Les femmes au milieu, les hommes autour

Donald Dubuc parcourt et organise des soirées de... (Spectre Média, Frédéric Côté)

Agrandir

Donald Dubuc parcourt et organise des soirées de danses traditionnelles depuis quelques années déjà, entre autres dans son patelin de Richmond, où se tient d'ailleurs chaque anée le festival de danse Ooh La La.

Spectre Média, Frédéric Côté

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Sonia Bolduc
La Tribune

(SHERBROOKE) « Mademoiselle, voulez-vous danser, la bastringue, la bastringue? Mademoiselle, voulez-vous danser, la bastringue va commencer. » Idéalement, vous connaissez cet air bien de chez nous et vous l'aurez dans la tête toute la journée, toute la nuit peut-être aussi. Non? Votre jour de l'an ne se célèbre pas dans une salle paroissiale au gré du violon, des vieilles chansons et du caller de rigodons. Shame on you. Shame on us.

J'ai dansé mon dernier Paul Jones quelque part dans les années 1980, c'est monsieur Leroux, le père de mon beau-père, qui callait ça dans sa toute petite maison d'Asbestos. Après, allez savoir pourquoi, dans mes partys du temps des Fêtes en famille, les sets carrés ont laissé place à La Danse des canards, au Pied de poule pis à des danses en ligne où tout le monde fait la même affaire sans se toucher.

« La grande différence, elle est là, dans le toucher, dans l'échange de regards et de sourires, dans le contact humain nourrissant de gens qui construisent une danse ensemble, dans le plaisir, et aucunement dans la performance. »

C'est Donald Dubuc qui raconte. Ça adonne bien, Donald est aussi conteur. Mais d'abord, c'est un musicien et caller. Dans les soirées de danses traditionnelles de la région, dans les Veillées du plateau de l'Espace trad, lors des fêtes d'accueil des nouveaux arrivants à la Saint-Jean, dans des partys privés aussi. Donald s'installe sur la scène avec les musiciens, son plan de danses en poche. Il commence presque toujours la soirée avec une ronde, genre Paul Jones, justement, histoire d'évaluer ses danseurs.

« C'est une danse pas compliquée où il y a quand même pas mal d'interaction. Les danseurs apprennent ainsi à se connaître et se mettent dans le bain. Moi, j'évalue les affaires pas mal toute la soirée. J'ai un plan en main, mais selon les danseurs et l'énergie, je vais faire quelques changements, ajouter peut-être un peu de vitesse.

« Un caller doit évaluer le public pour qu'il y ait progression de la difficulté. Nos indications ne doivent pas être trop longues, mais elles doivent être complètes pour rester au service du plaisir. La complexité viendra ensuite de la vitesse de la musique, d'une certaine improvisation et du niveau des danseurs. »

Rondes, sets carrés, bastringues et contredanses se succèderont ainsi pendant des heures, le caller Dubuc tirant de sa poche sa flûte irlandaise de temps à autre pour accompagner les musiciens, à moins qu'il n'ait déjà en mains ses cuillères ou ses osselets de percussion. On l'écoute nous raconter tout ça, on a l'impression qu'il a baigné dans le folklore et les traditions toute sa vie.

« Pantoute », rétorque-t-il avant de nous parler de sa rencontre avec la musique à la fin des années 1990, puis de sa première soirée de danse dans un pub montréalais. « J'ai vécu là quelque chose de puissant et j'ai tout de suite voulu jouer un rôle dans ce contact entre le monde et la danse. »

Et ça marche, dans le temps des Fêtes, le temps des sucres et pendant la Fête nationale surtout. Mais Donald Dubuc est un petit wise. Au cours des derniers mois, il a intégré du chant et de la danse à ses soirées de conte. Et lors de la dernière Saint-Jean, à Sherbrooke, juste après avoir fait swigner les nouveaux arrivants en francisation sous le préau, il a osé caller une danse depuis la grande scène du parc Jacques-Cartier. « Les gens se sont levés et ont dansé. Je suis sûr que la majorité n'avait jamais swigné sur des danses traditionnelles. »

Aurait-on oublié notre folklore? « Il y a eu une rupture nette à une certaine époque de notre histoire, c'est évident, ce qui rend la recherche ardue pour ceux et celles qui veulent retrouver ces racines. Il y a un fossé à franchir pour récupérer nos traditions, que ce soit en danse, en musique, en conte ou en folklore. »

Et Dubuc se promet non seulement de les récupérer, mais aussi de les faire connaître un peu plus encore. « Un de mes rêves, c'est une soirée de danse trad à l'Université de Sherbrooke. Offrir aux étudiants autre chose qu'une soirée où tu danses tout seul. Leur offrir une soirée où tu entres en contact avec les autres par la danse... »

Et ça, Donald Dubuc l'avance sourire en coin, ça se fait aussi bien avec du techno qu'avec une bastringue, mademoiselle. Alors voulez-vous danser?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer