Les employés du Centre jeunesse vivent une période de détresse

Les employés du Centre jeunesse de l'Estrie ne savent plus où donner de la tête... (Archives La Tribune)

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(SHERBROOKE) Les employés du Centre jeunesse de l'Estrie ne savent plus où donner de la tête et vivent une crise rarement vue qu'ils attribuent aux compressions budgétaires imposées au cours des dernières années.

L'état de détresse est sévère, de ce qu'on peut conclure des résultats décortiqués région par région et tirés d'une vaste consultation conduite par la CSN au Québec. Le taux d'absentéisme au sein des troupes est très élevé, s'insurge-t-on.

Cette enquête montre que seulement 6,12 pour cent des intervenantes et intervenants de l'Estrie estiment être en mesure de répondre adéquatement et en temps utile aux besoins de cette clientèle.

Pour 67,35 pour cent d'entre eux, les multiples formulaires à remplir et la saisie de notes constituent un obstacle majeur à la qualité de leur intervention. En Estrie, cette consultation a été complétée par 150 répondants ce qui correspond à 40 % du personnel concerné.

 « Les résultats de cette consultation mettent en lumière les impacts du sous-financement dans le réseau des centres jeunesse», lance Denis Beaudin, président du Conseil central des syndicats nationaux de l'Estrie - CSN (CCSNE-CSN).

«L'an dernier encore, le Centre jeunesse de l'Estrie a épongé 1,2 million en compressions qui ont affecté autant la pratique professionnelle que la qualité des services aux enfants et aux familles.»

«Les jeunes en difficulté vivent des situations de plus en plus complexes combinant des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de violence.»


L'enquête présente des constats et des chiffres alarmants pour les employés qui oeuvrent dans ce centre. « Les résultats décortiqués sont éloquents. Nous avons reçu de nombreux commentaires d'intervenants de la région témoignant d'un découragement extrême», ajoute Denis Beaudoin.

«Ceux-ci déclarent ne pas être en mesure d'offrir des services adéquats aux enfants en difficulté et à leur famille. La situation est grave.»

La dure réalité

Les compressions vécues depuis des années ont eu des répercussions sur tous les employés et ont aussi entraîné des suppressions de postes au sein du personnel de bureau. «Comment voulez-vous que les intervenants puissent offrir les services auxquels on s'attend d'eux quand ils sont toujours pris devant leur ordinateur pour pallier, entres autres, le manque de personnel administratif? », enchaîne Christian Grenier, vice-président du Syndicat du personnel du Centre jeunesse de l'Estrie - CSN (SPCJE-CSN).

« La compilation des notes fait partie intégrante de notre travail, poursuit-il. Or, le processus pour la prise de notes s'est beaucoup alourdi. Nous devons décortiquer chacune de nos interventions et les expliquer dans les plus fins détails. Les formations et les guides qui nous sont offerts pour savoir comment prendre ces notes illustrent la complexité de l'exercice », souligne-t-il.

«Par ailleurs, nous devons accomplir une série de tâches qui ne concernent pas directement les interventions cliniques, comme les demandes de cartes d'assurance-maladie, la logistique reliée au transport. Ces tâches grugent une très grande partie de notre temps. »

 Cet alourdissement des tâches crée une grande surcharge de travail et de l'épuisement professionnel, ce qui fait que 83,67 pour cent des personnes interrogées affirment effectuer des heures supplémentaires et 27,89 pour cent soulignent que les difficiles conditions d'exercice de leur pratique les ont forcées à prendre un congé de maladie.

« On demande aux employés de faire toujours plus avec moins, ils sont épuisés et tombent ainsi comme des mouches. Ceux qui restent ne disposent pas des ressources nécessaires pour bien exécuter leur travail », ajoute Christian Grenier.

En outre, 63,95 pour cent des répondants estiment que leur intervention sert plus à répondre aux cibles statistiques qu'à aider les familles.

« Les intervenantes et intervenants ne fournissent pas. Pourtant, les jeunes en difficulté vivent des situations de plus en plus complexes combinant des problèmes de santé mentale, de toxicomanie et de violence», renchérit M. Grenier.

«Déjà, le rapport du Vérificateur général du Québec 2009-2010 faisait état de la trop grande importance accordée aux tâches administratives, soit une moyenne de 55 pour cent dans les centres jeunesse sondés à l'époque. Six ans plus tard, on constate que non seulement le problème persiste, mais il empire avec les compressions libérales.»

Devant ce constat, le syndicat demande au gouvernement la tenue d'États généraux afin de faire la lumière sur les problèmes dénoncés par celles et ceux qui oeuvrent auprès des enfants vulnérables et de leur famille. «Nous réclamons aussi un moratoire sur les coupes budgétaires dans les centres jeunesse ainsi qu'un réinvestissement majeur dans le réseau», lance Denis Beaudin.

«La disette a assez duré. Le gouvernement doit prendre ses responsabilités et réinvestir dans le réseau.»

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