Ne jamais oublier ses origines

Alain et Calile Haddad... (Spectre Média, Maxime Picard)

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Alain et Calile Haddad

Spectre Média, Maxime Picard

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) C'est bien connu, l'Histoire a la fâcheuse habitude de se répéter. Surtout lorsqu'il s'agit des guerres et des millions de victimes qu'elles engendrent dans leur sillage. Alain Haddad et son fils Calile en savent quelque chose. Leurs ancêtres chrétiens ont dû fuir la persécution lors du génocide arménien de 1915. Cent ans plus tard, devant les mêmes atrocités, les Haddad ont fait ce que la société québécoise a fait à l'égard de leurs ancêtres : accueillir à bras ouverts des centaines de réfugiés afin qu'ils puissent refaire leur vie, loin des bombes et des horreurs de la guerre.

En 1915, les Haddad ont en effet dû fuir le village escarpé de Mardin, en Turquie, lorsque des tribus kurdes décidèrent de s'en prendre aux minorités chrétiennes, dont les syriaques orthodoxes, auxquels appartenaient - et appartiennent toujours - les Haddad.

Cent ans plus tard, en 2015, lorsque le groupe armé État islamique s'est mis à perpétrer les mêmes exactions dans la même région du globe, Alain et Calile Haddad ont immédiatement senti le besoin d'agir. Ils ont mis sur pied, par l'entremise du comité exécutif de l'église syriaque orthodoxe St-Éphrem, une vaste campagne de parrainage privé qui a permis à une centaine de familles de s'installer à Sherbrooke et de bénéficier du soutien de la communauté tout au long du processus d'intégration.

Pour Alain et Calile Haddad, leur implication répond d'abord et avant tout à un devoir humain.

« À partir du moment où on a la chance de vivre dans un pays développé, ouvert et démocratique comme le Québec et le Canada, qu'on a la chance de goûter à la liberté, on n'a pas le droit de ne rien faire. Si on peut aider des gens à vivre cette liberté-là, on ne doit pas se poser de questions, il faut les aider », estime Alain Haddad, qui est né à East Angus et qui fut l'un des pharmaciens les plus connus de Sherbrooke pendant près d'une quarantaine d'années.

Son fils Calile, qui porte le même prénom que son grand-père, adhère aux mêmes valeurs. Selon lui, personne ne peut rester indifférent au sort que vivent les réfugiés.

« Ma philosophie de vie, c'est que peu importe ton statut social, que tu sois riche ou pauvre, ta chair est égale à celle des autres lorsque tu meurs. Ce qui compte, c'est ce que tu fais de ton âme. T'en es-tu servi pour faire le bien ou pour faire le mal? C'est ça qui compte », de dire ce franc-maçon âgé de 37 ans et propriétaire d'un restaurant où près d'une vingtaine de réfugiés ont pu trouver du travail depuis leur arrivée à Sherbrooke.

L'objectif de trouver du travail à tous ces réfugiés est le principal cheval de bataille de Calile et Alain Haddad. D'autant plus, ajoutent-ils que la plupart d'entre eux possèdent déjà les qualifications qui leur permettraient de contribuer à la vie économique et sociale de leur société d'accueil.

« Les gens qu'on parraine ne vivaient pas dans des camps de réfugiés, précise Calile Haddad. Ce sont des gens qui avaient un travail, soit comme médecin, vétérinaire, architecte, ingénieur, etc. Ils avaient leur propre maison. Tout ce qu'ils demandent, c'est de pouvoir travailler ici, ne serait-ce que comme assistant s'il le faut » , convient Calile Haddad.

Outre la centaine de familles parrainées par l'église St-Ephrem et déjà installées à Sherbrooke, la communauté syriaque orthodoxe en attend une soixantaine d'autres, une fois que la nouvelle politique d'immigration sera mise en place.

Un énorme merci

Tout en se disant « extrêmement honorés » d'avoir été choisis à titre de Mérite estrien, Calile et Alain Haddad insistent toutefois pour dire qu'ils n'auraient pu accueillir autant de réfugiés sans l'aide « incroyable » qu'ils ont reçue des Sherbrookois.

« Quand on pense à tous les meubles, les électroménagers, les vêtements et les jouets qu'on a reçus, c'est incroyable à quel point les Sherbrookois ont un grand coeur », de dire Calile en rappelant l'immeuble que le Groupe Immex a gracieusement mis à la disposition de la communauté afin d'entreposer tous les biens reçus avant que ceux-ci ne soient redistribués aux familles concernées.

Les Haddad se disent aussi reconnaissants envers la contribution exprimée par certains élus et membres d'autres clergés qui ont été sensibles à la cause des réfugiés syriaques.

« Le député (de Saint-François) Guy Hardy, et en particulier son adjointe Nicole Forcier, ont été des anges pour nous depuis le début de notre parrainage, de dire Calile Haddad. Même chose pour le père Edward Simonton, de l'église anglicane St.George de Lennoxville, qui a été d'une grande générosité. Tout comme la députée Marie-Claude Bibeau, qui nous a aidés avant même d'avoir son bureau de comté. C'est grâce à eux et à la générosité des Sherbrookois si on a pu accueillir autant de familles », insistent Calile et Alain Haddad.

Repères

Alain Haddad

- Né à East Angus de parents réfugiés syriaques;

- Préside le comité de l'église syriaque orthodoxe St-Éphrem de Sherbrooke;

- Pharmacien à la retraite;

- A été propriétaire de quatre pharmacies Jean-Coutu à Sherbrooke.

Repères

Calile Haddad

- Né à Sherbrooke il y a 37 ans;

- Homme d'affaires propriétaire du restaurant Scores;

- Marié à Maria Agustina Haddad, d'origine argentine;

- Impliqué auprès de Leucan, la Société Alzheimer de l'Estrie et JEVI.

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