Deux mères aux destins noués se rencontrent

À l'occasion de la fête des Mères, Joyce... (IMACOM, Maxime Picard)

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À l'occasion de la fête des Mères, Joyce Murray et Annie Lussier se sont rencontrées, pour la première fois, pour discuter. Parce que derrière le don d'organe, il y a une immense perte. Et que derrière cette perte humaine, il y a la vie.

IMACOM, Maxime Picard

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(SHERBROOKE) Il y a les mères qui commentent les performances sportives de leurs enfants en marge d'un terrain de soccer. Celles qui s'appellent pour échanger des conseils sur le passage à l'adolescence de leur progéniture. Et il y a Annie Lussier et Joyce Murray qui parlent d'espoir et de consolation.

Annie Lussier, c'est la mère de Sarah-Ève Fontaine, 20 ans, qui est en attente d'une greffe de poumons. Joyce Murray, c'est la mère de Margaret Murray, décédée à l'âge de 23 ans, qui a fait don de ses poumons et de ses reins.

À l'occasion de la fête des Mères, les deux femmes se sont rencontrées, pour la première fois, pour discuter. Parce que derrière le don d'organe, il y a une immense perte. Et que derrière cette perte humaine, il y a la vie.

Les deux mères se sont présentées au rendez-vous les mains pleines. La première avait l'album souvenir de sa fille décédée à la suite d'une réaction aux antibiotiques. Des antibiotiques qu'elle recevait pour traiter une infection urinaire. Les examens ultérieurs ont démontré qu'elle souffrait plutôt d'une méningite. La deuxième s'est pointée avec le portfolio de sa fille qui a fait plusieurs fois la manchette des journaux pour le courage dont elle fait preuve dans son combat contre la fibrose kystique.

« Margaret a grandi à Lennoxville, mais elle étudiait à l'Université McMaster, à Hamilton en Ontario, lorsqu'elle est décédée. Elle étudiait en travail social », raconte Joyce, ajoutant que sa fille avait fait des stages dans des centres d'accueil où sa compassion avait été remarquée.

« Sarah-Ève étudiait en éducation spécialisée jusqu'en octobre dernier. Elle a dû cesser ses études, mais elle les reprendra après sa greffe », souligne Annie.

En regardant les photos de leur fille et en jasant d'elles, Annie et Joyce leur ont trouvé plusieurs points communs. Bonnes élèves à l'école, Margaret et Sarah-Ève ont la même couleur préférée. Le même amour pour leur chien. La même prédisposition pour aider les gens et le même engagement et idéalisme déployés pour améliorer le monde. Le deuxième nom de Margaret est Sara. Mais sans H. Elles sont nées en mars à dix ans d'intervalle. Margaret en 1985, Sarah-Ève en 1995.

« La cérémonie funéraire a eu lieu le 23 août en Estrie », mentionne Joyce.

« C'est la date de mon mariage », précise Annie, étonnée par les coïncidences.

Les deux mères ont quatre enfants. Touchée par l'histoire de la famille de Sarah-Ève, c'est Joyce qui a tendu son réconfort à Annie. « Je voulais lui dire que je savais par quoi elle passait. Lui dire que je voulais la prendre dans mes bras et que j'allais prier pour sa famille. »

Margaret a fait don de ses poumons à une jeune fille qui avait 15 ans à l'époque. « J'ai su qu'elle avait réalisé son rêve d'aller à Walt Disney après la greffe et qu'elle avait terminé ses études. J'ai aussi reçu une lettre d'un des deux receveurs de rein et il me remerciait, ainsi que le ciel, pour la vie qu'on lui permettait de vivre avec sa famille après 5 ans de dialyse. »

De son côté, Sarah-Ève est hospitalisée depuis une semaine pour recevoir des traitements intraveineux. Le répit entre ses traitements sera de moins en moins long d'ici sa greffe. Elle est également branchée à une bonbonne d'oxygène et gavée 24 h par jour et doit ingurgiter une trentaine de pilules quotidiennement.

« Le plus difficile pour un coeur de mère est la souffrance de son enfant et le sentiment d'impuissance. C'est difficile d'accompagner son enfant sans connaître l'issue de tout cela. On espère que des poumons arriveront assez vite et que l'opération sera une réussite, mais en attendant la souffrance physique et la souffrance morale de Sarah-Ève, mais aussi celle de mes trois autres filles, sont difficiles. Au quotidien, il faut trouver l'équilibre entre tenir bon et lâcher prise », explique Annie ajoutant que sa fille est la 32e sur la liste d'attente pour sa greffe de poumons.

Vivre au jour le jour fait partie de la philosophie de vie qui permet de passer au travers. « Il faut rester fort, mais laisser aller la vie. Actuellement, ça ne sert à rien de penser à une issue négative. Il y a tellement de choses à vivre. Sarah-Ève doit faire des deuils chaque semaine. Son corps s'en va par partie tranquillement, mais pas Sarah-Ève. Elle est tellement vivante, on ne peut pas penser à autre chose qu'une deuxième vie. Mais, on ne perd pas d'énergie à penser trop loin. On pense à la greffe. On est en mode survie. Ce qui me donne espoir, c'est de voir comment ma fille se bat. On ne peut pas aller en dessous de sa façon de se battre. Et puis, on mange les journées et on tombe à pleine face dans les bonheurs quotidiens », confie la mère qui estime que sa vie n'a jamais été aussi belle. « Avec son parcours, de belles choses et de belles personnes ont été mises sur notre chemin. Sarah-Ève fait bouger les choses, comme l'a fait Margaret avant et après son départ. »

« Ça va faire 7 ans et je m'ennuie, enchaîne Joyce. Chaque anniversaire et chaque petit souvenir sont difficiles. J'y vais aussi au jour le jour. Mes autres enfants, mes petits-enfants, mes amis et le Bon Dieu m'aident. Aider les gens comme le faisait Margaret me tient aussi en vie. »

« Ça me touche, car je sais que lorsque Sarah-Ève aura sa greffe, il y aura une famille comme la tienne Joyce qui vivra une tragédie. »

Se consolant, les yeux mouillés, les mères ont aussi échangé plusieurs éclats de rire. Parce que la vie de leur fille se raconte parfois mieux en riant.

Comme cadeau de fête des Mères, Joyce a offert à Annie encore du soutien. « J'aimerais rencontrer Sarah-Ève et lorsque vous aurez besoin, n'importe quand, je serai là. »

En échange, Annie lui avait amené un médaillon sur lequel deux poumons en dentelle apparaissent. Un blanc, en santé. Un foncé, en difficulté. « Ça représente Margaret et Sarah-Ève. J'aimerais que tu le portes sur ton coeur et que tu continues à prier pour nous. »

Parce que derrière le don d'organe, il y a une immense perte. Et que derrière cette perte humaine, il y a la vie.

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