Lac-Mégantic : « on a rempli les poches de ces voleurs-là! »

Des familles endeuillées par la tragédie ferroviaire du...

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Des familles endeuillées par la tragédie ferroviaire du 6 juillet 2013 sont outrées par les manoeuvres douteuses du cabinet juridique texan Garcia & Law Group, qui a empoché 40 millions $ en récupérant 40 pour cent des indemnités destinées aux clients qu'il représentait. -

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<p>Ronald Martel</p>
Ronald Martel
La Tribune

(Lac-Mégantic) Plusieurs familles endeuillées à la suite de la tragédie de Lac-Mégantic sont outrées des 40 millions $ qu'a empochés le cabinet texan Garcia & Law Group en récupérant 40 pour cent des indemnités des clients qu'il représentait.

L'émission Enquête a dévoilé la façon de faire de la firme américaine ainsi que les impressionnants montants qu'elle a pu amasser. Raymond Lafontaine, qui a perdu son fils Gaétan, deux brus et une employée lors de la funeste nuit du 6 juillet 2013, se sent floué. Il n'est pas heureux de la répartition que les avocats du Maine ont décidée pour le Fonds d'indemnisation des victimes.

« On a rempli les poches de ces voleurs-là ! Ils nous ont tous mis au pied du mur, il fallait signer, sinon rien. Pour la nouvelle répartition d'argent à venir, qui a été annoncée récemment, je ne comprends pas que les avocats vont avoir encore un pourcentage, mais ils n'ont absolument rien eu à plaider. Ça n'a pas de bon sens », dénonce celui dont le fils Pascal est apparu à plusieurs reprises dans l'émission Enquête diffusée jeudi soir sur les ondes d'ICI Radio-Canada Télé.

Les familles endeuillées de 40 des 47 victimes ont confié le mandat à Garcia & Law Group de les représenter. Dès l'été 2013, Willie Garcia, un réputé « chasseur d'ambulances » américain, débarquait à Lac-Mégantic pour recruter des clients chez les familles endeuillées. Garcia & Law Group n'aurait effectué aucun travail d'ordre juridique et aurait refilé leur cause à deux autres cabinets, tout en se gardant une bonne part de ces honoraires.

Comme plusieurs autres familles, M. Lafontaine a donné un mandat au fameux cabinet lors de la rencontre des chasseurs d'ambulances, au Motel Le Quiet, de Lac-Mégantic.

« Hans Mercier nous a appelés, pour qu'on soit présents au Quiet, afin de nous inscrire au Recours collectif américain. Rendus là, nous n'avions pas le choix. Avant telle date, il fallait qu'on signe, sinon on n'aurait rien. C'était comme ça pour tout le monde. Pour le reste, on ne les connaissait pas. Ils nous ont promis que ce serait équitable, qu'on aurait tous de l'argent. Ce qui n'a pas été le cas », déplore M. Lafontaine.

« Pris par l'émotion »

Un autre père qui a perdu sa fille et qui a requis l'anonymat, a décidé de ne pas « embarquer dans tout ça. J'ai fait une croix sur toutes ces affaires-là. Nous étions pris par l'émotion, nous étions perdus complètement. Au Quiet, nous avons rencontré les avocats, où il n'y a pas eu de pression, mais nous n'avions pas la tête à ça. C'est plus tard que nous l'avons fait pour nos petits-enfants, qui ont perdu leur mère », déclare ce père encore éprouvé.

« Avec ce qu'on a vu de l'émission, on ne le savait même pas, on s'est tous fait avoir. J'espère qu'ils vont le pincer, ce vautour de Lac-Mégantic, j'ai vu que c'est Willie Garcia qui a signé le contrat que j'ai, précise-t-il. Mais je ne me souviens pas de l'avoir vu, cet homme-là. Nous avons été compensés pour la perte de notre fille, mais très peu. De revoir tout ça à la télé, ça rebrasse encore les affaires, surtout qu'on s'est fait avoir. On pensait être avec des avocats de Chicago, aidés par l'avocat Hans Mercier. »

Jean Clusiault, qui a perdu sa fille Katy dans la tragédie de Lac-Mégantic du 6 juillet 2013, a signé un mandat auprès d'une autre firme du Texas, qu'il juge plus honnête, qui a été aidée par l'avocate méganticoise Gloriane Blais.

« Je félicite la façon dont mon dossier a été mené par mon procureur américain et par Gloriane Blais, qui ont travaillé de façon très humaine et discrète. Je savais qu'une quarantaine de familles avaient signé avec Webster et Flowers, ces avocats requins-là. On nous avait dit que si on voulait que ce soit jugé aux États-Unis, il fallait que toutes les familles embarquent, légalement. Mon procureur du Texas a défendu les sept autres membres de familles de victimes et aussi des commerçants. Il est venu à quelques reprises nous rencontrer à Lac-Mégantic, il a bien fait les choses », se réjouit M. Clusiault.

« Je n'ai jamais été mis au courant de la rencontre au Motel Le Quiet, poursuit-il. D'autres, plus tard, un couple d'amis, m'ont pratiquement obligé à aller rencontrer Gloriane Blais. Depuis le début, je dis que l'argent pourrait devenir un cadeau empoisonné. Cela ne ramènera jamais ma fille... J'espère que le monde va arrêter de chialer, à Lac-Mégantic. »

Du dégoût envers les « chasseurs d'ambulances »

Un sentiment de dégoût envers les « chasseurs d'ambulances » a envahi plusieurs Méganticois à la suite de la diffusion de l'émission Enquête.

« Ça ressemble à l'Ordre des médecins qui poursuit les charlatans qui pratiquent la médecine frauduleusement. Le Barreau du Québec devrait faire la même chose, car il a la mission de protéger la population. La ministre de la justice, Stéphanie Vallée, devrait également intervenir. Il faut que ça serve d'exemple et que ça incite la mise en place de mécanismes juridiques pour protéger les victimes, pour éviter qu'elles tombent dans les crocs des requins », lance Robert Bellefleur, le porte-parole de la Coalition de citoyens et d'organismes engagés pour la sécurité ferroviaire à Lac-Mégantic.

Il est celui qui a appelé la journaliste Sylvie Fournier, de l'émission Enquête, pour lui faire part du scandale. « Notre coalition est à l'origine de cette émission. Il y a un an, j'avais alerté Sylvie Fournier après avoir été consulté par une fiscaliste américaine, Michelle Whitmore, qu'on voit dans l'émission. Elle suggérait de mettre l'argent des victimes dans une fiducie canadienne, au lieu d'une fiducie américaine, ce qui n'a pas fait l'affaire des avocats américains ni de Willie Garcia, dénoncés dans l'émission. Ce qui a valu une rupture de ses services à Mme Whitmore. C'est elle qui les a dénoncés par la suite », raconte Robert Bellefleur qui ajoute que cette émission ajoute au drame de Lac-Mégantic.

« Déjà victimes d'une compagnie incompétente et irresponsable, MMA, et de l'aveuglement volontaire du gouvernement fédéral face à la sécurité ferroviaire, les membres des familles sont en plus victimes de ces avocats vautours américains », accuse M. Bellefleur, visiblement affecté par l'injustice vécue par ses concitoyens éprouvés.

Le conseiller municipal Jasmin Brière, de Lac-Mégantic, a pris les nouvelles à Radio-Canada, vendredi matin. Même s'il n'a pas tout vu l'émission, il croit « que si on échappe 100 $ par terre, des rats vont toujours se précipiter pour les ramasser. Au municipal, c'était normal que le premier intérêt était le physique, la sécurité des citoyens, leur donner à manger. Côté arnaque et psychologique, ça tombait au deuxième rang pour nous. La vie n'est pas facile à la Ville, on essaie de travailler pour le mieux, mais on ne peut tout contrôler. »

Le maire de Lac-Mégantic, Jean-Guy Cloutier, a décliné notre demande de réagir à la suite de l'émission.




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