Services de garde: garder le cap dans la tempête

L'éducatrice Any Richard trouve une grande satisfaction à travailler avec... (Imacom, René Marquis)

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L'éducatrice Any Richard trouve une grande satisfaction à travailler avec les petits de la pouponnière, au CPE Petites puces à Sherbrooke. On la voit ici avec bébé Alexander.

Imacom, René Marquis

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(SHERBROOKE) Plus souvent sous les projecteurs à cause des compressions dans leur réseau que pour parler de leurs bons coups, les éducatrices en service de garde arrivent néanmoins à préserver cette grande passion pour les enfants qu'elles ont mis au coeur de leur vie professionnelle. Alors que s'amorce la Semaine des services de garde du Québec, La Tribune a rencontré quelques-unes de ces femmes.

Lucie Thérriault, Lyne Bélanger et Lise Daigle.... (Imacom, Frédéric Côté) - image 1.0

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Lucie Thérriault, Lyne Bélanger et Lise Daigle.

Imacom, Frédéric Côté

Nicole Roy est devenue gardienne d'enfants naturellement. À la voir prendre soin de ses trois garçons en bas âge, le voisinage a tôt fait de solliciter ses services. Des bambins, elle en garde aujourd'hui depuis 25 ans, relate-t-elle avec fierté.

Quand le gouvernement a pris le virage des centres de la petite enfance à la fin des années 90, la dame a suivi la vague. «Au début, avoue-t-elle, je n'étais pas convaincue, mais avec le recul, je peux dire que oui, ç'a été une amélioration. Ça n'a pas été long qu'on a vu les bienfaits du réseau.»

Cette responsable d'un service de garde en milieu familial (RSG pour les initiés) évoquera entre autres le soutien pédagogique qu'elle peut aller chercher auprès de son bureau coordonnateur quand elle vit une difficulté avec un enfant.

Quant à la réglementation plus stricte - et en constante évolution - dictée par l'État à ces travailleuses autonomes qui oeuvrent tout de même dans leur propre chez-soi, Nicole Roy s'est fait une raison. «Je me dis que c'est pour la sécurité des enfants et ça ne me dérange plus. Je préfère me mettre en mode solution qu'en mode réaction.»

Vingt-cinq ans plus tard, en gardant un oeil attentif sur ses six petits qui partagent la collation en «réunion» autour de la table de la salle à manger ce matin-là, Nicole Roy confie qu'elle se sent toujours aussi dans son élément comme RSG.

«J'ai beaucoup évolué là-dedans. Intérieurement aussi. Je me surprends moi-même! Je ne vois pas mes journées passer... Et ce n'est pas rare que je vais chercher un ou deux enfants la fin de semaine pour d'autres activités!»

«Les éducatrices ressemblent à des canards. On pédale beaucoup par en dessous, mais en surface on doit rester très calmes pour respecter l'humeur des bébés.»


Éducatrice au Centre de la petite enfance Petites puces à Sherbrooke, Any Richard est arrivée à ce métier elle aussi par les hasards de la vie. Venue prêter main-forte à une amie qui avait une garderie à la maison, la décoratrice d'intérieur s'est découvert une nouvelle vocation. «Je suis retournée trois ans sur les bancs d'école pour devenir éducatrice et ça fait presque 20 ans...»

Au fil des années, elle a pris soin d'enfants de tous âges mais depuis quelques années, c'est à la pouponnière, auprès des 0-18 mois, qu'elle a choisi d'oeuvrer. «En pouponnière, les éducatrices ressemblent beaucoup à des canards, image-t-elle, on pédale beaucoup par en dessous, mais en surface on doit rester très calmes pour respecter l'humeur des bébés.»

Quand les gens commentent son choix «de changer des couches et de donner des purées» toute la journée, elle les corrige gentiment. «Les bébés apprennent beaucoup en un an. De jour en jour on remarque des changements dans leur aptitude et on doit rester attentif à chacun pour lui proposer des activités adaptées à lui. Je suis encore émerveillée par le rythme de leur développement. Je me sens privilégiée de pouvoir les accompagner là-dedans.»

Any Richard vit aussi beaucoup de satisfaction à côtoyer les parents qui lui confient leur petit trésor et souligne d'ailleurs qu'elle n'entend plus que très rarement le nom de «gardienne» quand on parle d'elle. «C'est une sensibilisation qui est faite.»

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Jonathan Deschênes est un de ces parents qui ne tarit pas d'éloges sur l'expérience éducative qui se vit dans les centres de la petite enfance. Son aînée a fréquenté le CPE Panda sur le campus de Bishop's tandis que la cadette y est toujours. Le père de famille a aussi siégé au conseil d'administration du CPE ainsi qu'à celui du Regroupement des CPE des Cantons de l'Est.

«Les conseils d'administration des CPE nous donnent beaucoup d'autorité sur ce qui s'y passe, dit-il, et c'est de la vie de nos enfants dont il est question. Après tout, ils passent presque plus de temps éveillé dans les CPE ou dans les écoles qu'avec les parents. Pour moi c'est critique : il faut s'intéresser aux décisions qui les concernent.»

Pour le père de famille, professeur à l'Université de Montréal, les CPE remplissent de belle façon le rôle éducatif que l'État leur a confié.

«Ce n'est pas une garderie, c'est vraiment un milieu professionnel, estime-t-il. Les éducatrices sont des enseignantes au même titre que des enseignantes du primaire et du préscolaire. Les activités qu'elles proposent sont même meilleures pour le développement sociocognitif des enfants que ce que les parents sont en mesure d'offrir avec toutes les contraintes qu'ils ont. Les CPE viennent vraiment compléter le rôle des parents auprès des enfants et nous permettre de nous concentrer à leur donner de l'amour, de la discipline et à gérer les agendas!»

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Pour expliquer le succès des centres de la petite enfance, la directrice de Tout-petit, Toute-petite, une installation réservée aux employés et aux étudiants de l'Université de Sherbrooke, tournera fièrement les projecteurs vers son équipe de 16 employées qui comptent une moyenne de 10 à 15 années d'expérience chacune.

«Elles sont capables de se mobiliser, elles montrent beaucoup d'ouverture, et elles sont capables de se remettre en question pour adopter de nouvelles approches éducatives. Elles sont fières, les filles, et elles font ce qu'il faut pour préserver leur réputation et la qualité de nos services», témoigne Lyne Bélanger, qui vantera du même souffle le travail d'équipe et la collaboration qui existe dans tout le réseau estrien.

Son CPE de 64 places, soulignons-le, affiche une liste d'attente de plus de 400 noms et espère entreprendre la construction d'ici 2016 de cette seconde installation de 80 places qui lui a été autorisée en 2012.

«Il n'y a pas une semaine qui passe sans qu'on ait un appel d'un parent qui se cherche une place, constate Mme Bélanger. Le réseau est là, il est vivant, et on veut qu'il reste vivant.»

Annie Martin... (Imacom, Julien Chamberland) - image 4.0

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Annie Martin

Imacom, Julien Chamberland

Un réseau dans le réseau

C'est un véritable réseau qui vient en appui au réseau. Car qu'elles travaillent en installation ou en milieu familial, les éducatrices ont accès à tout un éventail de ressources pour rester à la fine pointe des approches pédagogiques et des changements organisationnels qui concernent leur jeune clientèle.

On s'en doutait un peu pour ce qui est des centres de la petite enfance, de plus grandes organisations qui profitent aussi des ressources du Regroupement des CPE des Cantons de l'Est, mais on le savait moins pour les responsables de service de garde en milieu familial (RSG), qui oeuvrent pour la grande majorité en solo.

Annie Martin est agente de soutien et de conformité au bureau coordonnateur de Famili-Gard'Estrie, qui chapeaute 127 RSG dans Rock Forest-Saint-Élie-Deauville. À ce titre, elle s'assure que les RSG de son secteur respectent les normes et les règlements auxquels elles ont bien voulu adhérer et appliquent le programme éducatif du ministère de la Famille.

«Il y en a qui m'appelle la petite police, dévoile-t-elle en souriant, j'aime plus dire que je suis une agente de qualité. Je vais dans les milieux, oui, mais j'y vais dans un esprit d'accompagnement.»

Les agentes comme elle sont tenues par le ministère de la Famille de faire trois visites obligatoires par année. Elles sont également chargées du renouvellement des permis au trois ans. Et elles deviennent des ressources pédagogiques précieuses pour les RSG dans leurs interventions auprès des enfants.

Chez Magimo, qui couvre le territoire du Val-Saint-François avec quelque 75 RSG, Annie Richard joue une partie de ce rôle. Après avoir été elle-même éducatrice dans une installation puis responsable d'un service de garde, elle est depuis 2006 agente de soutien pédagogique et technique au bureau coordonnateur, mais laisse le volet conformité à une collègue.

«Le rôle de base de la RSG n'a pas changé tant que ça au fil des années, constate-t-elle. Mais chaque fois que le gouvernement change, il impose ses changements dans les documents, la réglementation. On a souvent à s'adapter. Et il me semble que depuis deux ans, c'est assez intense!»

Comme secrétaire-comptable chez Famili-Gard'Estrie et responsable de l'accueil à l'installation du secteur Rock Forest, Brigitte Cloutier se rend aussi disponible aux RSG de son secteur pour tout le volet administratif de ces petites organisations autonomes.

«Ces dames-là (les RSG) sont bonnes avec les enfants, mais elles ne sont pas nécessairement à l'aise avec toute la paperasse que leur impose le gouvernement», constate-t-elle en énumérant les volets subventions, comptabilité, feuilles de temps et fiches de présence, entre autres.

«On est en développement constant et en changement constant dans le réseau, ajoute Brigitte Cloutier, il y a de l'action! En fait, je suis rentrée ici il y a neuf ans dans un rush et il n'y a pas eu d'accalmie depuis!»

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