Le C. difficile continue ses ravages

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(Sherbrooke) La bactérie Clostridium difficile continue de faire des ravages dans les hôpitaux même si la lutte se poursuit et que les efforts portent leurs fruits. Cette bactérie très persistante a touché 38 personnes à l'hôpital Fleurimont et 34 patients à l'Hôtel-Dieu du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) en 2013-2014.

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Dr Alex Carigran

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Les toxines sécrétées par la bactérie ont donc causé la mort directe ou indirecte d'environ 15 % des patients qui la contractent, c'est-à-dire qu'environ 10 patients ont trouvé la mort au CHUS après avoir combattu la bactérie.

« Le C. difficile demeure un problème dans nos hôpitaux, mais la situation s'est quand même beaucoup améliorée depuis l'importante éclosion de 2003-2004. Le taux de patients qui contractent le C. difficile au CHUS est le plus bas taux au Québec pour les hôpitaux universitaires de taille comparable », explique le Dr Alex Carigran, microbiologiste et infectiologue au CHUS.

Au plus fort de la crise il y a 10 ans, le nombre de malades a été jusqu'à dix fois plus élevé.

Il faut dire que le C. difficile est une bactérie particulièrement coriace. En effet, ses spores résistent aux nettoyages conventionnels et ne sont détruites que par une solution à base d'eau de Javel. Très résistante, la bactérie peut survivre sur une poignée de porte ou un barreau de lit pendant plusieurs plus mois. De plus, la bactérie n'est pas détruite par les gels à base d'alcool fréquemment utilisés dans les hôpitaux pour le nettoyage des mains. Pour couronner le tout, le C. Difficile est résistant à plusieurs classes d'antibiotiques!

Difficile, dans un tel cas, d'enrayer complètement la bactérie.

« Les patients qui ont le C. difficile sont souvent des patients plus âgés et qui ont d'autres maladies en comorbidité », ajoute le Dr Carignan, bien qu'il ait vu des gens de tout âge lutter contre la bactérie.

Nouvelles mesures d'hygiène

L'éclosion de 2003-2004 a permis au CHUS de revoir toutes ses mesures déficientes du côté de l'hygiène, de la salubrité et de la promiscuité. Le problème n'était pas seulement présent au CHUS, mais partout en Amérique du Nord et a été aggravé par le développement d'une souche hypervirulente. Encore aujourd'hui, 50 % des cas recensés dans les hôpitaux proviennent de cette souche encore plus difficile à combattre. Quelles sont ces mesures qui ont été prises pour mieux prévenir la propagation à l'hôpital?

«Nous avons davantage de personnel pour le faire depuis la crise du C. difficile en 2003-2004, d'ailleurs, donc, nous sommes toujours plus efficaces.»


La promiscuité des patients a été réduite dans la nouvelle aile de l'Hôtel-Dieu, où les chambres à quatre ont été éliminées. Pour le reste de l'hôpital... « On doit composer avec les limites physiques de l'hôpital... » souligne le Dr Carignan.

Le contrôle des antibiotiques administrés aux patients a aussi été resserré, notamment grâce à un logiciel très performant développé à l'hôpital et qui est maintenant utilisé depuis un peu plus de quatre ans. « Les antibiotiques ont un effet pervers : en éliminant les mauvaises bactéries, elles éliminent aussi les bonnes bactéries de l'intestin qui nous protègent du C. difficile », souligne Alex Carignan.

Le CHUS a aussi décidé d'abaisser grandement son seuil d'alarme, qui est « plus bas qu'ailleurs ». « Quand on suspecte un cas de C. difficile, notre Service de prévention et contrôle des infections intervient plus rapidement que dans d'autres hôpitaux. »

D'autres infections nosocomiales (contractées par des patients alors qu'ils se trouvent dans les murs d'un établissement de santé) continuent de se propager au CHUS comme ailleurs : le SARM (staphylococcus aureus résistant à la méthicilline), le ERV (entérocoques résistants à la vancomycine), l'influenza et la gastro notamment.

« Nous avons des programmes de maladies sous surveillance. Nous avons davantage de personnel pour le faire depuis la crise du C. difficile en 2003-2004, d'ailleurs, donc, nous sommes toujours plus efficaces », explique l'infectiologue et microbiologiste.

Finalement, le Dr Carignan souligne que la propagation du C. difficile peut être grandement diminuée à l'aide d'une arme à la fois très simple et malheureusement trop négligée : le bon vieux lavage des mains à l'eau et au savon! « C'est un clou sur lequel nous devons encore taper très régulièrement pour rappeler au personnel, aux patients et aux visiteurs à quel point c'est une mesure efficace pour éviter la propagation des bactéries », rappelle-t-il.

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