Inquiétudes et colère chez les enseignants

« On nous demande l'impossible! » (Archives La Tribune)

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<p>Chloé Cotnoir</p>
Chloé Cotnoir
La Tribune

(SHERBROOKE) «On nous demande l'impossible!»

Des enseignantes de Sherbrooke sont indignées de la volonté de Québec d'augmenter le nombre d'élèves par classe, et plus globalement leur tâche.

Selon Sylvie Simoneau, le ministre de l'Éducation Yves Bolduc n'a aucune idée de la charge de travail des enseignants.

«Il s'agit d'un recul sans précédent pour le monde de l'éducation», croit l'enseignante d'une classe de sixième année à l'école Alfred-Desrochers.

Rappelons que Québec compte augmenter le ratio élèves-maître de la troisième à la sixième année, ainsi qu'au secondaire. Il désire également hausser de 10 % le temps de travail d'un enseignant à l'école, qui passerait de 32 à 35 heures par semaine, sans augmenter son salaire annuel. De plus, le gouvernement souhaite qu'un élève handicapé ou en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage (EHDAA) soit considéré comme un élève régulier dans la composition des classes. Il abolirait la «pondération» permettant de reconnaître qu'un EHDAA augmente la tâche de l'enseignant.

«Le ministre est déloyal envers le personnel enseignant lorsqu'il affirme qu'il travaille seulement 32 h par semaine. Ça ne compte pas tout le temps travaillé à la maison pour préparer nos cours, corriger, écrire aux parents, etc.», soutient Mme Simoneau qui avait d'ailleurs fait de la correction à la maison jusqu'à 23h la veille de l'entrevue.

L'enseignante de deuxième cycle cite d'ailleurs une étude réalisée par la Fédération des syndicats de l'enseignement qui révélait que la moyenne nationale des heures travaillées par un enseignant était de 42h par semaine.

Selon Mme Simoneau, l'augmentation du nombre d'élèves, cumulé à l'abolition des côtes aux élèves en difficultés, causera des dommages irréparables au monde de l'éducation québécois.

«Toutes les recherches effectuées au Québec et dans des milieux semblables vont dans le sens contraire. C'est impossible d'offrir un enseignement de qualité dans une classe surchargée, avec en plus des élèves qui ont des besoins particuliers», explique l'enseignante cumulant plusieurs années d'expérience.

Mme Simoneau s'oppose à l'abolition des cotes attribuées aux élèves. «Elles sont excessivement importantes. Les cotes ne sont pas données par les professeurs pour les élèves un peu turbulents. Il s'agit d'un travail de longue haleine réunissant plusieurs intervenants, dont des psychologues, qui doivent bâtir un dossier sur l'élève. C'est une mesure qui vise à répondre aux besoins particuliers de ces jeunes», souligne-t-elle.

«Ça fait peur»

Lyne Parenteau est professeure de français à l'école du Triolet, en secondaire trois et quatre. Tout comme sa collègue au primaire, elle s'inquiète des mesures annoncées par Québec.

«Ça fait peur», admet-elle d'entrée de jeu.

«Il faut être complètement déconnecté du milieu de l'éducation pour penser que ces mesures ne nuiront pas à la qualité de l'enseignement», soutient celle qui s'implique également dans le Syndicat de l'enseignement de l'Estrie.

À titre d'exemple, Mme Parenteau souligne le cas des élèves qui se retrouvent en situation d'échec au secondaire, mais qui monte tout de même de niveau. «Par exemple, dans une classe de 32 élèves en secondaire 3, il peut y en avoir le tiers qui n'ont pas réussi leur français de secondaire 1 et 2, mais qui sont là quand même puisqu'ils ont réussi les autres matières de base, soit les mathématiques et l'anglais. Et la on me dit qu'on pourrait augmenter le nombre d'élèves dans cette classe sans que ça nuise à l'enseignement?» questionne Mme Parenteau.

L'insécurité créée par ces annonces vient s'ajouter à celle créée par la fusion des commissions scolaires, croit l'enseignante de français.

«J'ai des collègues qui ont 6, 7 ou même 8 ans d'expérience qui ne travaillent pas à temps plein et qui se promènent d'une école à l'autre pour faire du remplacement et gagner un salaire décent. C'est déjà une situation difficile, mais là avec la fusion des commissions scolaires, plus les mesures que Québec ont présenté, je peux vous dire que certains commencent à penser à quitter la profession», se désole Mme Parenteau.

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