Raif Badawi: Ottawa doit user de diplomatie et de discrétion

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) Les gouvernements doivent absolument user de leurs relations diplomatiques de façon discrète s'ils souhaitent obtenir la libération de Raif Badawi.

C'est du moins l'avis de Mohamed Ourya, chargé de cour à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke.

Rappelons que la Cour suprême de l'Arabie saoudite a confirmé la condamnation du blogueur, à qui la justice saoudienne impose 10 ans de prison et 1000 coups de fouet. La Cour suprême a également maintenu l'interdiction pour Raif de sortir du pays pendant 10 ans et l'imposition d'une amende de 1 million de Riyals (un peu plus de 330 000 $ CAN). La décision de la Cour suprême est finale et ne peut être renversée sans le pardon royal.

«C'était attendu», admet celui qui est également chercheur associé à l'Observatoire sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord de la Chaire Raoul-Dandurand de l'UQAM.

«La société a géré la question de Raif avec une mentalité occidentale. Tout en supportant Raif, elle s'est attaquée au système judiciaire saoudien», soutient M. Ourya.

La Cour suprême étant la plus haute instance juridique, il ne reste plus aucune option pour le blogueur saoudien afin de faire révoquer sa condamnation.

Excepté le pardon royal.

«C'est toujours possible, mais le royaume saoudien ne cède pas devant les pressions internationales. Il faut donc viser le pardon discrètement et sans faire trop de tapages», affirme le chargé de cour.

Ce sera toutefois une question difficile pour le roi, qui est supporté par les chefs religieux, Raif Badawi ayant attaqué leur institution en 2007.

De quoi surprendre

De plus, l'intérêt occidental pour Raif Badawi a de quoi surprendre la famille royale saoudienne.

«Chaque semaine, on exécute, ampute, flagelle du monde en Arabie. C'est chose courante. Les Saoudiens se demandent donc : Pourquoi ne pas le faire pour Raif? "«

Il faudra user de relations diplomatiques et je crois que les princes sont une porte d'entrée importante puisqu'ils sont plus ouverts et ils ont de bonnes relations avec des pays occidentaux», poursuit M. Ourya.

Chose certaine, dans le cas du blogueur dont la femme et les enfants sont à Sherbrooke, la pression internationale est une arme à double tranchant. «Ça peut devenir dangereux si elle n'est pas amenée de la bonne façon», avertit le chercheur.

Plusieurs personnes et organisations, dont Avocats sans frontières, ont critiqué dans les médias le fait que la Cour suprême avait reconsidéré le cas de Badawi, sans donner la possibilité à la défense de se faire entendre.

M. Ourya précise toutefois qu'il s'agit d'une procédure tout à fait normale pour la justice saoudienne.

«La Cour suprême ne regarde pas le fond d'un dossier, mais bien la forme. Le fond est déjà établi à travers toutes les autres étapes du système judiciaire. C'est donc tout à fait normal que la défense n'ait pu se faire entendre», explique-t-il.

L'avocat de Raif Badawi, son beau-frère, est d'ailleurs également emprisonné pour «insultes à l'appareil judiciaire» et «outrages».

Les politiciens réagissent

La porte-parole du Nouveau parti démocratique (NPD) en matière de développement international et porte-parole adjointe pour les affaires étrangères, Hélène Laverdière, a lancé un appel au gouvernement du Canada, lundi à la Chambre des communes, afin qu'il intervienne pour la libération de Raif Badawi.

«Cette histoire est tout simplement terrifiante, dénonce Mme Laverdière. M. Badawi est un défenseur du droit à la liberté d'expression qui a été fouetté en public pour avoir créé un site web. Maintenant que sa condamnation a été confirmée, il y a urgence d'agir. Le Canada doit dénoncer vigoureusement cette situation et demander la libération immédiate de Raïf Badawi.»

Amir Khadir, le député solidaire de Mercier, a demandé au Canada de décréter un moratoire sur les exportations d'équipement militaire à l'un de ses grands clients, l'Arabie saoudite, dans la foulée de la condamnation de Raif Badawi.

«Ottawa est à l'heure des choix : continuer à faire l'autruche et prétendre qu'il ne peut rien faire tout en accueillant chaleureusement les représentants du régime quand vient le temps de faire des sous. Ou faire honneur à la réputation historique du Canada, celle d'un pays qui prend le respect des droits humains au sérieux», affirme M. Khadir.

L'Union européenne a condamné hier la décision de l'Arabie saoudite de confirmer la peine imposée au blogueur saoudien Raïf Badawi.

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