La Maison René-Verrier choisit d'offrir l'aide médicale à mourir

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Après une vaste consultation auprès de plus de 200 personnes concernées par les services qu'elle offre, la Maison René-Verrier a choisi d'ajouter l'aide médicale à mourir à sa gamme de soins de fin de vie. La décision a été annoncée le jour même où la Cour supérieure a choisi de mettre un frein à l'application de la loi sur les soins en fin de vie qui devait entrer en vigueur le 10 décembre.

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Yanick Poisson
La Tribune

(Drummondville) À la suite d'un important processus de réflexion, la direction et le conseil d'administration de la Maison René-Verrier ont décidé unanimement d'ajouter l'aide médicale à mourir à la gamme des soins de fin de vie offerts par la maison de soins palliatifs de Drummondville.

Dans un souci de transparence, la Maison a procédé, avant de se positionner officiellement, à une importante consultation auprès de plus de 200 personnes concernées par les services de l'organisme. Des patients et membres de leur famille, le personnel médical et soignant, les bénévoles, des donateurs et des partenaires ainsi que des employés ont été sondés avant de prendre cette décision, qui est, cela dit, sans appel. Les résultats révèlent que plus de 87 % des répondants sont en faveur de l'aide médicale à mourir et ils encouragent à y donner accès à l'intérieur des murs de la Maison.

« C'est une réflexion excessivement délicate qui fait appel aux valeurs fondamentales de tous et chacun, rappelle Elizabeth Verrier, la présidente du conseil d'administration. C'est pourquoi nous tenions à faire ce sondage interne. Nous sommes donc persuadés d'avoir l'appui de la très grande majorité des gens qui oeuvrent à nos côtés ».

Des rencontres et échanges officiels ont également eu lieu entre la maison de soins palliatifs et le nouveau CIUSSS Mauricie-Centre-du-Québec afin de s'assurer que ni la mission ni les critères d'admission de la Maison René-Verrier ne changent.

Avant d'aller de l'avant, la direction de la Maison avait trois conditions essentielles et elle a obtenu la confirmation écrite des représentants du ministère qu'elles seront respectées. Ainsi, en aucun cas, une personne ne pourra être admise à la Maison uniquement dans le but de recevoir l'aide médicale à mourir.

« Nous ne changerons pas nos critères d'admission et nous n'accepterons pas non plus les demandes en provenance de patients de l'extérieur de notre région sous prétexte que la maison qui dessert l'autre territoire n'y donne pas accès », statue la directrice générale de la Maison, Marie-Julie Tschiember.

Offert aux patients déjà admis

La directrice générale précise qu'il s'agit d'un soin de fin de vie que seule une personne déjà admise à la Maison pourra demander. Elle tient également à marteler sur le fait que ce n'est pas parce que le service sera demandé qu'il sera prescrit.

« Les critères de la Loi sont extrêmement précis à ce propos et c'est une erreur de croire que c'est un acte médical banal qui pourrait se faire facilement et couramment. On s'entend donc qu'il s'agira vraiment de cas d'exception liés à une souffrance physique et psychologique intolérable, que les soins spécialisés de notre équipe médicale et soignante ne pourraient plus atténuer », ajoute-t-elle.

En activité depuis 11 mois, la Maison René-Verrier a déjà accueilli un peu plus d'une centaine de patients en soins palliatifs. Grâce aux soins prodigués, aucun d'entre eux n'aurait manifesté le désir de recevoir l'aide médicale à mourir s'il avait pu y avoir recours en vertu de la nouvelle loi. « Cependant dans le futur, nous convenons qu'il pourrait y avoir des cas d'exception et pour nous, c'est la volonté du patient qui prime », clarifie Mme Tschiember.

Des résultats éloquents

128 personnes ont répondu au sondage mené par la maison drummondvilloise. De ce nombre, 111 se sont prononcées en faveur de l'aide médicale à mourir à l'intérieur des murs de la maison des soins palliatifs contre 17 qui étaient en défaveur.

Parmi les arguments soutenus par la majorité, l'aide médicale à mourir rejoint la mission de la Maison en matière de qualité de vie et de la dignité humaine, qu'il s'agit d'un geste de compassion qui s'inscrit dans le respect des dernières volontés et de mettre fin à des souffrances qui perdurent.

On considère qu'il n'y a pas non plus de meilleur endroit pour recevoir l'aide médicale à mourir et qu'il est aberrant de transporter une personne en fin de vie dans un milieu hospitalier pour qu'elle puisse recevoir le service.

Les quelques personnes contre ont fait valoir que Dieu est seul maître et qu'il ne fallait pas s'y substituer et qu'il y avait d'autres options pour soulager la souffrance. On croit que l'aide médicale à mourir est surtout conçue pour les proches incapables de vivre la fin de vie d'un des leurs.

Les maisons Aube-Lumière et René-Verrier : des cas d'espèce

Des 31 maisons de soins palliatifs en action au Québec, seulement deux ont choisi d'ajouter l'aide médicale à mourir à leur gamme de services. Vingt-six autres ont choisi de ne pas l'offrir et trois sont toujours en période de réflexion.

Considérant que chaque maison est autonome et libre de prendre ses propres décisions, la présidente de l'Alliance des maisons de soins palliatifs, Lucie Wiseman, ne s'était pas forgé d'attente en lien avec l'adoption de cette nouvelle loi.

« Chaque maison a mené sa réflexion et a consulté ses gens à sa manière. Les maisons René-Verrier et Aube-Lumière ont mené leurs démarches et en sont venues à leurs conclusions. Il pourrait y en avoir d'autres », dit-elle.

Les maisons avaient initialement jusqu'au 10 décembre afin de prendre une décision en vertu de la Loi 2, mais auront visiblement plus de temps pour se faire une tête puisque la Cour supérieure a mis un frein à l'application de la loi, mardi. Québec entend en appeler de cette décision.

Une meilleure accessibilité

Mme Wiseman s'est par ailleurs réjouie de la publication du Plan québécois sur les soins palliatifs, lequel était attendu de pied ferme depuis un bon moment. Elle est notamment satisfaite qu'on prévoie la fondation de nouvelles maisons afin d'assurer une meilleure accessibilité.

« L'objectif est d'avoir un lit par tranche de 10 000 habitants, ce qui est très bien. On prévoit également une formation accrue des professionnels du réseau en matière de soins palliatifs. Ce type de soin devrait ainsi être plus accessible », analyse-t-elle.

Il n'y a toutefois rien de plus pour les maisons existantes dans le Plan. Ces dernières, qui doivent boucler leur budget à l'aide de financement privé, devront continuer de retrousser leurs manches afin d'amasser les deniers nécessaires pour offrir de derniers instants de qualité à leurs patients en fin de vie.

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