Se reconstruire après les agressions

Guylaine Lebreux sait de quoi elle parle quand... (IMACOM, Maxime Picard)

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Guylaine Lebreux sait de quoi elle parle quand elle affirme qu'il est possible de s'en sortir après avoir subi des agressions sexuelles. La Sherbrookoise originaire de Gaspésie a lancé une page Facebook pour partager ressources, informations et mettre un frein à la honte et la culpabilité qui rongent souvent les victimes.

IMACOM, Maxime Picard

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(Sherbrooke) « Après avoir vécu une agression sexuelle, il faut habiter, 24 heures sur 24, le lieu du crime. Quand tu subis un hold-up, par exemple, tu ne veux pas nécessairement retourner sur les lieux. Mais tu ne peux pas partir de ton corps. Il faut que tu apprennes à vivre avec. »

Guylaine Lebreux sait de quoi elle parle. De 6 à 15 ans, elle a été victime d'agressions sexuelles de la part d'hommes de sa famille. Mais la Sherbrookoise originaire de Gaspésie sait aussi de quoi elle parle quand elle affirme qu'il est possible de s'en sortir.

« Mon corps, ç'a longtemps été le lieu de mon enfer. Maintenant, c'est mon sanctuaire. Je suis bien dans mon corps, dans mon coeur, dans ma tête », dit-elle sereinement aujourd'hui.

En plus d'un long travail personnel, ce sont des procédures judiciaires qui ont libéré Mme Lebreux de son fardeau. Avec sa soeur, également victime dans cette affaire, elle a dénoncé quatre des agresseurs, qui ont tous plaidé ou été reconnus coupables entre 2009 et 2013.

Elle le confirme : si le résultat en vaut la peine, ces démarches ne sont pas une partie de plaisir. « Ce n'est pas juste de raconter son histoire qui est dur, c'est que tu es considérée comme un témoin même si tu es la victime. Se faire contre-interroger, remettre en question... ce n'est pas facile », souligne-t-elle. « Il faut se préparer. Ce n'est pas des procédures que tu décides de faire du jour au lendemain. Il faut qu'une démarche personnelle ait été faite avant, sinon, ça peut être plus destructeur qu'autre chose. »

La quasi-totalité de la famille a d'ailleurs renié les deux soeurs à la fin des procédures. Mme Lebreux n'a toutefois jamais rien regretté. « Ce n'est pas qu'on décide de détruire une famille, c'est qu'on décide de se choisir comme personne. »

D'autres façons de briser le silence existent, comme confronter ses agresseurs, ou encore leur écrire une lettre ainsi qu'à son entourage, rappelle-t-elle.

Un humain, pas un objet

Les procédures judiciaires ont provoqué un déclic chez Guylaine Lebreux. « J'ai réalisé que parce que j'ai été agressée sexuellement enfant, toute ma personnalité s'est construite sur la fonction d'objet. Les gens pouvaient se servir de moi. Le jour où j'ai réalisé que je n'étais pas un objet, ma personnalité s'est bâtie : c'était comme si je renaissais. »

Un vide qu'amoureux, enfants, travail valorisant et belle vie n'avaient jamais réussi à combler s'est enfin envolé. « Je pense que c'est important que les gens comprennent que quand on vit une agression sexuelle, ça détruit une vie. Ça prend tout son petit change pour se rebâtir par la suite », dit-elle.

Les conséquences collatérales que peuvent amener les agressions sont nombreuses : hypervigilance, consommation de drogues, idées suicidaires, sentiment d'être anormal, jamais bien dans sa peau... « Prenez le temps, et prenez soin de vous. Regardez les conséquences que les agressions sexuelles ont pu amener dans votre vie », suggère Mme Lebreux aux personnes ayant subi des agressions.

Aider les autres

Guylaine Lebreux est psychoéducatrice et travaille en centre jeunesse. Celle qui dit avoir foncièrement « l'âme d'une intervenante » a décidé de créer une page Facebook, « Agression Sexuelle : Peut-on s'en sortir? », pour partager ressources, informations et mettre un frein à la honte et la culpabilité qui rongent souvent les victimes.

« Avec le vécu que j'ai et le chemin que j'ai fait, je me suis dit que je suis peut-être quelqu'un qui pourrait donner un petit coup de main », dit-elle.

Parce qu'elle insiste : après avoir été victime, puis survivante, Mme Lebreux vit pleinement, maintenant, « ce qui est complètement différent ». « On est capables de s'en sortir. Il reste toujours une cicatrice qui est fragile, il faut y faire attention. Mais ça se soigne et sa se guérit, comme toutes les conséquences qui peuvent en découler. »

Mme Lebreux travaille maintenant à mettre sur pied une conférence qu'elle présenterait à des personnes ayant été victimes d'agressions sexuelles, mais aussi à des agresseurs qui sont allés chercher de l'aide.

« À moment donné, ça suffit. Le crime ne nous appartient pas, il appartient à celui qui l'a commis », résume-t-elle.

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