Des parents : un cadeau plus grand que Noël

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(Sherbrooke) Chaque soir, Catherine dit à son fils : «Je t'aime. On se voit demain matin. Je vais être là quand tu vas te réveiller. Je t'aime pour toute ma vie.»

Alors que la grande majorité des enfants tiennent pour acquis que leurs parents seront toujours là pour eux, Christopher a besoin de se le faire répéter. C'est parce qu'un beau matin, ses premiers parents n'étaient plus présents.

Christopher a six ans aujourd'hui. À deux ans, ses parents biologiques n'étant plus en mesure d'en prendre soin l'ont remis entre les mains du système. Il a passé 14 mois dans une famille d'accueil temporaire avant de rencontrer Catherine, Patrice et Julien Pelletier, ceux qui allaient devenir ses parents et son grand frère.

Noël 2014 sera son quatrième réveillon avec les Pelletier, mais le premier depuis qu'il a été officiellement adopté par sa nouvelle famille, la dernière qu'il aura.

«Le jour du jugement d'adoption, Christopher nous a dit : on se met beau, on s'en va s'adopter!» se souvient Catherine qui considérait Christopher comme son fils bien avant que la justice le confirme.

Celle qui est éducatrice spécialisée depuis une douzaine d'années au Centre Jeunesse de l'Estrie se souvient la première fois qu'elle l'a vu. «Il est tellement beau cet enfant-là, je l'ai aimé immédiatement. En le voyant, j'ai perdu tout sens clinique. Je ne portais plus mes bottes d'intervenante, mais bien celles d'une mère.»

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Christopher avait trois ans lorsqu'il a déménagé ses peluches chez les Pelletier. À son arrivée, pour lui donner toutes les chances de s'attacher, la famille s'est complètement isolée. «C'est par les soins qu'un enfant apprend à faire confiance aux adultes, alors c'était important que je sois celle qui change ses couches, le nourrisse, que je sois le premier visage qu'il voit quand il tombe et a besoin d'aide pour se relever», explique la maman de 36 ans.

Catherine a pris 15 mois de congé pour installer une routine avec Christopher et faire du reparentage. «Je lui ai donné les soins de base, comme s'il était un bébé. Il avait des troubles de langage et ne mangeait presque rien. Il avait également des troubles de sommeil. Je l'ai beaucoup bercé.»

En le berçant, Catherine lui répète : «Je vais m'occuper de toi. Tu peux me faire confiance.»

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En 1999, la première grossesse de Catherine s'est mal terminée. À l'échographie de la 20e semaine, les médecins ont constaté que des malformations importantes rendaient le foetus non viable. Elle a donc accouché prématurément d'un mort-né. «Notre première expérience de parents a été difficile. On a pris le temps de faire notre deuil. Puis je suis tombée enceinte de Julien.»

Comme un cadeau tombé du ciel, Julien est né le 24 décembre 2001. Mais de 0 à 3 ans, il a eu des problèmes de santé qui ont nécessité beaucoup de soins et quelques hospitalisations. «Il faisait du reflux urinaire qui provoquait plusieurs infections. Son système immunitaire était affaibli.» Ces complications et le risque que le prochain enfant souffre de la même problématique ont convaincu les parents de laisser de côté l'idée de faire un petit frère ou une petite soeur à Julien. Puis le temps est passé. Et l'idée est revenue.

«Je ne souhaitais pas être enceinte de nouveau, car mes expériences passées avaient engendré certaines peurs, alors j'ai pensé à l'adoption. À cause de mon emploi, je vois plein d'enfants qui ont besoin de parents», soutient l'éducatrice du Centre Jeunesse.

Adoption locale ou internationale, leur choix n'était pas arrêté. Quoi qu'il en soit, Catherine et Patrice s'inscrivent au programme d'adoption par la banque mixte des centres jeunesse du Québec. Entrevues psychosociales et séances de sensibilisation s'ensuivent.

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Noël 2010, Catherine et Patrice annoncent à leur famille qu'ils ont leur accréditation pour être famille d'accueil permanente, comme on annonce aux siens une grossesse. En février, on leur propose Julien. En mai, le gamin emménage avec la famille.

«Nous savions que l'enfant qu'on adopterait aurait de grands défis, on s'attendait à un enfant ayant souffert de négligence, d'un manque de stimulation et d'un trouble d'attachement. Nous souhaitions un enfant entre 2 et 5 ans, fille ou garçon, sans déficience ni handicap physique. Mais on ne peut pas tout prévoir», confie Catherine. Car même si les Pelletier avaient coché non à autisme, Christopher a eu un diagnostic l'an dernier. On lui a aussi trouvé un trouble de déficit de l'attention au printemps. On lui a prescrit des médicaments et il va bien à l'école, dans sa classe spécialisée.

Christopher ressemble beaucoup à son grand frère, mais sait qu'il est adopté. Il ne parle pas de sa vie d'avant, mais Catherine et Patrice n'évitent pas le sujet non plus.

«On nous dit souvent: une chance que Christopher vous a. Mais chaque fois on répond : une chance que nous l'avons», raconte Catherine convaincue que l'enfant est toujours le plus beau des présents.

«Il nous apporte tellement. Et ses différences nous rendent que meilleurs. On s'ouvre à autre chose et on dépasse nos limites.»

«Dans la vie, on ne contrôle pas tout. Si c'était à refaire, je ne le ferais pas autrement, parce que Patrice et moi ne nous voyons pas avec un fils autre que Christopher. Et Julien ne peut pas avoir de meilleur frère.»

Christopher porte maintenant le même nom de famille que les siens. Ceux qui lui offrent bienveillance et amour inconditionnel. Une deuxième chance au bonheur qui ne s'emballe pas tant le cadeau est énorme.

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*Les noms ont été modifiés pour préserver l'anonymat des membres de la famille.

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