Prendre sa vie et sa caméra en main

Caméra à la main, la cinéaste Marie-Lou Béland... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Caméra à la main, la cinéaste Marie-Lou Béland a tourné jusqu'ici quelques courts métrages, dont La Grosse Classe et 24H qui se retrouvent à l'affiche de nombreux festivals partout dans le monde.

Spectre Média, Maxime Picard

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(Sherbrooke) C'était l'un de ces trop nombreux jours sombres de l'ancien temps de Marie-Lou Béland. La spirale la ramène devant un juge de la Chambre de la jeunesse qui laisse tomber des mots qui portent comme un coup de poing : « Malheureusement, on semble se trouver devant un cas fini avec lequel il n'y a plus rien à faire. »

Le cas, c'est elle. « C'est vrai que j'étais "une petite crisse", mais entendre ça de la bouche du juge, ça m'a rentré dedans. Ç'a été le déclic pour que je prenne les choses en main et que je ne renonce pas à ma vie », confie la cinéaste, photographe et éducatrice spécialisée.

Sa vie a donc commencé. À 19 ans, lorsqu'elle est débarquée à Sherbrooke pour ses études collégiales en éducation spécialisée. « Avant, j'étais en mode survie, je ne pouvais faire confiance à personne », précise la jeune femme originaire de la Mauricie. « À 19 ans, j'ai fait une croix sur un réseau négatif pour créer ma propre vie. »

Et entrer en contact avec les autres, aussi difficile que cela puisse être pour la jeune puckée qui se braque la tête hors de l'eau. Marie-Lou Béland a envie de raconter, d'interpeller, de toucher les gens en leur partageant les histoires qui l'ont émue et en faisant connaître les causes qui lui tiennent à coeur. Elle se tourne d'abord vers le théâtre, ce qui lui permettra de remettre les pendules à l'heure.

« Je suis retournée voir le juge qui m'avait traitée de cause perdue, je lui ai dit qu'il avait tort et qu'il ne fallait jamais dire ça à un enfant, puis je lui ai offert une paire de billets pour la pièce de théâtre, raconte-t-elle avec un relent de défi dans l'oeil. Clairement, ç'a eu son effet, il est venu voir la pièce et j'ai été invitée à son party de retraite quelque temps plus tard. »

Depuis, celle qui a travaillé au Centre jeunesse Estrie et continue d'oeuvrer comme éducatrice spécialisée au CIUSSS de l'Estrie - CHUS a troqué les planches pour la caméra. Photographe chez Spectre Média, elle chérit avant tout le cinéma et tente de multiplier les projets de courts métrages. Coup de coeur du public de la Course des régions 2016 et récipiendaire du Cercle d'or de la compétition régionale du dernier Festival cinéma du monde de Sherbrooke, le 24H de la réalisatrice sherbrookoise se retrouve dans la programmation d'événements de courts métrages aux quatre coins de la province et de la planète.

« Ce film-là, j'ai eu envie de le faire après avoir rencontré Suzanne Nadeau-Whissell*, explique Marie-Lou Béland. Ça m'était rentré dedans, j'avais besoin d'exprimer cette réalité-là de vivre 24 heures avec un proche en sachant que ce sont les dernières, qu'il va mourir. »

Pour ce faire, la jeune réalisatrice a couché sur papier un scénario misant sur les derniers moments au chalet de deux frères dans la toute jeune vingtaine. Tourné grâce à la généreuse collaboration de plusieurs mordus de cinéma de la région, le film fait son petit bonhomme de chemin, tout comme La Grosse Classe, premier court métrage de Béland tiré il y a deux ans d'un poème de David Goudreault et tourné à la prison Winter avec entre autres des jeunes du Centre jeunesse de l'Estrie.

« C'est sûr que, avec le parcours que j'ai, j'ai envie de provoquer des déclics, d'aider à changer des vies, je suis obsédée par ça, lance Marie-Lou Béland. Y a tellement un faible pourcentage des jeunes en centres qui s'en sortent, j'aimerais ça faire une différence dans la vie de certains d'entre eux, leur montrer que peu importe à quel point ta vie a commencé tout croche, tu peux quand même t'accrocher et faire quelque chose avec. Tout ce que ça prend, c'est un déclic, un truc vers lequel te tourner, quelque chose qui te passionne. Quand j'étais en centre, plusieurs intervenants sont sortis de leur cadre pour m'aider, je veux faire pareil. »

Avec l'aide de sa caméra qu'elle souhaite mettre au service des causes sociales, des plus marginaux, qu'ils soient en centre ou sur la rue, jeunes ou vieux. Elle espère ainsi multiplier les projets, trouver les fonds pour le faire, poursuivre sa formation à l'INIS pour ajouter à son bagage et son expérience avant de transmettre ses connaissances à son tour.

« C'est sûr que j'aimerais ça faire du long métrage, mais pas juste pour faire du long métrage. J'ai envie de faire évoluer des choses, d'amener des changements positifs », précise Marie-Lou Béland.

« C'est peut-être parce que j'ai commencé ma vie assez tard que je suis aussi intense dans mes affaires et que j'ai toujours plein de projets. Des fois je me dis que je suis allée assez loin du mauvais côté, je peux peut-être me rendre aussi loin du bon côté aussi. »

* N.D.L.R. Sherbrookoise atteinte de la SLA décédée après avoir obtenu l'aide à mourir.

Repères

Âgée de 29 ans;

Éducatrice spécialisée, photographe, cinéaste;

A réalisé quelques courts métrages, dont La Grosse Classe et 24H;

24H a été sacré Coup de coeur de la Course des régions 2016 et a remporté le Cercle d'or de la compétition régionale du dernier Festival cinéma du monde de Sherbrooke.




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