Libération de Raif Badawi : «J'ai toujours de l'espoir», dit sa conjointe

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Alors que s'intensifient les rumeurs voulant que le nouveau roi d'Arabie accorde l'amnistie à différents prisonniers, Ensaf Haidar ne sait pas si son conjoint, Raif Badawi, fera partie du nombre. Elle continue de militer avec l'espoir de le voir libre.

IMACOM, Maxime Picard

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<p>Karine Tremblay</p>
Karine Tremblay
La Tribune

(SHERBROOKE) « J'ai toujours de l'espoir. Toujours, toujours. Ça ne m'abandonne jamais. »

Sous ses airs juvéniles et ses traits délicats, la toute menue Ensaf Haidar est une battante à la détermination de fer. Elle a des mannes d'espoir engrangé. Et elle entend se tenir debout jusqu'à ce que son conjoint, Raif Badawi, soit libéré de la prison saoudienne où il est détenu pour avoir tenu un blogue jugé trop libéral.

Depuis son arrivée au Québec, Ensaf Haidar milite sans relâche. En plus de prendre soin de ses trois jeunes enfants, en plus de s'adapter à une nouvelle culture. Depuis le 9 janvier, vendredi noir où Raif a reçu la première salve des 1000 coups de fouet auxquels il a été condamné, « les jours se suivent et se ressemblent tous ». À l'inquiétude, constante, s'ajoute un quotidien perturbé par des entrevues à la tonne et par des manifestations aux quatre coins.

Elle pourrait être essoufflée, épuisée, effondrée, tout ça. Elle n'est rien de tout ça.

« Tout ce monde qui appuie la cause, tous ces noms qui s'ajoutent aux pétitions, tous ces mouvements à travers le monde, ça me donne de la force. Et Raif m'en donne. Je veux être forte pour lui, pour l'accueillir quand il arrivera. Pour que tout soit comme avant. »

La force a beau être avec elle, il y a des moments plus durs que d'autres. Les vendredis sont toujours teintés de gris.

« Pour Raif, pour les enfants, pour moi, c'est très difficile. On ne sait jamais s'il sera flagellé. Je me lève à quatre heures du matin pour avoir des nouvelles, pour savoir ce qui se passe. »

Depuis trois semaines, les séances de 50 coups de fouet sont reportées pour des raisons médicales. C'est toujours avec un grand « ouf! » qu'Ensaf accueille la nouvelle. Elle n'est pas rassurée pour autant.

« Plus que son diabète, c'est sa haute pression qui m'inquiète. Et il est très déprimé. Chaque vendredi, il ne sait jamais ce qui l'attend. Il est condamné à 10 ans de prison et il ne peut pas sortir du pays pendant 10 ans ensuite. Ça veut dire 20 ans sans voir ses enfants, si rien ne bouge. Ça lui donne les idées noires. »

La plus grande de leurs trois enfants avait sept ans lorsque la famille a été séparée, il y a un peu plus de trois ans. Elle n'a pas revu son père. Mais comme son frère et sa soeur, elle lui parle parfois au téléphone. Pas longtemps. Le temps que permet la prison.

« Les enfants étaient jeunes quand on est partis, mais ils se souviennent de beaucoup de choses. Certaines dont je ne me rappelle pas moi-même! Évidemment, c'est difficile pour eux. Ils posent des questions. C'est un sujet difficile. Leur père est emprisonné, torturé. Comment peut-on leur expliquer ça? Mais ils s'adaptent bien, ils parlent français, ils ont des amis. »

La vie à Sherbrooke leur est douce.

« J'avais certaines craintes, avant d'y venir, à cause de la langue, notamment. On m'avait aussi dit qu'il faisait très froid. Finalement, le froid n'est pas si pire que ça! »

Peut-être parce que la chaleur humaine est enveloppante : Ensaf s'est tissé un solide réseau.

« C'est comme une deuxième famille qui me supporte, qui m'aide avec les enfants. »

Mireille Elchacar, agente de développement régional à Amnistie internationale, est devenue comme une soeur pour la Saoudienne de 35 ans. Elle est aussi sa voix, celle qui traduit les entretiens pluriels à toute heure du jour et de la nuit, en raison du décalage horaire avec lequel il faut composer lorsque ce sont des médias étrangers.

Dans tout ce maelström, le temps pour soi n'existe plus. Mais lorsqu'il y en aura un peu, Ensaf espère apprendre à conduire, ce qui est interdit aux femmes, en Arabie.

« Comme ça, lorsque Raif sera libéré, je pourrai aller le chercher en conduisant moi-même la voiture. »

Une rencontre comme un conte de fées

 Leur histoire d'amour a débuté comme un conte de fées.

Raif Badawi et Ensaf Haidar se sont connus... au téléphone.

Il a composé un faux numéro et ce numéro était celui de chez elle. Elle a répondu, il l'a trouvée sympathique. Ils ont commencé à parler, se sont découvert des atomes crochus. Ils se sont donné rendez-vous. En cachette.

« J'ai été très touchée par l'affection qu'il me témoignait. Je viens d'une famille sévère, conservatrice et lui, il m'a acceptée telle que j'étais. Il m'a laissée être moi-même », dit celle qui confie avoir toujours eu le voile en aversion.

En 2001, le couple se mariait. Dix ans et trois enfants plus tard, les deux tourtereaux étaient toujours aussi amoureux. Mais la vie était moins rose. À cause d'un blogue lancé en 2007, Raif était dans la mire des autorités. Fin 2011, il n'avait plus de permis de travail, plus de permis de conduire.

« Il y avait beaucoup de problèmes administratifs. Raif craignait que ça empire, il m'a dit de partir avec les enfants, qu'il règlerait les choses et qu'il nous rejoindrait. Peu avant mon départ, il a été la cible d'une attaque à l'arme blanche. »

Ensaf a mis le cap sur l'Égypte. Elle y est restée cinq mois, avant de quitter pour le Liban.

« Je n'avais plus de nouvelles de mon mari. J'ai tenté de le joindre. C'est une autre voix qui a finalement répondu. J'ai appris qu'il était en prison. »

Quand son beau-père a menacé de lui prendre les enfants, tout s'est bousculé. « C'est un homme malade, il n'est pas sain d'esprit. Il n'a pas élevé Raif et, soudainement, il voulait éduquer ses petits-enfants. C'est là que j'ai demandé le statut de réfugiée. »

Le Canada lui a ouvert les bras. Le 31 octobre 2013, elle arrivait à Sherbrooke. Depuis, elle se bat pour que leur histoire finisse comme elle a commencé : comme un conte de fées. Parce que oui, ceux-ci sont traversés de cauchemars. Mais à la fin, leur conclusion est toujours heureuse.

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