Travailleurs étrangers : la force qui permet d'exister

Si ce n'était de la présence des travailleurs... (Spectre média, Marie-Lou Béland)

Agrandir

Si ce n'était de la présence des travailleurs étrangers, dont plusieurs Guatémaltèques, Donald Pouliot de la Ferme Donabelle ne pourrait poursuivre ses activités.

Spectre média, Marie-Lou Béland

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Compton) Plus qu'une solution de rechange, les travailleurs étrangers temporaires (TET) représentent la force vive qui permet à Ferme Donabelle non seulement d'avancer, mais d'exister.
« Dans nos cultures, principalement les fraises et les framboises, il est clair que si nous n'avions pas cette main-d'oeuvre, nous serions obligés d'arrêter, déclare Donald Pouliot, copropriétaire. On ne pourrait pas se permettre d'investir autant d'argent dans nos champs et nos cultures en prenant le risque de ne pas avoir la main-d'oeuvre au bon moment. Les petits fruits c'est sept jours sur sept et la demande est plus forte la fin de semaine, alors que la main-d'oeuvre locale tient à avoir ses fins de semaine. »

« Lorsque la canicule frappe en plein mois de juillet ou août, si la main-d'oeuvre n'est pas prête à faire des heures supplémentaires, tu perds ta récolte. Si on annonce une grosse pluie de deux jours, c'est clair que les deux jours précédents on va cueillir un peu plus fort pour qu'il y ait des fruits un peu moins mûrs dans le champ. Ce sont des choses qu'on peut anticiper avec les travailleurs étrangers, mais qu'on doit oublier avec la main-d'oeuvre locale. »

Même s'il a pris une pause cette année afin de se restructurer, notamment au niveau de l'hébergement, Jacques Blain, copropriétaire des Vallons maraîchers, entend faire à nouveau appel à la main-d'oeuvre étrangère dès l'an prochain.

« Avec la réforme de l'assurance-emploi, le gouvernement Harper voulait favoriser l'embauche de travailleurs canadiens, ce qui n'est pas mauvais en soi. Mais la réalité, c'est que pour bien des Québécois, le travail à la ferme est un emploi de dernier recours, tandis qu'un travailleur étranger est ici pour faire de l'argent; il veut donc travailler le plus d'heures possible. »

« Je compare leur situation à la nôtre à l'époque des grands chantiers à la Baie-James ou à la Manic, où les hommes allaient travailler pendant six mois, 12 heures par jour, six jours par semaine avant de revenir à la maison avec un magot. »

Contrepartie

Des travailleurs étrangers dont la fiabilité, la disponibilité et la stabilité ont un prix puisque l'employeur doit assumer, entre autres, les coûts liés au transport des travailleurs, depuis leur lieu de résidence jusqu'au lieu de travail, l'hébergement (pour lequel l'employeur reçoit en contrepartie un loyer de 30 $ par semaine), ainsi que les frais liés à l'obtention des permis de travail.

Sans compter une liste exhaustive d'exigences que l'employeur doit remplir, mais pour lesquelles de plus en plus de producteurs font appel aux services de la Fondation des entreprises en recrutement de main-d'oeuvre agricole étrangère, couramment appelée FERME Québec, ou encore au Centre d'emploi agricole de leur bureau régional à l'UPA.

Malgré toutes ces contraintes, il semble que le jeu en vaille la chandelle, puisque Ferme Donabelle emploie des travailleurs guatémaltèques depuis huit ans. « On a commencé avec quatre travailleurs la première année et cette année nous allons en avoir 12. Les premiers sont arrivés en avril et ils repartent tous au début du mois d'octobre lorsque les récoltes sont vraiment terminées. »

« L'agriculture c'est intense et il y a beaucoup de stress derrière ça, dont le climat et les objectifs financiers à atteindre. Il faut donc que la main-d'oeuvre soit vraiment présente. Malgré le coût, un retour en arrière n'est aucunement envisageable », affirme Donald Pouliot.

Des besoins et de la paperasse

« Il y a de la relève en production laitière, mais de la main-d'oeuvre qualifiée qui correspond aux besoins des producteurs à moyen et long terme il n'y en a pas », affirme André Couture, copropriétaire de Ferme Coubert à Compton, dont la fille et le gendre ont choisi, du moins pour un temps, d'allonger leurs heures de travail afin de ne pas avoir à gérer les problématiques liées aux ressources humaines.

À bout de ressources et de patience, certains producteurs laitiers se tournent malgré eux vers l'automatisation, notamment par l'implantation de robots de traite. « On parle d'un investissement pouvant aller de 800 000 $ jusqu'à deux millions de dollars, reprend M. Couture. C'est donc dire que le producteur considère qu'il est plus payant d'investir dans la technologie que dans les ressources humaines. »

L'autre option consiste à embaucher des travailleurs étrangers temporaires (TET). « Auparavant la pénurie de main-d'oeuvre était davantage liée au secteur maraîcher, alors que depuis trois ans près du tiers de nos membres sont des producteurs laitiers et animaliers », partage Natalie Pouliot, directrice - Communication et service à la clientèle de FERME Québec, un organisme spécialisé dans le recrutement de main-d'oeuvre étrangère.

Or, même si cette solution gagne en popularité, les procédures administratives ne cessent de s'alourdir et nombreux sont les entrepreneurs agricoles qui misent sur le changement de gouvernement afin d'insuffler un vent de renouveau, mais surtout de compréhension.

« Parmi les propositions que nous faisons au gouvernement, c'est d'en arriver à un plan d'allégement procédural qui aurait pour effet de créer un dossier ouvert pour les employeurs de manière à diminuer le fardeau de papiers, indique Mme Pouliot. On ne peut dire ce qui va ressortir des travaux parlementaires sur la révision du PTET (Programme de travailleurs étrangers temporaires), mais il y a une ouverture et une écoute de la part du gouvernement qui fait du bien. »

À titre d'exemple, Mme Pouliot souligne l'exigence pour les employeurs de procéder à une demande d'EIMT (Étude d'impact sur le marché du travail), laquelle démontre que le travailleur étranger comble un besoin et qu'aucun travailleur canadien n'est disponible pour faire le travail.

« Les formulaires sont de plus en plus exhaustifs et laborieux, alors que certaines demandes d'EIMT reviennent d'année en année. Ce qui veut dire qu'un même producteur fait une même demande pour les mêmes dates et les mêmes travailleurs. Ne pourrait-on pas envisager un plan de trois ans où il y aurait une autorisation prima facie qui permettrait de ne pas avoir à remplir chaque année les mêmes documents? » questionne Natalie Pouliot. Dans les faits, selon FERME Québec, 90 % des TET reviennent chaque année.

L'autre pierre d'achoppement repose sur les délais, notamment dus à un engorgement récurrent des services gouvernementaux affectés, entre autres, au traitement des demandes d'EIMT. « Malgré que l'employeur respecte le délai de six mois pour faire sa demande d'EIMT, certains d'entre eux subissent encore des retards dans l'arrivée de leurs travailleurs pour le début de la saison. »

« Il faut comprendre que dans l'agriculture primaire, le temps ne se déplace pas, martèle Mme Pouliot. Le producteur doit toujours être prêt à répondre aux exigences de la nature. C'est une particularité qui donne le ton à tout et qui exige des aménagements singuliers. Il faut mieux planifier les ressources et le partage du travail, sinon réduire les tâches. »

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer