La maison d'un couple sera incendiée à cause d'un champignon

Ginette Demers et André Durocher doivent se résoudre... (La Tribune, Yvan Provencher)

Agrandir

Ginette Demers et André Durocher doivent se résoudre à quitter leur résidence  qui devra être incendiée en raison une infestation à la mérule pleureuse, un champignon dévastateur.

La Tribune, Yvan Provencher

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Yvan Provencher
La Tribune

(Saint-Georges-de-Windsor) Des moments extrêmement difficiles attendent le couple Ginette Demers et André Durocher le 17 septembre prochain alors que leur maison sera incendiée en raison d'une infestation à la mérule pleureuse. Ils quitteront leur propriété, n'apportant que leur linge et la vaisselle. Tout autre contenu de la maison sera la proie des flammes afin d'éviter toutes sources d'une éventuelle nouvelle contamination.

On désigne la mérule pleureuse comme « le cancer du bâtiment », ce champignon dévastateur qui se développe en raison de l'humidité. Peu visible dans la nature, il est un ennemi redoutable du bois oeuvré. La mérule pleureuse est si sournoise et féroce qu'une maison infectée doit être détruite. Au Québec, les cas se multiplient avec une cinquantaine d'infestations de propriétés connues. Or, aucune aide gouvernementale n'est à ce jour disponible pour les propriétaires qui doivent assumer entièrement les pertes engendrées.

Tout a commencé il y a cinq ans pour André Durocher et sa conjointe. Ce dernier, paraplégique suite à un accident de moto survenu en 1981, se déplace en fauteuil roulant. L'ascenseur de la maison étant brisé et nécessitant un remplacement complet, il a décidé d'aménager plutôt une chambre au rez-de-chaussée avec salle de bain adaptée, par un agrandissement. C'est sous le sous-vide que les champignons ont commencé à se développer puis à se répandre à l'ensemble du bâtiment.. C'est en faisant des travaux dans la résidence que l'infestation a été découverte.

« On a investi énormément de temps et d'argent pour rénover, aménager cette maison en tenant également compte de mon handicap. Maintenant, on se retrouve devant rien. Notre assurance ne couvre pas un tel sinistre. Il ne restera que le terrain, des bâtiments agricoles et une hypothèque à rembourser! Cette maison a 160 ans d'histoire et une bonne partie de la nôtre. Nous l'avons rénovée tant à l'extérieur qu'à l'intérieur, il n'en restera rien ».

Sa conjointe, Ginette Demers, est présentement en arrêt de travail. « Notre santé physique n'est pas pour l'instant très affectée. C'est lorsque nous devions chauffer le bâtiment que les problèmes de santé étaient plus perceptibles. Par contre, c'est sur le plan émotionnel que nous vivons de grandes difficultés. La présence de la mérule pleureuse nous a été confirmée en mars dernier, depuis les problèmes s'accumulent avec les décisions à prendre, les inquiétudes pour notre avenir ».

Le couple va temporairement habiter le garage de la propriété. « Nous voulons rebâtir ici, nous avons les plans d'une future maison, l'assurance d'obtenir les permis et autorisations requis de la municipalité.. De la propriété actuelle, nous avons retiré le revêtement extérieur à la demande du ministère de l'Environnement et nous allons retirer les contours de vinyle des ouvertures pour éviter des vapeurs toxiques lorsque les pompiers de la municipalité de Saint-Claude viendront brûler la maison », précise André Durocher.

Campagne de soutien

Les familles d'André et Ginette ont lancé une campagne pour leur venir en aide. Par diverses activités, environ 25 000 $ ont été à ce jour amassés. « La famille d'André compte 9 membres et la mienne 14, ce sont eux qui sont à l'origine de cette aide. Nous étions des gens qui donnaient, nous devons maintenant apprendre à recevoir, c'est difficile, mais l'aide est devenue indispensable, nous devons nous faire à cette idée » mentionne Ginette Demers.

Des discussions ont lieu au plan gouvernemental pour possiblement dédommager les personnes aux prises avec la mérule pleureuse. De ce côté l'espoir est permis, mais rien n'est de fait assuré. Risquant souvent d'être acculées au bord de la ruine, plusieurs personnes doivent présentement assumer seules les coûts énormes de cette mésaventure.

Cette campagne a été initiée via facebook sous l'appellation « Tous ensemble pour André Durocher et Ginette Demers ». On peut y lire un message du couple qui résume bien la situation: « Nous avions investi de l'amour, du temps et tout notre argent dans ce qui devait être notre nid de rêve, notre rêve est devenu cauchemar ». Plusieurs activités dans le milieu de vie du couple sont prévues pour les aider à se refaire une nouvelle vie.

Un champignon inoffensif pour la santé

Si la mérule pleureuse peut causer de graves dommages aux structures des maisons, forçant même parfois les propriétaires à abandonner leur logis comme c'est le cas à Saint-Georges-de-Windsor, ce champignon dévastateur est absolument inoffensif pour la santé, assure la Direction de la santé publique de l'Estrie.

« Selon les données de l'Institut national de la santé publique du Québec, il y a une certaine recrudescence de la mérule pleureuse au Québec: ce n'est pas épidémique, mais il y a quand même une augmentation de la présence de ce type de champignon qui s'attaque aux bâtiments. Par contre, la mérule pleureuse n'a aucun effet connu sur la santé. Ce n'est pas un champignon qui est pathogène », indique Claude Charbonneau, chef de service des services spécialisés à la Direction de la santé publique de l'Estrie.

Lorsque les spores orangées, rougeâtres ou jaunâtres de ce champignon s'installent dans un bâtiment, celles-ci doivent rapidement être détectées puisqu'elles se répandent à vitesse grand V et auront tôt fait de causer des dommages irréversibles à la structure de la bâtisse.

La mérule pleureuse est identifiable par sa ressemblance à de la ouate épaisse et blanche ou à une toile d'araignée avec des filaments gris pouvant atteindre plusieurs mètres de long. Elle peut aussi prendre la forme d'un champignon gélatineux de couleur rouge brunâtre.

« L'humidité, la noirceur et la chaleur sont les éléments qui font que des champignons vont se développer, mentionne M. Charbonneau. L'infestation de mérule pleureuse peut être enrayée, mais il faut vite passer à l'action. »

« Dans le cas de la maison à Saint-Georges-de-Windsor qui doit être incendiée, ça ne veut pas nécessairement dire qu'on a trop attendu avant d'agir. Ça peut être ça, mais parfois, c'est insidieux: les champignons peuvent se cacher derrière les murs ou à des endroits qui ne sont pas facilement visibles. Ça n'a rien à voir avec la propreté.  Avec Catherine Montambeault

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer