Où vieilliront les baby-boomers?

Le complexe pour retraités le Vü va ouvrir... (IMACOM, Maxime Picard)

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Le complexe pour retraités le Vü va ouvrir ses portes le mois prochain sur la rue Bellevue à Sherbrooke avec un taux d'occupation de plus de 50% de 320 unités.

IMACOM, Maxime Picard

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(SHERBROOKE) Avec l'arrivée à la retraite des baby-boomers dans les années à venir et l'allongement de l'espérance de vie, la pression sera grande sur le marché de l'habitation à Sherbrooke, comme ailleurs dans la province. Alors que les 312 unités du Vü s'élèvent désormais au coeur de la ville et qu'on discute de la pertinence de construire une autre résidence pour personnes âgées à la Plaza de l'Ouest, là où plusieurs espéraient plutôt un commerce majeur et attractif, La Tribune a demandé l'avis de quelques experts.

En croisant les prévisions de croissance démographique et les données sur les habitudes de logement des 75 ans et plus, la SCHL estime à 1100 le nombre de places en résidence qui devront être créées dans la grande région de Sherbrooke d'ici 2020. C'est 220 places par année pour cette clientèle spécifique; et ce serait 300 places par année pour la période suivante de 2020 à 2025.

Analyste principale de marché à la Société canadienne d'hypothèques et de logement, Marie-Claude Guillette établit cette prévision en supposant que le taux d'attraction restera stable dans la région et que les baby-boomers vont entrer en résidence vers le même âge que leurs prédécesseurs à plus ou moins 75 ans.

Elle précise du même souffle que la région métropolitaine de recensement de Sherbrooke détient le deuxième taux d'attraction le plus élevé au Québec à 25,7 %, en augmentation d'un pour cent sur 2013. Cela signifie qu'une personne sur quatre âgée de 75 ans et plus vit dans une résidence pour personnes âgées. La moyenne provinciale s'établit à 18,6 % et la RMR de Trois-Rivières ouvre la marche à 27 %.

Mme Guillette met aussi en lumière le taux d'inoccupation dans les résidences pour personnes âgées en baisse de 9 à 7,9 % en 2014 à Sherbrooke. Une baisse attribuable au fait qu'il y a eu peu de constructions neuves dans ce créneau depuis 2008 et que la demande a déjà commencé à augmenter, selon elle.

«Il va falloir que le parc immobilier s'adapte, dit-elle, parce que la demande va venir des 75 ans et plus.»

«Si des projets s'établissent en proposant un mode de vie différent, ajoute-t-elle, le style spa par exemple, peut-être aussi qu'ils sauront attirer une autre clientèle. Ça peut alors poser certains défis pour le locatif traditionnel, même s'il construit du haut de gamme.»

Le ressac

Dans ce contexte, la Corporation des propriétaires immobiliers du Québec comme la Chambre immobilière de l'Estrie appréhendent un peu le ressac.

«On a besoin de réinvestir dans le parc locatif, on le sait, dit le directeur des relations publiques de la CORPIQ Hans Brouillette, mais les ressources ne sont pas là. Dans un duplex ou un triplex sans ascenseur, il y aura peu de volontaires pour aller vivre en haut, mais avec des loyers à 600 $ par mois, on n'aura pas les moyens d'adapter les immeubles. Ça va être un sérieux problème.»

«C'est une tendance qu'on voit depuis 2012», constate pour sa part David Bourgon, courtier immobilier et président de la Chambre immobilière de l'Estrie. Les ventes sont stables mais l'offre est en croissance, de l'ordre de 14 % pour la première moitié de 2015 par rapport à la même période l'an dernier, révèle-t-il.

«Les maisons se libèrent parce que les gens se déplacent vers les résidences. Les gens à la retraite ne veulent plus faire d'entretien. Ils veulent plus de temps pour voyager et ont les moyens de s'offrir ce type d'habitation parce que leurs maisons sont pour la plupart déjà payées.»

M. Bourgon met toutefois en garde sur le déséquilibre vendeur-acheteur qui en résulte à cause du vieillissement de la population. Le prix moyen de vente est encore stable parce que les gens ne sont pas pressés de vendre, mais ça pourrait changer. La solution passe, selon lui, par les municipalités qui devront faire des efforts supplémentaires pour attirer de jeunes familles, notamment en créant de l'emploi. «Il va falloir pousser là-dessus si on ne veut pas se retrouver avec des villages de retraités.»

Directrice générale de Visavie, une agence de référence en hébergement pour personnes âgées comme il en existe plusieurs sur le web, Sylvie Dagenais constate au contraire que la tendance est encore très forte chez les aînés qui veulent rester le plus longtemps possible dans leur maison, quitte à s'offrir de l'aide. Dans le marché de Montréal, d'ailleurs, Visavie a commencé à offrir des ressources de maintien à domicile.

«Les résidences pour personnes âgées sont un marché en transformation à cause du resserrement de la réglementation, renchérit son confrère de Vivreenrésidence.com Jean Boileau. Les petites résidences ferment ou changent de vocation au profit des plus grosses qui peuvent répondre, elles, aux nouvelles exigences et avoir la masse critique pour offrir des soins médicaux sur place par exemple. Et on va continuer de voir ce phénomène», prédit-il.

Copropriétaire du Pavillon Rock Forest depuis 15 ans, une résidence de 153 unités «pour retraités autonomes», Denise Morin-Henri croit qu'on surestime la demande à venir dans ce marché des résidences pour personnes âgées. «Les boomers ne seront pas faciles à amener dans les résidences, dit-elle. Ils sont autonomes, ils sont dynamiques, ils ont l'impression qu'ils vont se retrouver avec des gens malades dans les résidences. Dans mon livre à moi, il ne manque pas d'unités.»

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