Pas de billets pour les accompagnateurs

France Bruneau déplore que, dans les grands travaux... (IMACOM, Jessica Garneau)

Agrandir

France Bruneau déplore que, dans les grands travaux de rénovation de la salle Maurice-O'Bready, aucune formule n'ait été prévue pour accommoder plus facilement les accompagnateurs de personnes en fauteuil roulant. Souhaitant offrir une paire de billets pour le spectacle de Véronic DiCaire à sa fille handicapée Nancy et au copain de celle-ci, elle n'a pu trouver de siège voisin pour le copain de sa fille, tous les billets à proximité des places pour handicapés ayant été vendus.

IMACOM, Jessica Garneau

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Steve Bergeron</p>
Steve Bergeron
La Tribune

(Sherbrooke) Si le code du bâtiment oblige des organismes culturels comme la salle Maurice-O'Bready à prévoir des places pour les personnes handicapées, ils ne sont pas tenus d'en faire autant pour leurs accompagnateurs. Une dame de Sherbrooke, France Bruneau, l'a appris récemment, alors qu'elle voulait offrir une paire de billets à sa fille en fauteuil roulant et au copain de cette dernière, qui n'est pas handicapé.

«Ma fille Nancy voulait voir le spectacle de Véronic DiCaire, au Centre culturel de l'Université de Sherbrooke. C'est son cadeau de Noël. La première chose que j'ai découverte, c'est la disparition des places pour personnes en fauteuil roulant situées sur les côtés de la salle Maurice-O'Bready [à la suite des travaux de rénovation]. Il ne reste plus que les places situées complètement à l'arrière de la salle.»

«J'ai donc demandé si c'était possible que le chum de ma fille ait un siège près d'elle, mais il n'y en avait pas. On m'a offert de lui installer une chaise droite à côté d'elle. Je pensais que ce siège serait gratuit, étant donné que c'est un siège supplémentaire. Mais on me demande quand même de payer 86 $. On m'a même dit qu'on me faisait une faveur», rapporte France Bruneau, qui a finalement décidé de rapporter la situation à l'organisme Promotion handicap Estrie.

«J'aurais été prête à payer un deuxième billet si cela avait été un siège normal. C'est ce que j'ai d'ailleurs toujours fait par le passé. Mais comment se fait-il qu'on ne prévoie pas de sièges pour les accompagnateurs à proximité des places pour handicapés? Qu'arrivera-t-il le jour où 20 personnes en fauteuil roulant voudront voir le même spectacle?»

Presque tous vendus

Directeur du Centre culturel de l'Université de Sherbrooke, Mario Trépanier explique que les places pour personnes handicapées qui ont été enlevées n'étaient plus légales. «La pente n'était pas réglementaire, selon le code de construction en cette matière. Nous n'avons gardé que la dizaine de places à l'arrière. Mais les gens doivent aussi savoir que, lorsque la salle n'est pas pleine, il nous est possible d'installer une contremarche amovible plus près de la scène.»

Malheureusement pour Mme Bruneau, poursuit-il, les billets pour Véronic DiCaire se sont très bien vendus. «Il n'y avait plus de sièges disponibles à proximité des places pour handicapés. Si elle avait téléphoné deux mois plus tôt, il n'y aurait eu aucun problème. Nous ne pouvons pas bloquer ces places à l'infini, au cas où un accompagnateur en aurait besoin. Rien ne nous oblige à garder une place voisine pour l'accompagnateur. Ce n'est d'ailleurs pas toutes les personnes en fauteuil roulant qui ont besoin que leur accompagnateur reste près d'elles pendant tout le spectacle.»

Ce à quoi Mme Bruneau répond que tout le monde veut être assis avec son conjoint lors d'un spectacle. «Et les personnes handicapées n'auraient pas le même droit?» demande-t-elle.

Reconnaître la vignette

Atteinte de spina-bifida, la fille de Mme Bruneau a aussi des problèmes moteurs aux mains, qui l'empêchent, par exemple, de mettre son manteau toute seule. Si elle a besoin d'aller à la salle de bains, il lui faut une personne pour l'accompagner.

La jeune femme a d'ailleurs sa vignette d'accompagnement touristique et de loisir (VATL). Celle-ci permet à l'accompagnateur d'avoir un accès gratuit. Le hic, c'est que les organismes et entreprises qui reconnaissent la vignette (ils sont près de 200 en Estrie) le font sur une base volontaire. Le Centre culturel de l'Université de Sherbrooke n'en fait pas partie.

«Nous avons sollicité le Centre culturel il y a plusieurs années, mais il n'a pas accepté», rapporte Claire Gaudreault, directrice de l'Association régionale pour le loisir et la promotion des personnes handicapées de l'Estrie (ARLPPHE). «Les cinémas non plus. Au Galaxy, on nous dit que l'on préfère gérer les demandes au cas par cas. Les Vieux Clochers de Sherbrooke et Magog ont déjà accepté la vignette, mais ils se sont finalement retirés. Rien dans la loi ne les oblige.»

«C'est quand même un questionnement que le Centre culturel pourrait avoir. Est-ce que, oui ou non, on fait des aménagements pour les accompagnateurs? Et si oui, pourrait-on mettre en place des mesures qui donneraient un accès universel?»

À Nikitotek

France Bruneau ajoute que l'été dernier, elle est allée voir le spectacle de Québec Issime Cowboys à la place Nikitotek avec sa fille. «J'ai eu une place gratuitement sans problème.»

Mario Trépanier répond que ce sont les producteurs des spectacles qui décident, en accord avec la salle, si des fauteuils gratuits seront réservés pour les accompagnateurs. «Si le producteur de Québec Issime décide de donner des billets gratuits ou de faveur, c'est son choix. Moi, je ne peux pas obliger le producteur de Véronic DiCaire à faire de même. Il faut une entente entre le diffuseur et le producteur.»

«Par le passé, nous avons toujours réussi à offrir des accommodements aux spectateurs en fauteuil roulant. Quand je dis que nous faisons une faveur à Mme Bruneau, c'est que le siège que nous offrons à l'accompagnateur est installé dans une place normalement réservée à une autre personne handicapée. D'ailleurs, si un autre spectateur handicapé nous la réclamait, nous devrions faire marche arrière. Nous l'avons fait parce que, selon notre expérience, ces places ne sont jamais toutes prises.»

France Bruneau espère quand même plus d'accommodements dans l'avenir. «Je trouve que, malgré ces grands travaux de rénovation, on a reculé quant aux services aux personnes handicapées.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer