Bourlinguer pour mieux aider

Patrick Raymond... (Spectre média, Frédéric Côté)

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Patrick Raymond

Spectre média, Frédéric Côté

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(Sherbrooke) « Chaque mission nous change. On ne revient jamais pareil. On revient tout le temps changé. C'est classique à dire, mais c'est tellement vrai... »

Et des missions humanitaires, l'infirmier Patrick Raymond en cumule plusieurs. Le Sherbrookois est allé dans les points les plus chauds du globe pour prêter main-forte à ceux qui en ont besoin : Haïti, la perle des Antilles dévastée par l'ouragan Matthew; le Népal, frappé par un séisme dévastateur en 2015, l'Allemagne, terre d'accueil de réfugiés syriens... Et tant d'autres, en Afrique et au Moyen-Orient. L'infirmier du CHUS part environ deux fois par année, chaque fois qu'il en a l'occasion.

« J'en ai fait plusieurs. Elles nous changent toutes... C'est facile de partir, ce n'est jamais facile de revenir. C'est extrêmement dur. Quand on arrive sur le terrain, on fait un changement, ça fait une différence. Là-bas, ce n'est pas un individu qui a un impact, c'est toute l'équipe. Quand on revient, on redevient l'individu qu'on était, sans challenge, sans adrénaline, sans les changements qu'on peut apporter », raconte-t-il en soulevant les difficultés de se replonger dans la routine.

Les travailleurs humanitaires doivent toutefois être capables de partir en sachant qu'ils ne changeront pas le monde. Qu'ils sont là pour donner un coup de main. Ils voient l'horreur, mais aussi la beauté dans le pire. Comme ces réfugiés, le père et le fils, qui ont été réunis, en Allemagne, dans des camps de réfugiés. « Si tu veux faire des missions, il faut garder les bons coups en mémoire. »

La piqûre d'aider les autres, ce déclic vers l'ailleurs, Patrick Raymond se souvient de les avoir eus alors qu'il avait 15 ou 16 ans. C'était l'époque de l'apartheid en Afrique du Sud et il se souvient d'un spectacle organisé pour la libération de l'ex-président sud-africain Nelson Mandela.

« C'est comme si j'ai réalisé qu'il y avait autre chose que le Québec. Tu suis ça, tu regardes ce qui s'est passé... Ça me donnait le goût d'être actif. » Un voyage en Europe réalisé à l'âge de vingt ans aura aussi un grand impact sur la suite de son parcours. « Je devais partir quelques mois. Je suis revenu plus d'un an après. J'ai découvert d'autre monde, d'autres cultures », se remémore-t-il.

Un stage au Pérou réalisé en 2001, alors qu'il étudiait en soins infirmiers, n'a fait que lui confirmer son choix. Il est retourné récemment dans le cadre de ses études de deuxième cycle en santé mondiale avec l'UQAT. Il en a profité pour revoir la famille qu'il a rencontrée en 2001, dont celui qu'il appelle « son frère péruvien »... et qui a eu des jumeaux comme lui. Il a toujours gardé le contact depuis cette première rencontre.

Patrick Raymond a d'abord été ambulancier avant de décider de devenir infirmier, une profession qu'il voyait comme un passeport pour bourlinguer davantage et aider ailleurs sur le globe.

Son parcours a aussi été marqué par plusieurs années passées au Nunavik, entre 2003 et 2009. « Le Grand Nord, c'est particulier et enrichissant. J'adore les Inuits. Ce sont des gens passionnés. (...) C'est une autre culture, il faut les comprendre, avec l'histoire qu'ils ont... C'est normal qu'ils aient une dent contre les Blancs. Si quelqu'un venait chez moi et m'enlevait mes enfants, j'agirais pareil. » Patrick Raymond parle ainsi du scandale des pensionnats, où des milliers d'enfants ont été envoyés. À ce déracinement se sont ajoutées d'autres horreurs. « J'étais là quand ça a été reconnu. J'étais dans la salle communautaire. Les vieux pleuraient... » dit-il en se rappelant les discours officiels.

À Umiujaq, Patrick Raymond a travaillé comme infirmier, avec un collègue infirmier et un médecin qui était là trois jours par mois. « On faisait tout : les consultations, des soins avancés, les horaires... »

Pendant ces années d'allers-retours entre le Nord et ici, il a fait une parenthèse en Angola, où le projet qu'il chapeautait visait à favoriser la réinsertion des enfants. C'est là qu'il a rencontré l'amour : « Je me suis marié là-bas. »

« La raison pour laquelle je suis parti du Nord, c'est parce que j'ai eu des enfants et ma fille avait besoin de soins spécialisés à Sherbrooke. Sinon, je remontais dans le Nord avec ma famille au complet... » raconte-t-il.

Aujourd'hui, c'est son épouse, Rosa, qui garde le fort avec les deux jumeaux - un garçon et une fille de sept ans - lorsqu'il part à l'étranger. Les séjours avec la Croix-Rouge durent environ un mois et demi.

Parfois, c'est l'organisme qui le contacte pour lui demander de partir, d'autres fois c'est lui qui lève la main. « C'est les deux. Quand ça fait trop longtemps que je ne suis pas parti, je supplie », lance-t-il en riant.

Repères

  • Il est né et a grandi à Longueuil
  • Âgé de 45 ans
  • A été ambulancier avant de devenir infirmier




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