De jeunes musulmans rejettent l'image de l'islam qui est véhiculée

Hoshiar Al Wandi, Ashime et Ahmed Turkmani, Hajrudin... (Imacom, Maxime Picard)

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Hoshiar Al Wandi, Ashime et Ahmed Turkmani, Hajrudin Begic et Sadar Turkmani sont cinq jeunes musulmans qui habitent à Sherbrooke. Ils ne se reconnaissent pas dans l'image de leur communauté qui est véhiculée dans les médias à travers le monde.

Imacom, Maxime Picard

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(Sherbrooke) Nombreux sont les musulmans qui peinent à se reconnaître dans l'image qui ressort de leur communauté à travers le monde ces temps-ci.

Les attentats chez Charlie Hebdo ou encore les coups de fouet imposés à Raif Badawi en Arabie saoudite, pour ne nommer que deux exemples récents qui attirent l'attention de toute la planète, représentent une réalité qui ne colle pas du tout avec celle que vivent au quotidien les trois frères Ashime, Ahmed et Sadar Turkmani ainsi que leurs amis Hoshiar Al Wandi et Hajrudin Begic.

Ces cinq jeunes musulmans, âgés entre 14 et 18 ans, vivent à Sherbrooke et sont originaires d'Afghanistan, d'Irak et de Bosnie. Ils ont accordé une entrevue samedi à La Tribune, afin d'expliquer comment ils se sentent par rapport à toute l'information qui circule dans les médias et ailleurs.

Ahmed Turkmani est le premier à prendre la parole : il souligne que la réalité est bien différente pour un musulman tout dépendant d'où il se trouve dans le monde.

« Dans les pays qui sont en guerre depuis longtemps, les gens n'ont pas nécessairement eu d'éducation lorsqu'ils étaient petits. Ce qu'ils ont appris, c'est ce qu'ils ont vu tous les jours. Quand un prisonnier comme Raif Badawi est amené devant une mosquée et flagellé, les enfants voient ça et leurs parents à côté leur disent «voilà, mon fils, cet homme a fait un péché", alors qu'il s'est juste exprimé. C'est ce dans quoi ils grandissent... Si je voyais des guerres tous les jours, c'est sûr que j'aurais probablement une mentalité, une façon de penser différentes. Je suis dans un pays de paix et de liberté, je m'éduque; c'est ça que j'apprends, ce n'est pas la guerre », affirme le jeune homme de 18 ans, qui estime que « l'éducation, c'est la clé ».

À propos de Raif Badawi, justement, Ahmed Turkmani n'a pas apprécié lire dans La Tribune du 22 janvier les propos de l'imam Mohammad Salah, qui refusait de dénoncer le traitement réservé au blogueur, sous prétexte qu'il s'agissait d'une « loi locale ».

« C'est sûr que je suis contre ce qui se passe en Arabie saoudite contre Raif Badawi. La torture, la flagellation, c'est contre les droits humains et c'est cruel », dit-il, avant de préciser toutefois qu'il croit qu'il serait difficile de faire changer la situation puisqu'il s'agit « d'un pays très dictatorial, très sévère et strict ».

«On entend dire: retourne dans ton pays, les musulmans sont des terroristes, ou de mauvaises choses contre notre religion.»


Pas tous des terroristes

Dire que les musulmans ne sont pas tous des terroristes sonne comme une évidence. Mais bien sûr, qu'il s'agit d'une minorité. Or, à en croire les commentaires entendus par les jeunes hommes, ce n'est pas tout le monde qui se retient de généraliser.

Ashime Turkmani le réalise surtout lorsqu'il lit, par exemple, des commentaires sur Facebook concernant des nouvelles internationales. « On entend constamment dire : retourne dans ton pays, les musulmans sont des terroristes, ou de mauvaises choses contre notre religion. On n'arrête pas de généraliser, mais que ce soit [le terroriste] qui soit blâmé, pas l'islam au complet! C'est lui qui doit se faire traiter de con, de terroriste. Cette personne-là se croit musulmane, mais elle ne l'est pas. Ils sont juste fous. »

Une opinion que partage son frère Sadar. « Je me sens mal quand j'entends parler de ça, parce que tous les musulmans ne sont pas des terroristes. Ils ne veulent pas se mêler des choses des autres, ils veulent rester dans leur bulle et vivre en paix loin de la guerre. »

« Un terroriste, ça peut être n'importe qui, un Anglais, un Français, un Africain, en autant qu'il fasse quelque chose d'inhumain, qu'il massacre... » dit pour sa part Ahmed.

Les cinq amis se désolent par ailleurs du peu d'attention accordée par les médias aux morts et à la souffrance qui résultent des conflits dans leurs pays d'origine respectifs.

Comme beaucoup de musulmans, Hajrudin Begic en a assez de constamment être sur la défensive. « J'ai un conseil pour les non-musulmans, c'est de lire le Coran avant de nous juger. Qu'ils s'informent sur l'islam en profondeur. Les gens croient qu'ils savent, mais ils ne savent pas réellement. »

Hoshiar Al Wandi, plutôt silencieux tout au long de l'entrevue, ouvre alors la bouche pour prononcer une phrase toute simple qui donne raison à ceux qui disent qu'il faut bien écouter les gens discrets lorsqu'ils prennent le temps de parler : « ce n'est pas la religion qui décide de ce qu'on est, c'est ce qu'on fait du cadeau de la vie ».

Et apparemment, les cinq garçons ont des projets bien plus grands que la haine pour meubler leur vie.

***

«Peace

Une entrevue sur la perception des musulmans au Québec, sur le sort d'un blogueur en Arabie saoudite et sur le terrorisme, c'est forcément une entrevue à laquelle la plupart des réponses aux questions commenceront par un bon silence, le temps de réfléchir, de bien peser ses mots.

Une réponse en particulier est toutefois venue très rapidement aux cinq jeunes musulmans sherbrookois rencontrés samedi.

- « Qu'est-ce que ça doit être, pour vous, la cohabitation entre les personnes des différentes communautés religieuses? »

- « Peace! »

- « Ben, la paix! »

- « La paix, c'est sûr! »

Réponse unanime et spontanée, donc : la cohabitation entre les communautés doit se faire de façon pacifique. « Il faut rester frères et soeurs avec les gens des autres religions, les protéger », soutient Hajrudin Begic.

Une façon de vivre que les jeunes hommes ont l'occasion d'adopter chaque jour, puisqu'ils vivent dans un quartier très multiethnique de la ville. « Dans le quartier, on essaie de s'entendre le mieux possible. J'ai plein d'amis cool, les gens sortent de chez eux et chaque fois qu'une nouvelle personne s'installe dans le quartier, on veut l'accueillir et lui parler », affirme Sadar Turkmani.

« On est toujours ensemble et on se considère les uns et les autres comme des frères, peu importe la couleur », renchérit son frère Ahmed.

La religion musulmane leur amène du bien, chacun à leur façon. « Pour moi, ça vient chercher la paix. Quand je vais jouer au football, je fais une prière juste avant», donne en exemple Hajrudin.

Pour Ahmed, l'islam est un prolongement de ses racines familiales. « C'est bien de croire en quelque chose dans la vie, d'avoir un peu de sa culture et de sa dignité en soi. Si je ne transmets pas cette religion à mes fils, et qu'ils ne la transmettent pas à leur famille, il n'y a plus de notre culture ancestrale et de notre héritage », dit-il.

Mais transmettre ne veut pas dire imposer, nuance-t-il. « Si je me marie avec une catholique, je vais laisser mon enfant choisir sa religion en toute liberté. Les autres générations, c'est comme ça qu'elles doivent être éduquées, elles doivent pouvoir choisir leur culture et leur religion, elles n'ont pas à être soumises », poursuit Ahmed.

Son petit frère Ashime renchérit. « Si j'ai des enfants, je vais leur expliquer le Coran et leur demander s'ils veulent être croyants. Sinon, c'est correct, je ne veux pas laisser la religion me séparer de mes enfants. »

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