Une petite idée devenue un grand projet

Adriana Herrera Duarte... (Spectre, Jessica Garneau)

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Adriana Herrera Duarte

Spectre, Jessica Garneau

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<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

Tout a commencé par un geste spontané pour adoucir le Noël d'une collègue de classe qui vivait dans une grande précarité économique.

Onze ans plus tard, sans tambour ni trompette, la campagne Adoptez une famille pour Noël a réussi en 2015 à jumeler 92 familles sherbrookoises à autant d'âmes généreuses, sensibles aux valeurs de partage et d'entraide.

« On a aidé 92 familles, mais c'est plus que 92 familles, parce que les gens aidés partagent ce qu'ils reçoivent avec d'autres personnes. Je savais dès que j'ai commencé ce projet que c'est ce qui se passerait... Ce n'est pas nécessaire d'être riche pour partager ce qu'on a dans la vie. Il faut juste avoir le désir d'aider les autres » , constate Adriana Herrera Duarte.

Mme Herrera est la bougie d'allumage de ce mouvement d'entraide qui a trouvé écho dans plusieurs milieux, dont les collèges du Mont Sainte-Anne et du Mont Notre-Dame, les Chevaliers de Colomb et l'Archevêché de Sherbrooke.

« Ce n'est pas un prix (le Mérite estrien) pour moi, redonne d'emblée Mme Herrera, c'est un prix pour tous les Sherbrookois qui participent, pour tous les donateurs qui sont sensibles à la pauvreté d'autrui. »

Adriana Herrera Duarte est d'origine colombienne, arrivée à Sherbrooke en 2003 en tant que réfugiée politique, avec ses trois enfants alors adolescent et jeunes adultes.

Militante des droits de l'homme dans son pays, elle a été persécutée. Elle s'est fait des ennemis qui ont attenté à la vie de sa fille et qui ont traqué la famille jusque dans l'anonyme capitale de Bogota, forçant du coup son exil au Canada.

La pauvreté, elle l'a vue de près. L'injustice aussi. Et le sentiment d'inutilité qui guette les réfugiés quand ils se trouvent catapultés dans une autre réalité.

« Les deux premières années ici ont été très dures pour moi, confie-t-elle. Je ne voyais pas mon futur au Canada. En Colombie j'étais très dynamique, j'avais une reconnaissance sociale dans ma ville. Ici j'avais ce sentiment d'inutilité, amplifié par la barrière de la langue, et surtout par le fait de ne pas pouvoir aider les autres... »

Batailleuse, Mme Herrera n'a pas cédé au découragement et a plutôt laissé sa nature reprendre le dessus. Rapidement, dans les classes de francisation qu'elle fréquentait, des néo-Sherbrookois se sont tournés vers elle pour avoir de l'aide dans le difficile processus de réunification des familles.

Puis le projet Adoptez une famille pour Noël est né. Et avec lui, Adriana Herrera Duarte a trouvé une autre raison d'avancer.

«Une idée simple»

« C'est une idée simple, qui est en train de devenir un projet de la communauté. Ça me réconforte, car la société ici non seulement me laisse faire, mais elle le fait avec moi. »

Après avoir intégré le marché du travail et fait du bénévolat, Mme Herrera a repris le chemin de l'université en 2009 et elle complètera cette année une maîtrise en service social.

Elle vient également d'être élue présidente de l'Association Colombie Estrie pour laquelle elle caresse plusieurs projets.

Et elle se réjouit de voir ses trois enfants devenus « plus québécois que colombiens », eux qui s'identifient davantage à l'égalité, au respect et à la sécurité qu'ils ont rencontrés sur leur terre d'accueil.

« Ma fille qui s'est fait tirer dessus apprécie par-dessus tout la sécurité. Celle qui fait qu'elle peut sortir dans la rue le soir pour promener son chien sans aucune crainte... »

Adriana Herrera Duarte regrette parfois sa Colombie natale, mais ne comprend plus comment elle pourrait souhaiter y retourner, sachant toute la violence qui y sévit.

En ce début d'année, elle arrive même à se projeter en avant et à formuler des souhaits pour sa communauté d'adoption.

« En 2016, j'ai besoin d'un bon emploi. Je reste aussi avec l'idée que la pauvreté doit diminuer et qu'il faudrait plus de dignité dans le processus de vieillissement, sans précarité économique et sans isolement. Les personnes âgées - et pas seulement les personnes âgées immigrantes - ont donné beaucoup avant nous. Si on vit dans une belle société aujourd'hui, c'est parce qu'elles se sont battues pour ça. Elles devraient recevoir autant qu'elles ont donné. Mon rêve, c'est de leur permettre de vieillir dans la dignité. »

« Je veux également dire aux personnes immigrantes que même si nous vivons des choses difficiles, tout n'est pas impossible. Il faut croire en nous, il faut croire en nos capacités, il faut persévérer et croire

qu'une petite idée peut devenir un grand projet. »

Repères

Âgée de 51 ans;

A immigré au Canada en 2003 avec ses deux filles et son garçon;

Grand-mère de trois petits-enfants;

Complète une maîtrise en service social à l'Université de Sherbrooke;

Étudiante sous la direction de Marie Beaulieu à la Chaire de recherche sur la maltraitance envers les aînés du Centre de recherche sur le vieillissement du CIUSSS de l'Estrie - CHUS;

Nouvelle présidente de l'Association Colombie Estrie.

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