La solitude et l'isolement affectent plusieurs étudiants

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ISABELLE PION isabelle.pion@latribune.qc.ca
La Tribune

(SHERBROOKE) Solitude, stress financier, angoisse de performance : les difficultés rencontrées par les jeunes sont multiples, témoignent des enseignants du Cégep de Sherbrooke.

« On a des étudiants avec des profils très variés. Je remarque beaucoup, pour être près de mes étudiants, que plusieurs sont frappés par la solitude et l'isolement. Cette solitude peut masquer toutes sortes de problématiques. Les enseignants sont souvent les premiers témoins de leur solitude. Ça crée une brèche pour les acheminer vers de l'aide. Bien souvent, les enseignants sont peu outillés pour aider les jeunes. On les achemine au service d'aide psychosociale. La solitude en elle-même, ce n'est pas facile de composer avec elle », commente Keith Éthier-Delorme, professeur de philosophie au Cégep de Sherbrooke depuis huit ans.

Quel genre de solitude les jeunes vivent-ils ? « Ce sont des jeunes dont le tissu social, amical est déficient. C'est étonnant, ils peuvent avoir une vie virtuelle très active... »

« C'est clair que les problèmes, on les voit davantage en fin de session. C'est là que les étudiants éclatent et viennent nous parler », commente Véronique Grenier, professeure en philosophie au Cégep de Sherbrooke. « Il y a beaucoup d'anxiété, il y a de l'anxiété de performance, qui mène à de l'insomnie. On retrouve des troubles alimentaires, des étudiants suicidaires. Ça m'est arrivé d'en référer en psychiatrie. Souvent, ce qui me frappe le plus, c'est le fait qu'ils soient seuls avec leur souffrance psychologique. »

En arrivant au cégep, certains vivent pour la première fois à l'extérieur de la maison. D'autres doivent travailler fort pour subvenir à leurs besoins. « Ce n'est pas juste pour s'acheter du linge ou pour sortir ! » lance-t-elle. Elle voit se démener les parents-étudiants. « C'est une lutte, littéralement ! »

« Il y a des gens qui viennent d'un milieu financier aisé, qui peuvent jouir d'une reconnaissance sociale importante, qui sont populaires à l'école, mais qui éprouvent toutes sortes de problèmes d'anxiété », commente Keith Éthier-Delorme. « Il y en a qui reçoivent tellement de pression à la réussite qu'ils croulent sous la pression ; ça les mène à d'autres problématiques : une perte de confiance, ne pas se sentir à la hauteur... »

Certains jeunes portent de véritables histoires d'horreur, fait-il valoir également.

Véronique Grenier croit aussi que l'idée de consulter est beaucoup moins taboue qu'elle ne l'a déjà été. Son collègue estime que ce sont les filles, davantage que leurs confrères, qui vont d'abord venir se confier.

Les professeurs devraient être mieux outillés afin de venir en aide aux jeunes qui ont des problématiques, croit le professeur de philosophie. Selon lui, ce serait aux institutions de miser davantage sur ce genre de formations, mais le contexte budgétaire nuit aux efforts qui pourraient être mis en place. Les professeurs d'études supérieures sont des spécialistes dans leur domaine, souligne-til. « Ils sont pédagogues, et ils deviennent aidants. »

« Il faut que tu sois confortable à jouer un rôle », nuance-t-il toutefois. La formation qu'il préconise n'est pas pour intervenir, mais afin d'être mieux outillés pour référer les jeunes vers les professionnels. Selon lui, le service d'aide psychosociale a fait des efforts, ces dernières années, afin d'être mieux connu auprès de la communauté étudiante.

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