Attentat à Paris: la liberté d'expression mise à mal

Les artisans de Charlie Hebdo qui ont perdu la vie, mercredi  matin,... (Photo AP)

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(SHERBROOKE) Les artisans de Charlie Hebdo qui ont perdu la vie, mercredi  matin, s'ajoutent à une longue liste de journalistes morts en devoir à travers le monde. Ce qui choque plus particulièrement dans cet événement, c'est le symbole visé, la liberté d'expression qui est mise à mal, fait valoir Marie-Ève Carignan, professeure au département des lettres et des communications à l'Université de Sherbrooke.

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Marie-Ève Carignan

« Le journaliste dans un pays en guerre met directement sa vie en danger, alors qu'à Paris, l'attentat donne le sentiment que personne n'est en sécurité. Ce n'est pas la première attaque terroriste contre un journal, mais dans ce cas-ci, c'est le nombre de morts et la violence des gestes qui est différente. »

Charlie Hebdo était reconnu pour ses satires qui faisaient réagir. « Il jouait souvent entre les limites de la liberté d'expression et du respect des minorités religieuses. C'était leur plaisir de jouer sur une note satirique. C'était pour eux une façon d'aborder les contradictions des religions par l'humour. Il faut comprendre que la caricature est un code à part qui permet l'humour. On y exagère des traits et on peut se permettre d'inventer des choses, d'aller loin que dans le journalisme standard. »

Le fait d'attaquer un journal pour le faire taire ne risque-t-il pas d'avoir l'effet contraire?

« C'est probablement ce qui est paradoxal. Il y a peut-être des gens qui ne connaissaient pas ces caricatures qui risquent de les voir davantage et d'en parler. On donnera plus de visibilité aux caricatures, mais on donne aussi la parole aux terroristes. C'est le propre du terrorisme à finalité, qui consiste à utiliser les médias pour passer un message. En faisant parler d'eux, ces terroristes ont accès à des politiciens et à des citoyens qu'ils ne pourraient pas joindre autrement. »

Jusqu'où relater?

Certains diront que les médias devraient éviter de parler des événements violents. Jusqu'où doivent-ils aller dans leur récit des événements du genre?

« C'est un débat qui n'est pas facile parce qu'il est d'intérêt public de savoir pourquoi un attentat est perpétré. Là où il faut peut-être s'arrêter, c'est quand on tombe dans la curiosité médiatique. Par exemple, au lieu de diffuser les images de la décapitation des journalistes en Syrie, on peut montrer des images où ces gens ont l'air heureux. Il ne faut pas véhiculer les images que les terroristes veulent véhiculer. »

Mme Carignan cite aussi l'exemple de l'individu qui a ouvert le feu au parlement, à Ottawa, en octobre. Selon elle, il n'était pas nécessaire de chercher à parler avec ses parents ou de faire mention de l'école qu'il avait fréquentée.

L'origine et la religion des tireurs devraient aussi être diffusées avec prudence. « Il faut se demander si ça apporte quelque chose à l'intérêt public ou si ça véhicule la haine envers un groupe. Il reste qu'il est important pour le public de savoir au nom de quoi les gestes ont été posés. »

Des médias français ont déjà rendu leurs ressources disponibles pour permettre à Charlie Hebdo d'être publié normalement. « Mon avis personnel, c'est que je souhaite que d'autres journaux satiriques et que Charlie Hebdo puissent continuer d'exister, sinon, nous serons dans un milieu de propagande. Il ne faut pas qu'un acte comme celui-là affecte la liberté des professionnels de l'information. »

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