Voie de contournement : Frontenac veut le tracé alternatif

Dans son rapport dévoilé lundi, le BAPE invite... (La Tribune, Ronald Martel)

Agrandir

Dans son rapport dévoilé lundi, le BAPE invite la Ville de Lac-Mégantic et ses voisines à coordonner leurs efforts pour informer adéquatement leurs populations sur le statu quo.

La Tribune, Ronald Martel

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(Sherbrooke) La municipalité de Frontenac ne craint pas d'envisager le maintien de la voie ferrée au centre-ville de Lac-Mégantic. Le maire Jean-Denis Cloutier soutient même que si ses conditions ne sont pas respectées pour améliorer le tracé privilégié par la ville-centre, le statu quo prévaudra.

« Le BAPE (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement) a entendu notre message », a-t-il commenté en entrevue avec La Tribune, mardi, au lendemain de la publication du rapport de l'organisme gouvernemental.

« Que 65 % des gens soient favorables au statu quo, on dirait que c'est la majorité silencieuse qui s'est exprimée », ajoute-t-il.

Rappelons que selon ses consultations menées en mai à Lac-Mégantic sur les options de réaménagement de la voie ferrée traversant le centre-ville, le BAPE constate que deux scénarios ressortent clairement. Le statu quo présente les meilleures retombées, écrit le président de la commission, alors que l'option 3 relative à une voie de contournement présente plusieurs avantages environnementaux, sociaux et économiques.

Le BAPE invite donc la Ville de Lac-Mégantic et ses voisines à coordonner leurs efforts pour informer adéquatement leurs populations sur le statu quo.

Pour M. Cloutier, une voie de contournement du centre-ville de Lac-Mégantic est acceptable à la condition qu'elle passe par le trécarré (les lignes de séparation) des terres agricoles et forestières de Frontenac et que trois propriétés touchées par le tracé soient rachetées à bon prix puisqu'elles sont le fonds de pension de leurs propriétaires.

Actuellement, le tracé privilégié couperait en deux une dizaine de terres et passerait près de deux résidences qui sont la propriété de la mère et des grands-parents d'une des 47 victimes du déraillement meurtrier, déplore-t-il.

« Les citoyens de Frontenac ne sont pas emballés de voir le train arriver chez eux. Quand on a présenté le tracé à nos citoyens, en assemblée générale, j'ai vu des gens pleurer. En 26 ans de politique municipale dont 22 ans comme maire, je n'avais jamais vu ça », confie M. Cloutier.

Conditions difficiles

Le politicien en a également contre la façon dont le dossier a été mené par Lac-Mégantic. Il sourcille quand il lit que le BAPE recommande que Lac-Mégantic, Frontenac et Nantes informent et consultent adéquatement leurs populations.

« Ça fait longtemps qu'on veut être partie prenante de la discussion, plaide-t-il. On n'a pas travaillé dans des conditions faciles. Quand on a réussi à avoir un peu d'information sur les tracés à l'étude pour la voie de contournement, il a fallu signer une déclaration sous serment de ne rien dévoiler à nos citoyens. »

Jean-Denis Cloutier se montre sensible à l'épreuve qui afflige toute la communauté, mais refuse de sacrifier la population de Frontenac. « On est là pour défendre nos citoyens et on essaie d'avoir une vision régionale en proposant un tracé qui satisfera tout le monde. »

Son homologue de Nantes, Jacques Breton, continue pour sa part de militer fort pour une voie de contournement et un renforcement des lois de l'industrie ferroviaire. « J'ai poussé mon dossier jusqu'à la Fédération québécoise des municipalités, j'y retourne en septembre et je suis allé donner des conférences un peu partout dans la province pour expliquer les dangers de la voie ferrée. Quand on a vécu Lac-Mégantic, on ne vit plus avec la proximité de la voie ferrée de la même façon. »

Le maire Breton s'inquiète qu'en remettant le statu quo sur le tapis, le BAPE livre une bonne échappatoire aux gouvernements. « Si on ne réussit pas à s'entendre, analyse-t-il, on risque de se retrouver avec le statu quo. C'est une bonne solution si les gouvernements ne veulent pas sortir d'argent. »

Maire d'une municipalité qui accueille encore malgré elle la gare de triage de la Central Maine and Quebec Railway, il estime que le statu quo n'est pas une bonne idée. « Ça ne règle pas le problème, dit Jacques Breton. Les courbes sont dangereuses, la pente est dangereuse, le train passe au-dessus de la tête de plusieurs personnes près de Baie-des-Sables. Un train, il faut que ça passe dans un parc industriel et sur des terres où il y a le moins de gens possible. C'est ce que l'option 3 prévoit. »

Le député fédéral de Mégantic-L'Érable, Luc Berthold, n'hésite... (Archives, La Tribune) - image 2.0

Agrandir

Le député fédéral de Mégantic-L'Érable, Luc Berthold, n'hésite pas à blâmer les deux paliers gouvernementaux pour leur manque de leadership dans ce dossier de la voie de contournement.

Archives, La Tribune

Berthold attend un message clair des gouvernements

Le député fédéral de Mégantic-L'Érable, Luc Berthold, n'hésite pas à blâmer les deux paliers gouvernementaux pour leur manque de leadership dans ce dossier.

« Je déplore que les deux paliers de gouvernement laissent patauger Lac-Mégantic dans ça. Je crois qu'il appartient aussi au fédéral et au provincial d'intervenir. Ils sont trop muets sur leurs intentions. Ils devraient envoyer un message clair qu'ils vont construire la voie de contournement. Ce sont eux les spécialistes, Transport Canada et le ministère des Transports du Québec, qui jouent les observateurs, ils devraient faire preuve de plus de leadership », suggère-t-il.

Quant au rapport du BAPE, M. Berthold trouve normale l'approche adoptée. « Ils ont gardé les options de statu quo pour servir de comparaison, pour faire ressortir le meilleur tracé et améliorer les conclusions possibles. Pour en arriver à une acceptation sociale solide, il faut avoir vidé la question. Le BAPE a effectué une bonne analyse des éléments dans le peu de temps qu'il avait pour étudier le dossier. »

De son côté, un des Méganticois les plus éprouvés, Raymond Lafontaine, se demande « pourquoi construire une voie de contournement temporaire, que suggère l'option 3, en la faisant passer encore dans la ville, près de l'usine Tafisa, quelque chose qui va être à recommencer dans 25 ans? Pourquoi ne pas régler le problème pour 200 ans en la faisant passer plus au nord de la voie de contournement routière? », suggère-t-il.

« Ce sont des petites gens, qui ne pensent qu'en termes d'argent, plutôt que de régler le problème définitivement. Ils préfèrent pelleter le problème dans la cour du voisin. Je ne suis pas d'accord avec la décision qu'ils vont prendre. À ce compte-là, la voie ferrée devrait rester exactement où elle se trouve. Sinon, nous ne pourrons pas bâtir notre ville à moins de 300 mètres de la voie ferrée, c'est plus de 900 pieds, cela va empêcher tout développement. Ce n'est pas ça qu'on veut. Je suis contre. On n'a rien à dire, c'est peine perdue! » Ronald Martel




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer