Endurance et équilibre

Eva Alexy... (Spectre Média, Frédéric Côté)

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Eva Alexy

Spectre Média, Frédéric Côté

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(Magog) Athlète accomplie, citoyenne engagée, tout est une question d'équilibre pour Eva Alexy dans la vie. À 65 ans, la triathlète a procuré le mois dernier à son pays d'adoption, le Canada, une médaille de bronze au Championnat du monde Ironman longue distance de Kailua-Kona à Hawaï.

Troisième mondiale chez les 65-69 ans, celle-ci n'y avait jamais songé dans ses rêves les plus fous. Après 15 h 45 m à nager 3,8 km, pédaler 180 km et enchaîner avec un marathon de 42,2 km à la course à pied, Eva Alexy a dû se rendre à l'évidence : la troisième au monde dans sa catégorie, c'était elle.

Ne gagne pas qui veut une médaille à l'épreuve d'un jour jugée la plus difficile au monde. Eva Alexy y est parvenue sans être obsédée par l'entraînement comme la plupart des adeptes du triathlon. «À mon âge, je dois m'entraîner intelligemment et je vise la qualité avant la quantité. J'essaie d'accéder à un équilibre dans ma vie à travers des passions et d'autres activités comme le tricot, la broderie, le jardinage, le bénévolat et le sport. C'est la chose la plus difficile à atteindre, mais avec de la discipline, de la persévérance, j'y arrive. Aujourd'hui, je sais ce que mon corps a besoin et peut endurer. Il y a quelques années, je l'ignorais», raconte celle qui compte sept triathlons Ironman à son palmarès.

On peut dire que le succès lui colle à la peau puisqu'elle compte aussi des victoires, toujours dans sa catégorie chez les femmes, en Arizona en 2008, et cet été à Lake Placid, quelques semaines avant de débarquer à Hawaï. C'est à Lake Placid qu'elle avait éclipsé et été plus rapide que tous les hommes de son groupe d'âge.

La combattante

Sous son allure frêle, Eva Alexy devient une véritable combattante et franchit les 226 kilomètres d'un triathlon Ironman le couteau entre les dents. «Avec le temps, j'ai découvert que je possédais sur le plan physique des forces insoupçonnées. En réalité, c'est souvent plus difficile à l'entraînement, surtout les dernières semaines avant un Ironman. La fatigue est omniprésente et cela me fait douter à l'occasion. Mais je me ressaisis chaque fois», fait-elle valoir.

La femme bionique, version 2016, Eva Alexy ? «Loin de là, répond-elle, sourire en coin. J'ai aussi mes limites et mon corps s'use au fil du temps. Vous allez rire, mais simplement courir un marathon, ça ne me tente pas du tout. Pourtant j'en fais un dans un Ironman après les sections de nage et de vélo. Mais après avoir terminé 180 km en vélo, la course à pied ne m'effraie pas. Je me dis qu'il reste seulement 42 km au compteur. On se motive comme on peut.»

La Sherbrookoise est tombée dans la marmite du sport en bas âge dans son pays natal, l'ancienne Tchécoslovaquie. «Aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été très active. À l'école primaire c'était la gymnastique. J'ai touché aussi à la marche en haute montagne, le ski, le vélo, la planche à voile et j'en oublie. Les sports d'endurance sont venus il y a 19 ans.»

Réfugiée politique

Sa très grande résistance, sa volonté à toute épreuve, Eva Alexy la doit possiblement aux événements dramatiques vécus par elle et sa famille au milieu des années 1980. Quelques années avant l'éclatement du bloc communiste en 1989, Eva Alexy, son mari Gabriel et leurs deux garçons en bas âge ont fuit leur pays avec tous les risques que cela entraîne. C'était en 1986 et à l'époque Eva Alexy enseignait les langues (français et russe).

«Il était hors de question d'élever nos deux fils dans le paysage politique de la Tchécoslovaquie. Évidemment, on ne pouvait prévoir que le bloc communiste allait s'effondrer en 1989. Nous avons vécu huit mois dans un camp de réfugiés politiques en Autriche et demandé l'asile politique. Quand tu passes à travers ça, que tu joues continuellement avec ton existence, les misères d'un triathlon Ironman à côté de ça, c'est bien petit. Dans un Ironman, c'est un pas à la fois et parfois tu n'avances plus. J'avais appris ça en étant réfugiée. C'est finalement au Canada que nous avons abouti. C'est le plus beau cadeau qu'on pouvait s'offrir», affirme celle qui, en guise de reconnaissance pour l'accueil que sa famille a reçu, s'engage bénévolement depuis 30 ans au Service d'aide aux Néo-Canadiens à Sherbrooke.

Repères

- 65 ans;

- Mariée et mère de deux garçons;

- 3e chez les 65-69 ans au Championnat mondial de triathlon Ironman;

- Chef de la Patrouille canadienne de ski au parc du Mont-Orford depuis 22 ans;

- Parle 4 langues : français, anglais, russe, slovaque.

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