Agir face à l'indifférence

Soraya Ziou... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Soraya Ziou

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) Les images du petit Aylin Kurdi, dont le corps a été rejeté par la mer sur une plage de Turquie, en septembre 2015, ont ébranlé la planète.

Comme des millions d'autres citoyens à travers le monde, la Sherbrookoise Soraya Ziou a elle aussi été profondément choquée par l'ampleur du drame vécu par ces réfugiés quittant leur pays au péril de leur vie.

À l'aube de la vingtaine et sur le point d'entreprendre une carrière de nutritionniste, Soraya Ziou aurait pu se contenter de hocher la tête et de vaquer à ses occupations. Mais non...

Elle a plutôt choisi de canaliser son indignation à travers l'implication. D'abord comme bénévole auprès du Service d'aide aux Néo-Canadiens (SANC), mais aussi en allant prêter main-forte directement dans les camps de réfugiés, disséminés à travers la Grèce, où elle a passé huit mois à aider des milliers de personnes en détresse.

Une implication que la jeune femme explique par une prise de conscience qui s'est déclenchée chez elle face à la crise humanitaire qui se déroulait sous ses yeux, à l'automne 2015.

« Lorsque j'ai pris la décision de m'impliquer au SANC, je venais de commencer à travailler et je trouvais que ma vie en général se résumait à une vie de boulot-dodo. J'étais au début de ma carrière et je me suis dit : je ne peux pas croire que je vais faire ça jusqu'à ma retraite... », raconte-t-elle.

Née en France de parents algériens, Soraya Ziou est arrivée au Québec alors qu'elle avait un an, lorsque son père a accepté un poste de professeur à l'Université de Sherbrooke.

« Il est possible qu'en étant moi-même issue à un certain niveau de l'immigration, cela a fait en sorte que j'ai voulu en faire plus, ajoute-t-elle. Même si ma famille et moi n'avons pas eu besoin de l'aide du Service d'aide aux Néo-Canadiens, je connaissais quand même l'organisme. Et avec les nombreux réfugiés que le Canada s'était engagé à accueillir à l'époque, je me disais qu'en tant qu'OSBL (organisme sans but lucratif), ils allaient sûrement avoir besoin d'aide », explique-t-elle au sujet de son intégration au SANC.

« Comme tout le monde, je voyais aux nouvelles qu'il y avait une guerre civile en Syrie et qu'elle faisait énormément de dommages. Je pense que ce qui m'a le plus touchée, c'est la façon dont l'exode des réfugiés se déroulait, c'est-à-dire sur des bateaux de fortune. Je n'arrivais pas à croire qu'en 2015, des gens puissent quitter leur pays dans des conditions aussi inhumaines. Cela ne s'était pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale. »

Plus la crise des migrants prenait de l'ampleur et plus son sentiment d'indignation devenait grand, dit-elle. « J'avais beau en parler autour de moi, c'était comme si les gens ne se sentaient pas concernés, sous prétexte que c'était loin d'ici. »

Peu de temps après son arrivée au SANC, elle s'est vu confier la tâche d'aider une famille syrienne à s'installer à Sherbrooke.

« Je me souviendrai toujours de cette famille, qui est arrivée ici complètement démunie. Ils habitaient tous les six dans la même chambre de l'hôtel La Marquise. Lorsque je suis arrivée dans leur chambre, ils m'ont aussitôt offert de prendre le thé avec eux. C'est là que tu réalises que ces gens-là, malgré le fait qu'ils sont complètement démunis, ont toujours le réflexe de l'hospitalité. Ils sont chaleureux, accueillants et sont surtout très reconnaissants de l'aide qu'ils reçoivent. C'est un sentiment très agréable... »

Cinq semaines devenues huit mois

Quelques mois plus tard, en février 2016, Soraya Ziou décida de s'impliquer davantage pour la cause des réfugiés en se rendant directement en Grèce sous les auspices de Lighthouse Relief, une organisation non gouvernementale (ONG), chargée de coordonner l'aide aux réfugiés sur l'île de Lesbos (1100 réfugiés) ainsi qu'à Ritsona (900), situé à une heure de route au nord d'Athènes.

« Lorsque je suis partie, j'avais pris un billet d'avion aller-retour Montréal-Athènes de cinq semaines, dit-elle. C'était un peu dans l'optique d'aller faire du volontourisme. Finalement, j'y suis restée huit mois. »

Parmi ses nombreuses fonctions au camp de Ritsona, elle s'est vu confier la coordination de l'espace maternité réservée aux femmes ainsi que la gestion du programme de nutrition pour femmes enceintes et allaitantes. Un programme que le Haut-commissariat aux réfugiés de l'ONU a reconnu comme l'un des meilleurs parmi tous les camps de réfugiés en Grèce.

Après avoir quitté Ritsona en septembre 2016, Soraya Ziou s'est envolée pour Cap-Haïtien où elle a participé pendant trois mois à l'implantation d'un programme de dépistage de la malnutrition chez les enfants.

Ce qu'elle retient aujourd'hui de ces contacts auprès des milliers de gens confrontés à la misère tient dans le regard que l'on pose sur les autres et sur sa propre vie :

« Qu'est-ce que j'ai fait de différent pour avoir le statut et les conditions de vie que j'ai par rapport à telle autre personne? Qu'est-ce qui fait que je suis ici et pas ces gens-là? Il y a une sorte de loterie de la vie qui fait qu'on est qui on est. C'est ce qui fait qu'au final, je me dis : ''Qui suis-je pour juger qu'ils n'ont pas leur place ici...?''».

Repères

Âgée de 23 ans;

Née en France de parents algériens;

Arrivée à Sherbrooke à l'âge d'un an;

Bachelière en nutrition de l'Université d'Ottawa;

Bénévole au SANC depuis 2015;

A oeuvré dans des camps de réfugiés en Grèce;

A coordonné un programme de nutrition en Haïti.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer