Tragédie du 6 juillet 2013 : les Méganticois se souviennent

À la sortie de la messe commémorative, les... (La Tribune, Ronald Martel)

Agrandir

À la sortie de la messe commémorative, les gens se sont massés devant l'église et ont vécu un moment émouvant lorsque les 47 coups de cloches ont retenti en hommage aux 47 victimes de la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013, au centre-ville de Lac-Mégantic.

La Tribune, Ronald Martel

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Ronald Martel</p>
Ronald Martel
La Tribune

(LAC-MÉGANTIC) La mémoire joue des tours. Cette fameuse faculté qui oublie a aussi la capacité de ramener très frais à la mémoire, des souvenirs du passé, comme si c'était hier... Ce fut le cas pour plusieurs Méganticois, en ce 6 juillet, à propos de la grave tragédie ferroviaire d'il y a exactement quatre ans, qui a terriblement secoué la petite communauté estrienne de 6000 habitants, fauchant  47 vies au passage et détruisant la majeure partie du centre-ville patrimonial.

Pendant que s'égrenaient sur le coup de midi les 47 coups de cloches pour rendre hommage aux 47 victimes de la tragédie, certains Méganticois présents après la messe commémorative de 11h ont essuyé furtivement quelques larmes qu'ils n'ont pu contenir. Moment très solennel, propice au recueillement, où seuls les insectes volants émettaient quelque bruit. Un instant sorti de l'éternité, où tintaient les cloches de l'église aux timbres différents, comme les 47 victimes d'ailleurs très différentes par leurs âges, leurs personnalités, leurs caractères et leurs vies.

Bibiane Lafontaine, de Piopolis, est sortie très éprouvée de la tragédie, car cette dernière a fait trop de victimes, d'après elle, dont Karine Lafontaine, la bru de son cousin Raymond, qui a aussi perdu son fils Gaétan et sa femme Joanie, et deux de ses employés. «On a pris ça dur... En plus, Karine était une bonne amie de ma fille Sylvie. Elles étaient toujours ensemble. Encore aujourd'hui, c'est toujours pénible. Et le pire, la seule chose qui reste au centre-ville, c'est le désespoir de train. Car il a occasionné le désespoir des familles, surtout en pleine nuit. On a hâte qu'il passe ailleurs!»

Un nouvel arrivant à Lac-Mégantic depuis sept mois, Jean-Gabriel Diatta, un Sénégalais d'origine, qui a trouvé un emploi de chef d'équipe de fin de semaine chez Masonite, est en attente que son épouse, restée au Sénégal, et sa fille de sept mois, qu'il n'a pas encore vue, viennent le rejoindre à Lac-Mégantic, le mois prochain. La tragédie de Lac-Mégantic lui rappelle une autre tragédie dans son pays, survenue le 26 septembre 2002, un accident du bateau Joola qui a fait 2000 morts.

«J'ai perdu des parents, des amis et des personnes de l'université... Je peux comprendre ce que vivent les gens d'ici... »

Messe commémorative

Pendant la messe commémorative, le curé Gilles Baril a parlé de compassion et de solidarité, ce qu'il a pu facilement percevoir lui-même, arrivé quelques années après la tragédie, en remplacement du curé Steve Lemay. Après son sermon, des intentions ont été lues, composées en fonction de cette messe spéciale, pour les 47 personnes qui ont déjà vécu la grande rencontre avec leur créateur, les beaux rêves que ces personnes portaient pour qu'ils se réalisent, pour les familles et les amis des victimes et pour la communauté encore bouleversée.

Après la messe, le curé Baril a accepté de témoigner sur son expérience après une autre tragédie qu'il a vécue dans le passé.

«J'étais en stage pastoral, lorsque j'ai oeuvré comme vicaire à Asbestos. Il y a eu la tragédie d'Eastman, où un autobus a plongé dans le lac d'argent et 41 personnes sont décédées. À chaque année, dans la nuit du 4 au 5 août, je revis les événements. Ici, c'est normal qu'on ne puisse oublier, et tous les ans, les gens ne pourront que se souvenir. Car ici, en plus, le centre-ville a été détruit. La reconstruction ne pourra jamais remplacer les édifices patrimoniaux qui existaient auparavant.»

Après un moment de silence, M. le curé a continué. «Je voudrais dire qu'il faut pousser pour obtenir la voie de contournement du train. Car je comprends les citoyens qui la demandent... Chaque nuit, le train me dérange, parfois trois fois dans la même nuit!», a-t-il admis, sur le ton de la confidence.




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer