Pour un portrait de l'imam plus nuancé dans les médias

Abdelkrim Hasni... (Imacom, Jessica Garneau)

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Abdelkrim Hasni

Imacom, Jessica Garneau

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Alain Goupil
La Tribune

(SHERBROOKE) En tant que citoyen québécois originaire du Maroc, Abdelkrim Hasni n'aime pas toujours ce qu'il lit ou entend dans les médias lorsqu'il est question des relations entre les Québécois de confession musulmane et ceux dits « de souche ». De son point de vue, la réalité décrite dans les médias manque parfois de nuances. Souvent très importantes.

À son arrivée au Québec en 1996, M. Hasni détenait un doctorat en biologie. Quelques années plus tard, il en complétait un deuxième, cette fois en éducation, à l'Université de Sherbrooke, où il est aujourd'hui directeur du programme de doctorat en éducation tout en poursuivant ses recherches sur les pratiques d'enseignement en sciences et technologies ainsi que sur les approches intégratives.

Sans vouloir porter de jugement sur qui que ce soit, M. Hasni constate que les pouvoirs médiatique et politique ont souvent tendance à « tout mettre dans le même paquet » lorsqu'il est question des musulmans.

« Pourtant, depuis que je suis à Sherbrooke, la plupart des gens que je connais sont occupés, comme tous les Estriens, par leur travail, leur famille, la vie politique et leur vie sociale en général... Comme dans toutes les confessions, il y a des athées, des croyants non pratiquants, des laïcs, des pratiquants occasionnels. Tous ces gens ont des visions très différentes de la religion et de sa place dans la société. Mais ce sont des gens qu'on ne voit pas dans les journaux ni à la télévision ou qu'on n'entend pas à la radio...».

Rôle de l'imam

L'entrevue accordée à La Tribune par l'imam de la mosquée de Sherbrooke dans laquelle celui-ci est présenté comme « le chef spirituel de la communauté musulmane » l'a aussi fait réagir. Cette façon de présenter l'imam « laisse croire que tous les Sherbrookois associés à la confession musulmane se reconnaissent dans cette autorité ». Ce qui n'est pas le cas, dit-il.

« D'abord, il est important de savoir qu'un imam n'a pas de statut hiérarchique, comme dans une Église. Chez les musulmans, la hiérarchie, ça n'existe pas. Vous pouvez avoir dans une mosquée un imam bardé de doctorats et en avoir un autre qui n'a même pas fini son secondaire. La notion de base d'un imam, c'est d'être capable de présider la prière, c'est tout. »

L'importance accordée à l'imam par les médias laisse aussi croire qu'il existe une seule communauté musulmane, laissant ainsi de côté sa pluralité et sa diversité.

« Si je prends mon cas personnel, je me définis d'abord comme un citoyen canadien et québécois d'origine marocaine, précise M. Hasni. Après ça, l'origine confessionnelle vient colorer l'identité d'un individu et non pas la définir, comme dans toute société. Selon moi, le fait de véhiculer la notion de communauté est réducteur. Comme s'il n'y avait qu'une seule communauté. Or, je défis quiconque de m'identifier les dénominateurs communs de tous ces gens que l'on met dans une communauté. En réalité, il n'y en a pas. »

Islam et démocratie

Abdelkrim Hasni croit par ailleurs que les valeurs démocratiques doivent toujours avoir préséance sur celles de la religion. L'idée voulant que l'islam ne soit pas compatible avec la démocratie est un faux débat, selon lui.

« À mon avis, la question ne devrait même pas se poser. La religion ne doit jamais être un obstacle à la démocratie. Les aspirations d'un peuple sont celles de la démocratie. Et cela implique des valeurs d'égalité, notamment celle entre les hommes et les femmes », insiste-t-il. « Lorsque j'entends l'imam Chaoui à Montréal dire que la religion n'a pas à se soumettre à la démocratie, pour moi, c'est une vision radicale à combattre. On ne doit même pas négocier. Face à des radicaux, il ne doit pas y avoir de négociation. Et encore moins avec les intégristes. De telles idéologies ne se discutent pas; ça se combat. On doit chercher la voix de la majorité », soumet M. Hasni.

Dans le même esprit, celui-ci croit, à l'instar de l'Association culturelle islamique de l'Estrie (ACIE), en la pertinence de fédérer les mosquées et d'y instaurer un meilleur encadrement à l'égard des messages qu'elles véhiculent.

« Certains pays comme le Maroc ont pris en charge la formation des imams, justement dans le but de prévenir leur radicalisation. Leurs prêches sont très encadrés, très surveillés. Ce qui fait qu'aujourd'hui, plusieurs pays musulmans envoient leurs imams au Maroc pour y recevoir leur formation. »

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