Lumière sur les violences sexuelles

Lorsqu'elle a fait son doctorat, jamais la chercheuse... (Spectre Média, Julien Chamberland)

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Lorsqu'elle a fait son doctorat, jamais la chercheuse Geneviève Paquette n'aurait pensé que la question des violences sexuelles prendrait un jour autant de place dans la sphère publique.

Spectre Média, Julien Chamberland

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(Sherbrooke) Lorsqu'elle a fait son doctorat, jamais la chercheuse Geneviève Paquette n'aurait pensé que la question des violences sexuelles prendrait un jour autant de place dans la sphère publique. La professeure de l'UdeS s'est retrouvée sous les projecteurs comme coauteure de la première étude sur les violences sexuelles en milieu universitaire au Québec.

Près de 40 % des répondants de l'étude ont vécu une forme de violence sexuelle depuis leur entrée à l'université. Il ne faut pas confondre « violence sexuelle » et « agression sexuelle ». La violence sexuelle inclut les remarques à connotation sexuelle, en passant par le harcèlement jusqu'aux agressions sexuelles. L'enquête Sexualité, sécurité et interactions en milieu universitaire (ESSIMU) est la première étude au Québec qui permet de documenter la situation dans les campus de la province.

Le parcours de cette professeure de l'Université de Sherbrooke et son envie d'étudier le sujet délicat des agressions sexuelles ont été marqués par ses années de travail comme psychoéducatrice auprès des jeunes.

« Je garde des bons souvenirs, très riches, sur le plan humain. J'en parle encore dans mes cours... » D'ailleurs, c'est à ces intervenants que la professeure décernerait le Mérite estrien, fait-elle valoir en entrevue.

On ne soupçonne pas l'ampleur de ce que peuvent vivre ces jeunes avant de débarquer sur le terrain, et ce, malgré les études qui préparent à la profession, raconte la chercheuse.

À l'époque, Geneviève Paquette a fait une pause pendant ses études universitaires pour travailler dans ce milieu.

« J'ai pratiqué au Relais Saint-François et à Val-du-Lac pendant environ sept ans. J'ai abandonné mes études, j'avais besoin d'aller pratiquer. C'est un travail difficile. Ça suscitait beaucoup plus de questions que de réponses... »

« Toute la question du trauma et des agressions sexuelles, le centre jeunesse, on était de la troisième ligne. À l'époque, on ne savait pas trop comment intervenir, comment bien intervenir en regard de cette problématique-là. Fallait-il en parler ou pas du tout? Comment? On était extrêmement mal à l'aise par rapport à tout ça », se remémore-t-elle.

« Une des premières choses que j'ai faites pendant mon doctorat, c'est d'obtenir des réponses à ces questions-là. J'ai découvert un modèle de traitement, de rétablissement, qui dit : voici la séquence qu'on devrait respecter pour un bon rétablissement des victimes d'agressions sexuelles. Je l'ai présenté à plusieurs reprises à divers groupes d'intervenants, en Montérégie, en Estrie. »

« Ce qui m'a dérangée, là où j'en suis venue à avoir des questionnements, c'est de voir comment la société on s'en préoccupe peu, finalement. La population la plus vulnérable au Québec, elle est desservie dans les centres jeunesse. C'est une population qu'on concentre dans des quartiers pauvres, dans toutes les villes. À Sherbrooke, c'est la même chose. On évite de se promener dans ces quartiers-là... Ça concourt au problème. Ces personnes-là sont toujours entourées de personnes qui ont peu accès aux ressources comme elles... J'en suis venue à me rendre compte que l'impact qu'on peut avoir comme intervenant, il est là, mais il est limité. Il faut aussi des politiques sociales qui soutiennent les familles vulnérables et une communauté qui s'entraide (...) Il y a quelque chose que la société doit prendre en charge ou du moins qu'elle intervienne à des niveaux différents. Les intervenants ont un pouvoir limité, et les individus aussi. Tu prends un jeune en milieu défavorisé, qui a eu de la difficulté à l'école... La solution n'est pas qu'individuelle, il ne peut pas s'en sortir tout seul, ça lui prend du soutien. »

Elle raconte que sa mère a été victime d'agression sexuelle. « Ça aussi, ça a influencé mon parcours. Quand je suis arrivée en centre jeunesse et que j'ai vu toutes les jeunes filles qui l'avaient vécu, comment elles semblaient perturbées, je me suis dit que j'allais travailler là-dessus. C'est sûr qu'au début, c'est difficile, quand tu te mets à lire là-dessus... Encore aujourd'hui, beaucoup de gens me disent qu'ils ne savent pas comment je fais pour travailler là-dessus. Étant psychoéducatrice de formation, on est habitué d'entendre parler de difficulté. Ça a facilité les choses de ce côté-là. On apprend à affronter le problème. »

Lorsqu'elle s'est retrouvée sous le feu des projecteurs pour commenter la question des violences sexuelles en milieu universitaire, elle trouvait délicat d'aborder cette problématique. Elle ne voulait surtout pas dire quelque chose « sur le coup » - notamment avec le tourbillon médiatique - et froisser une victime d'agression, aussi appelée survivante.

L'aplomb de jeunes femmes comme la Sherbrookoise Mélanie Lemay, Ariane L'Italien et Kimberley Marin (qui ont subi des agressions) l'ont encouragée à relever ce défi.

« Tu te dis que si ces jeunes femmes-là le font, il serait peut-être temps que moi aussi je le fasse! Ça m'a beaucoup touchée de les voir. Je me dis que la société a progressé pour que ces jeunes femmes-là se sentent assez fortes pour en parler », dit-elle en soulignant néanmoins le travail qui reste à faire.

Repères

Originaire de Montréal;

Diplômée de l'UdeS (bac, maîtrise, doctorat);

Mère de deux enfants.

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