Pour l'avenir d'Haïti

Wilson St-Jean... (Spectre Média, René Marquis)

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Wilson St-Jean

Spectre Média, René Marquis

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<p>Alain Goupil</p>
Alain Goupil
La Tribune

Changer la situation un pas à la fois. S'il y a une façon de décrire l'approche qu'a choisie Wilson St-Jean pour sortir les jeunes Haïtiens de la rue, c'est celle de la patience et de la persévérance.

Son projet, qui est en train de mobiliser les forces vives de la région sherbrookoise, s'appelle La Maison de jeunes Le Passage. Située à Jérémie, à 300 km à l'ouest de Port-au-Prince, celle-ci compte accueillir des jeunes pour leur offrir des ressources nécessaires à leur autonomie.

Car le sort des jeunes de la rue a toujours été une source de préoccupation pour cet enseignant de 39 ans à l'école du Touret. Une préoccupation qui remonte à son tout jeune âge.

« En fait, cela remonte à ma grand-mère, raconte-t-il en se rappelant son enfance dans "la Cité des Poètes". De son vivant, ma grand-mère s'est toujours occupée des jeunes de la rue. Elle les logeait et les nourrissait. À sa mort, c'est ma mère qui a pris la relève. Or, depuis que ma mère est décédée, en 2012, je sens que j'ai la responsabilité de prendre la relève de ma mère et de ma grand-mère. »

Chaque année, Wilson St-Jean se rend donc en Haïti, à ses frais, afin de jeter les bases de ce que deviendra La Maison Le Passage. Déjà, grâce à divers partenariats tant au Québec qu'en Haïti, ses interventions lui ont permis d'acquérir un terrain de 14 400 mètres carrés, qui compte un entrepôt auquel sera greffée la future maison de deux étages de 16 mètres sur 30.

« On n'a pas la prétention de changer Haïti. Ce qu'on veut faire, c'est de permettre aux jeunes de se servir de leur potentiel pour améliorer leur vie. Notre but n'est pas d'arriver et de leur dire : ''Tiens, je te donne 100 dollars, merci bonsoir!'' Ce n'est pas ça l'idée. On veut plutôt leur montrer comment ils peuvent mettre leurs talents, leur créativité à profit pour gagner 100 $. C'est ce que dit notre slogan : ''Je ne te donne pas d'argent, mais je vais te montrer à travailler!'' »

Concrètement, ces jeunes se verraient offrir la possibilité d'apprendre divers métiers tels que plomberie, menuiserie, maçonnerie, cuisine, etc. Bref, tous les métiers qui peuvent leur permettre d'être autonomes et de gagner leur vie. Ce sont autant de métiers dont Haïti a besoin, dit-il, et qu'il faut montrer aux jeunes.

De l'aide seulement pour construire la maison

Petit à petit, le projet est à prendre forme. Déjà, une firme d'architectes a offert ses services afin d'en dresser les plans. Deux coquetels dinatoires ont permis d'amasser les fonds et de sensibiliser de nombreux Sherbrookois à la cause.

« L'objectif, présentement, c'est d'obtenir de l'aide, que ce soit sous forme d'argent ou de bénévolat, pour construire la maison, explique Wilson St-Jean. Une fois la maison construite, on ne veut plus demander d'aide. On veut qu'elle puisse accueillir dix jeunes, cinq garçons, cinq filles, âgés de 12 à 18 ans. Comme dans l'esprit de ma grand-mère et de ma mère, ils y seraient logés et nourris, mais en autosuffisance, c'est-à-dire avec un jardin et une microentreprise qui générerait des fonds et qui permettrait aux jeunes de faire divers apprentissages. »

« Une fois que les dix jeunes seront installés, on veut permettre à tous les jeunes de la rue de Jérémie de venir à la Maison pour participer à des ateliers de formation. »

Comme le veut l'appellation de la Maison, les dix jeunes résidents seront donc de passage. « Une fois qu'ils auront atteint 18 ans, on ne les laissera pas tomber, précise Wilson St-Jean. On veut leur offrir un accès à du microcrédit qui leur permettrait de se lancer en affaires à partir de ce qu'ils auront appris à la Maison. »

Toujours, dit-il, dans une optique d'autosuffisance, afin de briser le cercle de la dépendance.

« Beaucoup de jeunes Haïtiens ont grandi avec l'idée d'attendre qu'on leur donne quelque chose... Ce n'est pas de leur faute; c'est comme ça qu'ils ont grandi. Et c'est comme ça depuis des générations. C'est pour ça qu'on dit qu'on ne changera pas cette situation du jour au lendemain. On sait que ça va prendre du temps.

« Mais ce que je constate à chacun de mes voyages là-bas, c'est qu'il y a une volonté de la part des jeunes de se lever, de se prendre en mains et de mener une vie différente. Tout ce qu'ils demandent, c'est qu'on leur montre comment faire. Le potentiel est là. Une fois qu'on leur aura montré quoi et comment le faire, ils s'en sortiront, j'en suis convaincu. »

Il cite en exemple le cas du jeune Oberne Sanon, âgé de 10 ans. Orphelin et habitant de la rue, celui-ci s'est présenté devant Wilson St-Jean en tenant dans ses mains un petit avion à hélices qu'il avait lui-même confectionné à partir de boîtes de lait en aluminium et de matériaux trouvés ici et là.

« Lorsque j'ai vu tout le potentiel de ce jeune garçon, cela m'a convaincu que je devais construire cette Maison pour qu'il puisse exploiter son talent afin de vivre une vie épanouissante. »

Repères

- Président-fondateur de La Maison de jeunes Le Passage

- Né à Jérémie, en Haïti

- A dû quitter Haïti à l'âge de 6 ans

- Diplômé de l'Université de Sherbrooke

- Enseignant spécialisé à l'école du Touret

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