersianik (1930-2011) est une écrivaine qui a marqué la littérature avec son roman L'Euguélionne et finalement Jovette Marchessault (1938-2012) est une romancière, poète, peintre et sculpteure dont les oeuvres ont été exposées au Québec, à Toronto, à New York, Paris...

« Et la liste pourrait facilement s'allonger : Jeanne Lapointe, dite l'artisane la Révolution tranquille, Azilda Marchand, une importante féministe... » poursuit M. Martin, qui travaille actuellement à un nouveau dictionnaire présentant exclusivement des noms propres féminins.

« Ce serait vraiment bien que le comité de toponymie de Sherbrooke se penche sur ces noms à l'avenir. Et il ne s'agit pas de réécrire l'histoire, mais simplement de l'écrire correctement », résume le passionné.

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