Voir au-delà des limitations de chacun

Serge Sylvain... (Spectre Média, Jessica Garneau)

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Serge Sylvain

Spectre Média, Jessica Garneau

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(Sherbrooke) Serge Sylvain a vécu une grave dépression et c'est ce qui fait de lui un excellent directeur général chez Défi Polyteck, une des dix plus grandes entreprises adaptées au Québec. L'entreprise qui a pour mission de créer des emplois de qualité pour des personnes ayant des limitations fonctionnelles a l'ultime objectif d'améliorer la vie de ses employés.

« Ma dépression a été la pire et la meilleure chose qui me soit arrivée. Sans elle, je ne serais pas ici avec cette belle équipe. Sans elle, je ne serais probablement même plus en vie », raconte l'ancien workaholic.

Déjà à 16 ans, l'adolescent de Thetford Mines travaille démesurément. Tout en terminant son secondaire, il bosse 40h/semaine dans un restaurant, est chauffeur d'autobus scolaire un autre 25h/semaine, joue au ballon-balai et au hockey.

Dans la vingtaine, il déménage à Sherbrooke et démarre, avec ses frères, une entreprise de distribution de portes et fenêtres.

« Je travaillais sans arrêt et je ne faisais vraiment pas attention à ma santé. Je disais oui à tout. Il y a eu beaucoup d'accumulation et un jour, on m'a demandé de faire quelque chose au travail et je me suis mis à trembler. »

C'est le début d'une dépression qui s'étirera sur quatre ans.

« Je n'avais jamais entendu parler de santé mentale à ce moment-là. »

Il est parti dans le Sud une semaine, pensant que ça réglerait tout. Le problème était trop profond. Lorsqu'il va finalement consulter, on lui dit qu'il a tous les symptômes d'une dépression majeure. Il refuse quand même d'être hospitalisé. Souhaitant cacher son état, il s'isole. « Je pouvais passer 16 h dans la noirceur dans mon sous-sol. Je ne tolérais plus le bruit d'un réfrigérateur. Penser que je devais monter les marches me faisait pleurer. »

À cause de ses préjugés, il évite la psychiatrie à de nombreuses reprises. Conséquence : il se rend à la frontière de la vie. Allant jusqu'à écrire sa lettre d'adieu à ses proches.

« J'aurais guéri plus rapidement si je n'avais pas eu tous ces préjugés et si j'avais accepté l'aide avant. C'est pour ça que j'en parle aujourd'hui. Pour réduire à zéro les tabous entourant la maladie mentale. »

Sa compréhension de la souffrance fait de lui un patron tout indiqué pour Défi Polyteck, un poste qu'il occupe depuis près de 20 ans. Ses employés, qui ont un handicap physique, une déficience intellectuelle ou un trouble mental, le décrivent avant tout comme un homme de coeur.

« Hier, on a rencontré un groupe d'adultes âgés de 16 à 50 ans qui suivent la formation en intégration socioprofessionnelle et on leur a parlé de ce qu'on fait ici. On leur a dit qu'on les aiderait à être des membres actifs de la société. Il y avait une telle écoute. On pouvait lire l'espoir sur leur visage. C'était un moment magnifique », raconte-t-il avec émotion, précisant avec fierté que le nombre d'employés a doublé au cours des dix dernières années, passant de 100 à 200.

Selon lui, la manière forte n'est pas la bonne approche quand il est question d'intégration au marché du travail. « Cette façon de faire multiplie bien souvent les échecs, car les gens n'ont pas les outils nécessaires. Et les gens n'ont pas besoin de nouveaux échecs. Ici, on leur donne des outils et des occasions d'être fiers d'eux. »

Chaque fois qu'un de ses employés est repêché par une entreprise privée, c'est une victoire pour M. Sylvain, qui chaque jour travaille à l'acceptation sociale de la différence. L'entreprise Défi Polyteck génère un chiffre d'affaires de 5 M$. Elle est profitable, mais le plus beau des bénéfices, ce sont les humains productifs qui y entrent chaque matin avec le sourire.

Repères

  • Né le 16 mai 1958 à Thetford Mines ;
  • Marié à Louise St-Cyr depuis 33 ans, il a deux fils et deux petits-enfants ;
  • Finaliste dans la catégorie « Individus » aux Prix à part entière 2016 remis par l'Office des personnes handicapées du Québec ;
  • Directeur général de Défi Polyteck depuis près de 20 ans ;
  • Le nombre d'employés est passé de 100 à plus de 200 au cours des dix dernières années.

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