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47 dossiers de contestation à Lac-Mégantic

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Miguel Rouillard, dont la conjointe est décédée dans la tragédie de Lac-Mégantic, conteste le refus du contrôleur de l'indemniser pour des dommages moraux et lésions corporelles.

La Tribune, René-Charles Quirion

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(Lac-Mégantic) Le conjoint d'une jeune femme décédé lors de la tragédie de Lac-Mégantic semble avoir été oublié dans le processus d'indemnisation.

Miguel Rouillard a tant bien mal tenté de sauver Élodie Turcotte mais n'a pu rien faire lors de cette nuit du 6 juillet 2013 où le convoi fantôme de la Montreal, Maine & Atlantic a déraillé.

«Je restais près du Musi-Café où Élodie travaillait. Lorsque j'ai vu que ça brûlait, j'ai couru dans le feu pour sauver ma blonde. J'ai cogné aux portes pour que les gens sortent. Mon véhicule a brûlé. J'ai tout perdu même mes semelles de bottes qui ont fondu», témoigne Miguel Rouillard qui a reçu un montant pour s'être trouvé dans la zone rouge lors du drame.

Près de quatre ans après la tragédie de Lac-Mégantic, presque toutes les victimes qui avaient intenté des recours civils ont été indemnisées dans le cadre de la distribution du Fonds d'indemnisation de plus de 431 millions $.

La distribution aux familles des victimes de décès a été complétée en début d'année.

Sur les 4324 réclamations pour les lésions corporelles et dommages moraux, 47 contestent cette semaine le refus devant le juge à la retraite André Rochon qui été désigné comme arbitre des réclamations.

Ces contestations seront entendues jusqu'à jeudi au palais de justice de Lac-Mégantic.

Miguel Rouillard est l'une de ces victimes qui contestent le refus du contrôleur de l'indemniser pour les dommages moraux et lésions corporelles.

L'avocat qui le représente, comme tous les autres membres du recours collectif, Me Daniel Larochelle, a assuré qu'il fera les vérifications nécessaires afin qu'il puisse être indemnisé dans la catégorie des victimes en tant que décès même s'il est plus difficile à faire reconnaître les conjoints de fait dans le plan d'arrangement servant de base aux réclamations à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic.

«Élodie allait à l'école la semaine, mais restait avec moi les fins de semaine. Nous étions ensemble depuis deux ans et demi», signale Miguel Rouillard.

Miguel Rouillard devra fournir des documents concernant le choc post-traumatique qu'il a subi de même que ceux qui ont servi à l'indemniser en vertu de l'IVAC. Comme dans la plupart des dossiers entendus, l'arbitre André Rochon a pris la cause de Miguel Rouillard en délibéré en affirmant qu'il allait rendre une décision rapidement.

Malgré un processus qui se voulait le plus simple possible de l'avis du contrôleur responsable de la distribution du Fonds d'indemnisation des victimes de Lac-Mégantic, certains dossiers de victimes de dommages moraux et lésions corporelles semblent s'être égarés dans le processus administratif ou n'ont pas été complétés dans les temps requis.

La plupart des contestations entendues, mardi, concernaient des dossiers où le formulaire attestant des lésions provenant d'un médecin ou d'un prestataire de soins n'avait pas été remis avant la date butoir du 30 novembre 2015.

«Le dossier de mon fils semble être tombé entre deux chaises. Je me croise les doigts pour que notre réclamation soit acceptée parce que c'est notre dernière chance», a mentionné une mère de famille de Lac-Mégantic qui a fait une réclamation pour son fils.

Une serveuse du Musi-Café, qui ne travaillait pas le soir de la tragédie, devra aussi fournir des preuves de son suivi médical en lien avec le choc post-traumatique. À travers les nombreux documents distribués, elle avait omis de fournir le formulaire d'attestation par un professionnel du choc post-traumatique.

Le contrôleur Richter poursuit aussi en parallèle les rencontres avec ceux qui contestent les décisions de rejet partiel ou total de dommages économiques.

Une trentaine de personnes dont plusieurs gens d'affaires de Lac-Mégantic se succèdent dans le cadre du processus de médiation.

Des indemnités ont été versées dans quelque 1715 dossiers pour dommages économiques.

Yannick Grenier a été l'un des rares travailleurs... (La Tribune, René-Charles Quirion) - image 2.0

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Yannick Grenier a été l'un des rares travailleurs à avoir été blessé sur le site de décontamination.-

La Tribune, René-Charles Quirion

« Je vis une histoire d'horreur »

«J'ai hâte que ça se termine pour ne plus jamais avoir à mettre les pieds ici.»

Lorsqu'il est arrivé au volant de sa Toyota Yaris en ce mardi matin, la vue de La-Mégantic a ravivé chez Yanick Grenier cette odeur de pétrole qui l'a marqué à jamais.

Arrivé d'urgence en juillet 2013 alors que le tragique incendie faisait encore rage et que la substance inflammable circulait dans les conduites du centre-ville, ce spécialiste en produits pétroliers de Saint-Adrien-de-Ham a été appelé en renfort.

Embauché par la firme RSR Environnement, il travaillait comme aide-contremaître au pompage des milliers de litres de pétrole déversés dans la zone rouge.

«On entend parler que c'est du pétrole brut que transportaient les wagons, mais je n'y crois pas. Malgré mon expérience dans les produits pétroliers, je n'avais jamais vu ça. Quatre ans plus tard, je ne sais pas encore ce qu'il y avait là-dedans», soutient Yannick Grenier.

S'il connait l'apparence de la substance, c'est que Yannick Grenier a été l'un des rares travailleurs à avoir été blessé sur le site de décontamination à la suite du déraillement du train de la MMA qui a fait 47 morts.

Le 17 juillet 2013, un tuyau sous pression qui servait à pomper la substance a été débranché accidentellement. Le contenu l'a aspergé. Il en a reçu dans le nez, dans les yeux, dans les oreilles, partout sur le corps.

«J'en ai respiré, avalé. J'ai été brûlé aux mains, au visage, aux yeux, aux poumons et à l'estomac. Je vis encore des séquelles de cet accident. Je courais 40 kilomètres, je m'entrainais trois fois par semaine et j'étais champion de karaté. Je ne suis même plus capable de monter les marches sans être essoufflé. Je sais que je ne me rendrai pas à 60 ans», estime M. Grenier.

Il croit avoir été aspergé par un mélange de gaz de schiste et de liquide de fracturation, un gaz qu'il qualifie d'extrêmement dangereux.

L'homme de 45 ans, qui n'avait presque jamais mis les pieds à l'hôpital, est maintenant un abonné. Il estime s'y être rendu une soixantaine de fois depuis 2013.

Il a vécu une dépression et un choc post-traumatique. «Je vis une histoire d'horreur. Je veux savoir ce que j'ai reçu comme substance sur moi, mais personne ne semble le savoir», déplore Yannick Grenier.

Il a perdu son emploi dans les produits pétroliers a dû s'en trouver un autre beaucoup moins payant parce qu'il ne peut plus être exposé aux vapeurs de pétrole.

Lors de la médiation pour dommages économiques qui se déroulait en parallèle au palais de justice de Lac-Mégantic, il a appris que le montant qui lui est accordé sera rehaussé.

«On rehausse mon montant pour la perte de salaire depuis 2013. Pour le futur, je ne retrouverai jamais ce que je perdrai année après année», signale Yannick Grenier.

Il a aussi plaidé sa situation devant l'arbitre André Rochon pour les lésions corporelles et dommages moraux qu'il a subis.

Il a mentionné avoir reçu 1320$ par la CSST, mais que les séquelles à long terme ne lui sont pas reconnues.

«C'est manifestement un accident de travail. Je ne comprends pas pourquoi il n'a pas été indemnisé par la CSST», a souligné le juge à la retraite André Rochon.

Yannick Grenier a fait une réclamation tardive pour lésions corporelles parce qu'il n'avait pas entendu parler des recours étant donné qu'il ne réside pas à Lac-Mégantic.

L'avocat du contrôleur Me Sylvain Vauclair a expliqué à l'arbitre que les dommages subis par Yannick Grenier n'avaient pas été causés directement par le déraillement.

«C'est une formalité légale, mais les dommages doivent avoir été causés directement par le déraillement même si c'est arrivé sur le site lors des travaux en lien avec le déraillement. C'est essentiellement pour ça qu'il n'est pas indemnisé», a mentionné Me Vauclair.




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