Le projet de loi 20 : des coupures salariales déguisées

Le Dr François Roy, omnipraticien, travaille déjà 60... (IMACOM, René Marquis)

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Le Dr François Roy, omnipraticien, travaille déjà 60 heures par semaine et, malgré ça, risque de se vori imposer une pénalité allant jusqu'à 30 % de son salaire si la loi 20 est adoptée.

IMACOM, René Marquis

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(Sherbrooke) Le Dr François Roy est omnipraticien. Le médecin de famille prend 30 minutes pour rencontrer ses patients parce qu'il souhaite faire le tour de leur situation et faire de la prévention. Pour lui, pas question de gonfler sa liste de patients et de prendre des rendez-vous aux 10 minutes parce que la pratique de la médecine familiale a beaucoup évolué au cours des dernières décennies.

«Un de mes collègues a déjà dit : "Avant, on avait 15 pilules pour toutes les maladies. Aujourd'hui, on a 15 pilules par maladie." La médecine est plus complexe, elle exige que les médecins prennent plus de décisions. Pourtant, les erreurs et les mauvaises décisions des médecins peuvent avoir des conséquences graves, qui peuvent aller jusqu'à la mort du patient», explique le Dr Roy, qui exerce à la Clinique médicale des Papetiers.

François Roy, qui a six ans de pratique, a accepté d'exposer publiquement sa réalité pour expliquer quels seront les impacts pour lui du projet de loi 20. Les conséquences seront doubles dans sa famille puisque sa conjointe est également médecin de famille.

Pour éviter de se voir couper son salaire de 10 à 30 %, les deux omnipraticiens devront donc prendre en charge 1000 patients en plus de pratiquer un minimum de 12 heures par semaine d'activités médicales particulières (AMP).

Le Dr Roy y parvient. À ce jour, il a pris en charge 1156 patients, dont près de la moitié font partie de la clientèle vulnérable, c'est-à-dire avec une problématique de santé connue et qui exige plus qu'un rendez-vous dans l'année. Il suit aussi des patients à domicile. Et pour combler son obligation en lien avec les AMP, il fait des gardes à l'hôpital Hôtel-Dieu du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS) neuf semaines par année. Pendant ses gardes, il est sur appel 24 heures durant sept jours.

Conjuguant donc hôpital et clinique, ce n'est pas loin de 60 heures par semaine que le médecin doit bosser chaque semaine. «Dans une semaine à la clinique, je passe environ 35 à 40 heures avec les patients, et 20-25 heures à remplir toute la paperasse en lien avec la visite de mes patients», dit-il.

Avec les mesures imposées par le ministre de la Santé et des Services sociaux, le Dr Roy ne voit pas comment il pourra échapper à une pénalité de 10 à 30 % de son salaire même si, à première vue, il remplit les obligations. «La loi 20 exige aussi l'assiduité des patients. Si on les voit pour moins de 80 % de leurs visites chez un médecin, on aura des pénalités allant de 10 à 30 % de notre salaire. Sur l'assiduité, je n'ai pas de contrôle. Il y aura toujours des patients qui devront aller à l'urgence et des patients qui verront mes collègues à notre clinique sans rendez-vous. Et je serai pénalisé pour ça», déplore-t-il.

Des rendez-vous aux 10 minutes?

Avec ses semaines de 60 heures, François Roy touche un salaire d'environ 250 000 $ par année. Sa conjointe gagne environ 160 000 $. De ces montants bruts, il faut soustraire entre 20 et 30 % en frais de bureau et en cotisations diverses. Sa conjointe paiera aussi les frais de bureau pendant son congé de maternité.

S'ils voyaient plus de patients à l'heure, ils gagneraient encore plus d'argent. «Mais c'est un choix de pratique de vouloir avoir du temps avec nos patients», répète le Dr Roy.

«Je ne me suis jamais plaint de mon salaire, nous avons de très bons salaires. Mais j'ai l'impression de perdre toute ma liberté de pratique, d'être obligé de voir mes patients aux 10 minutes pour répondre à toutes les exigences, et, malgré ça, d'être coupé de 30 % de mon salaire. J'ai l'impression que c'est une coupure salariale déguisée qu'on nous impose», déplore-t-il.

Beaucoup de pression sur les femmes, un autre texte sur le sujet à lire dans La Tribune de samedi.

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