Le premier couple au Québec à fonder une famille de trois enfants maliens

Geneviève Poulin et David Fortier se sont tournés... (Imacom, Jessica Garneau)

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Geneviève Poulin et David Fortier se sont tournés vers le Mali lorsqu'ils ont voulu fonder leur famille. Depuis, Malik, 5 ans, Ella, 3 ans, et Samba, 11 mois, sont devenus le centre de leur univers. Le couple d'Eastman est le seul au Québec, et probablement en Amérique, a avoir adopté trois enfants maliens via l'adoption internationale.

Imacom, Jessica Garneau

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(EASTMAN) Samba est né au Mali, mais il a trouvé sa famille au Canada à l'âge de 11 mois. Son grand frère et sa grande soeur, Malik et Ella, ont fait le même voyage pour trouver leurs parents, Geneviève Poulin et David Fortier. Avec l'arrivée de Samba en août, le couple d'Eastman est devenu le premier au Québec à fonder une famille de trois enfants maliens grâce à l'adoption internationale. Probablement les seuls au Canada et même en Amérique.

« Les États-Unis n'ont pas d'entente avec le Mali. Et comme le Mali est un pays francophone, ce n'est pas un choix naturel pour le reste du Canada ni pour les pays d'Amérique centrale ou du Sud », explique Mme Poulin.

Geneviève Poulin et David Fortier étaient ensemble depuis 3 ans lorsqu'ils décident de devenir parents. Mais il en a fallu cinq de plus avant qu'ils le deviennent grâce à l'adoption en 2010 de Malik, qui avait alors 6 mois.

Après avoir rempli la paperasse prouvant leur santé physique et psychologique, leur infertilité et leur absence de dossier judiciaire, le couple reçoit l'appel tant attendu.

« Je me pouvais plus lorsque j'ai pris le message disant qu'un jeune garçon de 4 mois nous était destiné, lance David. Je suis allé attendre Geneviève après son travail. C'était vraiment intense. » Quelques semaines plus tard, ils reçoivent une photo de Malik alors qu'ils sont en vacances. « En ouvrant nos courriels, on est devenus hystériques. On faisait tellement de bruit que les gens de l'hôtel sont venus nous avertir. »

Dès que le couple a le jugement d'adoption, il s'envole vers le Mali.

À leur arrivée, le trajet en taxi jusqu'à la pouponnière de Bamako leur paraît une éternité. Puis, Malik leur sourit. « Après le stress, l'anticipation, c'est la joie ultime et le soulagement de tenir enfin dans nos bras notre enfant », racontent les parents ajoutant que, chacune des trois fois, les larmes de bonheur étaient au rendez-vous.

Il faudra trois semaines avant que les nouveaux parents puissent ramener leur Malik à la maison. Entre temps, ils ont gardé Malik avec eux à l'hôtel. Puis à l'hôpital. « Malik avait une bronchiolite. Disons que leur système de santé n'est pas comme ici. Si j'avais vu une chèvre dans la salle d'attente de l'urgence, je n'aurais pas été surprise. J'ai dû fabriquer un inhalateur avec une bouteille de Coke pour l'aider à respirer », lance la maman.

« Ça nous a mis dans le bain assez vite! » ajoute en riant le papa.

«On était ouverts à tous les pays, mais certains avaient des critères auxquels on ne répondait pas.»


Le couple s'est tourné vers l'adoption après avoir appris qu'il était infertile. Et le Mali est apparu comme le meilleur pays pour adopter à cause de ses critères d'admissibilité.

« On était ouverts à tous les pays, mais certains avaient des critères auxquels on ne répondait pas. Par exemple, en Haïti et au Niger, dix ans de mariage étaient exigés à cette époque. Aux Philippines, on devait avoir une recommandation d'un membre du culte, mais je ne suis pas baptisée », relate Mme Poulin.

Le Mali venait de s'ouvrir à l'adoption internationale lorsque le couple s'inscrit sur la liste d'attente en 2007. « Avant 2006, les adoptions privées étaient permises, mais la Convention de La Haye est entrée en vigueur au Mali en 2006 et c'est alors que l'obligation de passer par une agence est survenue »

À cause de la pauvreté et des conventions ne permettant pas les grossesses hors mariage, beaucoup d'enfants sont abandonnés au Mali. 

« Au Mali, tu ne peux pas donner ton enfant en adoption, c'est illégal, donc les orphelins sont abandonnés dans des lieux publics à un très bas âge », explique David notant du même souffle qu'il est donc impossible de connaître les antécédents médicaux des parents ou les liens de parenté entre les orphelins.

Bien traités à l'orphelinat

Entre l'adoption de Malik et celle d'Ella, la situation politique s'est beaucoup dégradée au Mali. Et c'est à quelques semaines du coup d'État de 2012 que Geneviève s'est rendue avec sa mère chercher Ella, alors que David est resté à la maison avec Malik. Après 2012, l'adoption internationale a été fermée pour plus de deux ans. « L'orphelinat est construit pour 75 enfants de tout âge, mais ces temps-ci, il y en a 200 à cause de la fermeture des frontières », explique Geneviève. 

« Par contre, les enfants mangent trois fois par jour et sont éduqués », précise David. 

« On a vu des enfants de l'âge de Malik qui quêtaient dans la rue et qui avaient l'air pas mal plus dans la misère que les enfants de l'orphelinat de l'État qui sont pris en charge jusqu'à leur 18 ans. J'ai trouvé plus triste de voir les enfants chétifs dans la rue pleine de poussière et de boucane que ceux à l'orphelinat », enchaîne Geneviève.

Chaque année, David organise un tournoi de basket pour amasser des fonds pour l'orphelinat d'où viennent les enfants. Parce qu'ils ne peuvent pas tous les ramener!

La famille Poulin-Fortier rêve de retourner un jour visiter le pays qui a vu naître leurs enfants, mais la situation ne s'améliore pas au Mali. Mais un jour... Ils espèrent.

D'ici là, les parents souhaitent une vie normale, remplie d'amour et de possibilités pour leurs petits. « Ils ont été abandonnés, mais j'espère qu'ils ne laisseront pas ce fait les définir. J'aimerais leur offrir assez de beau pour que, sans oublier le laid, ils se concentrent sur ce beau », explique la mère qui a beaucoup d'admiration pour la résilience de ses enfants.

« Ils ont survécu à une grossesse non voulue, à un abandon. Ce sont les plus forts qui survivent. »

« Le fait qu'ils soient là, pleins de vie et de sourires, m'impressionne », s'émeut fièrement le père.

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