Sous l'emprise et la violence d'un homme: «Quand il m'étranglait, je goûtais la mort!»

À 27 ans, Nadia Beaulieu sort à peine... (IMACOM, Jessica Garneau)

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À 27 ans, Nadia Beaulieu sort à peine des griffes de son agresseur, qui est en attente de sa sentence pour violence conjugale et agressions sexuelles répétées.

IMACOM, Jessica Garneau

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(SHERBROOKE) Nadia Beaulieu a le regard vif derrière ses lunettes rouges. Elle porte de subtiles boucles d'oreilles rouges, aussi, un rouge à lèvres perçant et un t-shirt tout aussi rouge. Nadia adore cette couleur qu'elle n'avait pourtant pas le droit de porter quand elle était mariée à son ex-conjoint. L'emprise et la violence de cet homme sont allées plus loin. Tellement plus loin. Et Nadia estime qu'elle aurait dû le quitter beaucoup plus tôt.

À 27 ans, la jeune femme se sort à peine de griffes de son agresseur, en attente de sa sentence pour violence conjugale et agressions sexuelles répétées, des gestes posés sur une dizaine d'années. « Je souhaite qu'il n'y ait pas une femme qui se rende où j'en étais. Quand il m'étranglait, je goûtais la mort et quand il arrêtait, j'étais déçue d'être en vie », confie-t-elle.

Mme Beaulieu est catégorique : il faut savoir partir, et surtout, ne pas laisser de secondes chances à son agresseur. « Si tu te poses la question, il est déjà trop tard. Aussitôt qu'on a un doute, qu'on est inconfortable, il faut partir. Quand tu es au travail, il n'est pas là. Tu peux en profiter pour te confier. Prends le téléphone et appelle. Il ne faut pas qu'il ait de deuxièmes chances. C'est possible de s'en sortir. »

L'enfer pendant 13 ans

La jeune femme, déménagée à Sherbrooke pour refaire sa vie, raconte avoir vécu l'enfer de l'âge de 12 ans à 25 ans. Celui qui est devenu son conjoint, de trois ans son aîné, est arrivé chez ses parents en famille d'accueil. « Je ne pouvais pas en parler. Mes parents l'aimaient comme un fils. »

Nadia Beaulieu raconte avoir été victime d'agressions physiques et sexuelles tous les jours entre 2005 et 2012. Son conjoint lui a infligé des brûlures, l'a étranglée, l'a frappée avec une lampe et des bottes à cap d'acier. « Quand j'ai rencontré un médecin, ils se sont rendu compte que j'avais eu plusieurs os cassés, mais comme je n'avais jamais consulté, ils sont restés croches. »

Le couple a eu deux enfants. « En juin 2009, il m'a annoncé que nous allions nous marier en juin 2010. La robe était déjà choisie. Ç'aurait pu être le rêve de bien des filles, mais dans le contexte, ce n'était pas le mien. Le soir même du mariage, il m'a cassé un doigt. Deux mois après, il essayait de me tuer. »

Son ex-conjoint piquait aussi des colères parce qu'elle ne pliait pas les serviettes de la bonne façon. « Encore aujourd'hui, j'ai des angoisses quand je plie les serviettes. »

Mme Beaulieu souffre d'un hématome au cerveau qui, de son propre aveu, ne guérira jamais. « Il atteint la région qui fait battre mon coeur. Je pourrais mourir n'importe quand. »

Elle a aussi combattu le cancer. « Je n'ai pas de doute que c'est relié au stress que j'ai vécu. Au début, j'avais espoir qu'il change. Nous avons tous un peu l'esprit du sauveur. Mais à la fin, il me menaçait de mettre le feu et de tuer les enfants. »

Sauvée par son emploi

Les menaces, combinées à l'intervention d'une collègue, lui ont probablement sauvé la vie. « Le pire, ce ne sont pas les coups. C'est que tu perds ton identité, ton avenir. J'ai perdu qui j'étais. Les coups de poing, les brûlures, les coupures, tu ne les sens plus après un certain temps. Tu apprends à te protéger et à te placer pour que les coups fassent moins mal. Ça prend quelqu'un qui va te poser les vraies questions. Un enquêteur m'avait dit en 2009 que si je ne partais pas maintenant, je sortirais les pieds devant. Je ne l'ai pas écouté.

« Mon emploi comptait beaucoup pour moi. C'était un endroit où il ne venait pas. C'est là que je m'évadais. J'étais gérante d'une boutique et je me sentais valorisée là-dedans. C'est ma patronne qui m'a dit qu'elle ne me reconnaissait plus et elle m'a demandé ce qui se passait. C'est là que j'ai éclaté. Elle a posé la question directement : est-ce que tu vis de la violence chez toi? »

Nadia Beaulieu est alors partie en maison d'hébergement, sans ses enfants, pour se refaire une santé. « S'il n'y avait pas eu une place comme celle-là, aujourd'hui, je serais morte, parce que ce n'est pas vrai qu'en portant plainte, on se sent mieux du jour au lendemain. Quand tu vis l'enquête préliminaire, tu as l'impression que c'est toi qui fais l'objet d'une enquête. C'est à toi qu'on pose les questions. Il y a moyen de s'en sortir. Quand tu te reconstruits, tu découvres ce que tu aimes. C'est merveilleux. »

Il reste difficile pour la jeune femme de vivre à nouveau une relation amoureuse. « Même si je ne pense pas à lui, c'est sensoriel. J'ai toujours l'impression d'avoir ses mains sur moi. Je le sens encore derrière moi la plupart du temps. Jusqu'à récemment, j'avais encore peur des hommes. »

Mme Beaulieu souhaiterait qu'il y ait plus de prévention dans les écoles secondaires pour reconnaître les abus. « Il n'y a pas de prévention au secondaire pour nous dire quels signes sont précurseurs. Il faut se méfier. Il y a des signes. J'étais présidente de plusieurs clubs au secondaire. J'ai arrêté du jour au lendemain parce qu'il ne me laissait pas faire ça.

« Aucune femme ne devrait vivre ça. Il faut que les numéros de téléphone pour les femmes en détresse soient simples et connus », conclut-elle.

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