«Une attaque contre les femmes médecins et les vieux médecins»

« Il faut se le dire, c'est une attaque en règle contre les femmes médecins et... (Archives La Presse)

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(Sherbrooke) « Il faut se le dire, c'est une attaque en règle contre les femmes médecins et contre les vieux médecins qui souhaitent ralentir un peu le rythme. C'est une perte d'autonomie professionnelle qu'on nous impose », explique le Dr Alain Demers, président de la section régionale de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec.

C'est ainsi qu'il décrit le projet de loi 20 touchant les activités de médecine de famille (AMF) et présenté vendredi à l'Assemblée nationale par le ministre de la Santé et des Services sociaux.

Rappelons que le projet de loi prévoit d'imposer à chaque médecin de famille de prendre en charge un nombre minimal de patients qui sera précisé par règlement. Ainsi, un médecin, dès sa cinquième année de pratique, devra suivre au minimum 1000 patients, en plus de faire 12 heures d'activités de médecine de famille (AMF), par exemple en obstétrique, en soins de longue durée, en salle d'urgence, etc. Le médecin touchera sa pleine rémunération s'il atteint l'objectif à 100 %. Sa rémunération totale sera réduite jusqu'à 30 % si le nombre de patients inscrits est inférieur à 80 % de l'objectif.

Combien d'heures par semaine un médecin devra-t-il faire pour réussir à combler tous ces objectifs? Bien difficile à dire. « Un patient n'est pas un fichier Excel dans lequel on rentre des chiffres et où tout est précis. Certains patients sont en bonne santé et ont besoin de peu de temps avec leur médecin. D'autres patients plus âgés doivent voir leur médecin plus souvent et plus longtemps », explique le Dr Demers.

Patients vulnérables

Alors que la région se bat encore pour offrir un médecin de famille à ses patients vulnérables, le Dr Demers craint que ces nouvelles mesures n'incitent les médecins à prendre des patients en bonne santé au détriment des plus malades et des plus âgés.

« C'est malheureux à dire, mais ça va inciter les médecins à prendre en charge les patients les moins vulnérables et les moins malades », lance comme hypothèse le Dr Demers.

Autre hypothèse possible à la suite de ces annonces : le déménagement de certains médecins vers des cieux plus cléments où leur façon de travailler sera moins réglementée, dans les autres provinces canadiennes par exemple, émet Alain Demers.

Il craint aussi que l'attrait vers la médecine familiale devienne moins grand pour les étudiants. « Il y a des règles moins contraignantes dans certaines spécialités de la médecine », fait savoir Alain Demers.

Le médecin de famille déplore aussi que le ministre de la Santé coupe toutes les primes offertes aux médecins. « Au lieu d'augmenter le tarif à l'acte lors de nos dernières négociations, nous avons négocié ces primes pour prendre en charge les patients vulnérables, sur le nombre d'heures et de jours travaillés, etc. C'étaient des incitatifs sur lesquels nous nous étions entendus, à l'intérieur d'une enveloppe qui nous était allouée, et le ministre de la Santé vient sabrer dans tout ça », déplore Alain Demers.

Selon des données recueillies auprès du Mécanisme d'accès aux médecins de famille de Sherbrooke, il y aurait 220 médecins omnipraticiens à Sherbrooke, dont 130 feraient de la prise en charge, pour l'équivalent à temps complet de 80 à 85 médecins.

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