L'importance de la différence

Dre Adrianna Mendrek... (Spectre Média, René Marquis)

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Dre Adrianna Mendrek

Spectre Média, René Marquis

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

(Sherbrooke) Encore toute jeune, dans sa Pologne natale, Dre Adrianna Mendrek a commencé à s'intéresser aux différences hommes/femmes. D'abord sur le plan culturel, où elle constate que les garçons et les filles de son âge ne sont pas élevés de la même façon. Puis, quelques années plus tard, alors que ses études en sciences lui permettent de constater que la majorité des expériences menées en laboratoire sont effectuées sur des rats... mâles.

Or, depuis vingt ans, Dre Mendrek a développé une expertise en neurosciences qui tend à démontrer qu'il existe des différences importantes dans le fonctionnement du cerveau entre les hommes et les femmes aux prises avec des troubles psychotiques, tels que la schizophrénie, ainsi que dans les cas de dépendances, tels que le tabagisme.

Dans le cas de la schizophrénie, les résultats de ses essais cliniques en neuro-imagerie ont démontré que de faibles doses d'oestrogène (hormone femelle) et de testostérone (hormone mâle) pourraient être envisagées comme traitement parallèle au traitement traditionnel de la schizophrénie.

En ce qui concerne la dépendance aux drogues, ses travaux ont porté sur la toxicomanie, incluant le tabagisme, et en particulier sur les effets de la nicotine, à laquelle les femmes semblent avoir plus de difficulté à se départir, notamment en raison de leur cycle menstruel.

Sur ce dernier point, Dre Mendrek se fait toutefois très prudente avant de sauter aux conclusions.

« Les différences entre les hommes et les femmes en ce qui concerne la nicotine ne sont pas très grandes, dit-elle. Mais ce qu'on a pu observer, de façon très générale, c'est que les envies de fumer chez les femmes semblent plus prononcées lorsque le taux d'hormone est à son plus bas durant le cycle menstruel », explique Dre Mendrek, qui s'empresse d'émettre une mise en garde compte tenu du fait que les résultats de ces études ont été largement diffusés dans les médias, notamment dans le magazine Time ainsi que dans le New York Daily News

« Cela ne veut pas dire qu'une femme aura plus de chance d'arrêter de fumer si elle cesse alors que son taux d'hormone est à son plus haut, précise-t-elle. Puisqu'il s'agit d'un cycle, le taux va inévitablement redescendre », ajoute-t-elle.

Lorsqu'il est question de cigarette, le meilleur conseil qu'elle peut donner aux femmes, dit-elle, c'est d'arrêter de fumer lorsqu'elles se sentent bien. « Il ne faut pas réduire les dépendances à la cigarette à une question d'hormones, dit-elle. Nous sommes beaucoup plus complexes que nos hormones. Il y a tous les facteurs extérieurs, comme le stress, qui doivent aussi entrer en ligne de compte », ajoute-t-elle.

S'il est une chose dont la Dre  Mendrek est toutefois convaincue, c'est qu'il faut dorénavant tenir compte des différences cognitives entre les hommes et les femmes lorsqu'il est question de traitement à l'aide de médicaments. « Que ce soit pour traiter la schizophrénie, la dépression ou même la pression sanguine, on doit se rappeler que nous sommes différents. Et cela est d'autant plus vrai pour les femmes ménopausées », ajoute-t-elle, rappelant les erreurs commises par le corps médical dans le traitement par hormonothérapie.

Le cerveau et le zen

Outre ses travaux de recherches et d'enseignement à l'Université Bishop's, Dre Adrianna Mendrek est aussi une adepte des philosophies et des pratiques de vie orientales. Elle offre d'ailleurs depuis quelques années une série d'ateliers portant sur l'art et la méditation (appelés Zen and Brain), auxquels participent les étudiants et les membres du personnel de l'Université Bishop's.

« C'est la beauté d'enseigner dans une petite université comme Bishop's, dit-elle. Lorsque j'ai proposé d'offrir des ateliers sur la méditation axée sur la pleine conscience (mindfullness), la réponse a été très enthousiaste. Il y a quelque chose ici qu'on ne retrouve nulle part ailleurs », ajoute celle qui offre également des cours de yoga dans les studios de la région en plus de donner des conférences sur le sujet.

Dre Mendrek ne prétend pas que la pratique du yoga et de la méditation sont des pratiques éprouvées auxquelles tout le monde devrait s'adonner dans sa quête vers le bien-être personnel.

« Au contraire, dit-elle. Je crois que chaque personne est différente. Le yoga et la méditation ne sont pas bons pour tout le monde. Certaines personnes peuvent atteindre le même niveau de bien-être en faisant du jogging, de la natation ou simplement de la marche. L'important, c'est d'être bien dans ce qu'on fait. »

Repères :

- Née en Pologne. Elle est arrivée au Canada à l'âge de 19 ans;

- Professeure titulaire au département de psychologie de l'Université Bishop's depuis 2012;

- Professeure associée à l'Université de Montréal;

- Chercheure au Centre de recherche du CHUS;

- Détient un doctorat en neuroscience/psychiatrie (2001) de l'Université de la Colombie-Britannique;

- A fait des études postdoctorales à l'Université de la Californie à Los Angeles (UCLA);

- Récipiendaire de nombreuses bourses, notamment de l'Institut de recherche en santé du Canada et le Fonds de recherche en santé du Québec.

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