Floués, des travailleurs guatémaltèques risquent la déportation

Quatorze travailleurs guatémaltèques risquent la déportation après avoir été... (Archives La Presse)

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(Victoriaville) Quatorze travailleurs guatémaltèques risquent la déportation après avoir été floués, deux fois plutôt qu'une, par des entreprises québécoises.

Ces travailleurs étrangers venus donner un coup de pouce sur les terres agricoles de la région de Victoriaville conserveront certainement un piètre souvenir du « plus beau pays du monde ».

Ils se sont amenés initialement, au cours des derniers mois, dans le cadre d'une entente entre le Canada et le Guatemala afin de remplir une tâche prédéterminée à un salaire convenu à l'avance. Une fois sur le terrain, il semble que les promesses n'ont pas été tenues.

« Malheureusement, les conditions de travail qui avaient été convenues tant en ce qui a trait au salaire qu'à l'objet du travail n'ont pas été respectées », affirme Susan Ramirez, l'avocate des Guatémaltèques.

Sachant que ces travailleurs n'avaient pas les conditions qu'ils souhaitaient, Esvin Cordon de l'agence de placement Les Progrès les a approchés afin de leur offrir un autre emploi. Il leur suggérait même de faire pour eux les démarches nécessaires afin qu'ils obtiennent un nouveau permis de travail pour leur nouveau poste.

« Il leur disait qu'il avait besoin de 4500 $ pour les frais d'avocat afin de régler les papiers auprès d'un consultant à l'immigration. Il leur prélevait l'argent directement sur leur paie et ne leur donnait que 300 $ pour des semaines de 80 heures », explique l'avocate.

À certains travailleurs, Cordon est allé jusqu'à promettre un statut de résident permanent, en échange, bien entendu, d'une contribution additionnelle. Il ne devait finalement ne faire aucune démarche. Pire encore, le représentant de l'agence de placement, qui est aussi d'origine guatémaltèque, serait allé jusqu'à menacer les travailleurs de s'en prendre à leur famille, toujours en Amérique du Sud, s'ils ne coopéraient pas suffisamment.

Incarcérés depuis plus de deux semaines

Insatisfaits de voir leurs travailleurs quitter leurs terres, les agriculteurs ayant les contrats initiaux ont porté plainte à l'Agence des services frontaliers du Canada qui ont procédé à leur arrestation, ces derniers étant considérés comme clandestins. Ils ne savaient pas qu'ils devaient obtenir un nouveau permis de travail avant de changer d'emploi.

Plus de deux semaines après les événements, 11 des 14 Guatémaltèques sont toujours derrière les barreaux, n'ayant pas les ressources financières nécessaires afin de déposer une caution. Tous sont menacés d'être retournés dans leurs pays incessamment.

Représentés par le Centre des travailleurs immigrants (CTI), ils ont déposé une plainte contre Esvin Cordon qui a été arrêté, puis relâché sous promesse de comparaître pour faire face à des accusations de fraude et de menace. L'organisme tente également d'éviter que les travailleurs soient déportés en démontrant qu'ils étaient de bonne foi.

Il faut dire que plusieurs d'entre eux sont venus ici pour travailler pour payer leurs dettes et nourrir leurs familles restées au Guatemala. C'est notamment le cas de Juan Godoy Enriquez, qui a contracté une dette pour payer un recruteur dans sa ville de résidence au Guatemala afin de s'assurer de trouver un emploi au Canada.

« Mon fils reçoit des traitements pour une blessure sévère à la tête, en ce moment au Guatemala, et, avec mes dettes, je devais m'assurer que je continuais à avoir un revenu pour transférer de l'argent à la maison, explique Enriquez. L'agence a conservé nos documents, nous avons signé un contrat et ils nous ont promis que tout était légal, j'ai donc commencé à travailler pour eux en ne comprenant pas l'étendue de la situation. Qu'est-ce qu'un père désespéré peut faire. »

Le CTI a envoyé une lettre à la CNESST pour dénoncer le traitement et les pratiques de l'agence et des précédents employeurs des travailleurs.

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