Le marché public : le nouveau perron de l'église

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Depuis le début de l'année, le Marché Locavore de Racine a doublé son achalandage.

La Tribune, Christine Bureau

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(Compton) Il était plus rare il y a dix ans de croiser sur sa route un marché public. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. Ils sont même devenus au fil du temps un lieu de rassemblement. Un endroit d'échange où, pour une rare fois, on sait chez qui et à quoi serviront les dollars qu'on dépense. Et dans les marchés de la région, cet engouement pour l'achat local est loin de s'essouffler. Au contraire.

« Au Québec on peut affirmer que nous sommes sur une lancée. Plusieurs villes qui n'ont pas encore leur marché public y songent et regardent ce qui se passe autour d'elles. C'est le nouveau perron de l'église! »

Ces paroles d'Isabelle Brodeur, coordonnatrice générale de l'Association des marchés publics du Québec (AMPQ), lancent merveilleusement bien la Semaine québécoise des marchés publics qui a débuté vendredi et qui se tient jusqu'au 23 août.

Pendant ces neuf jours de festivités, plus d'une soixantaine de marchés publics québécois célébreront leur passion pour la fraîcheur et le goût des produits d'ici.

« Il y a définitivement un retour à la terre et à l'achat local, confirme Mme Brodeur. L'endroit pour découvrir les joyaux locaux, c'est au marché public. Les producteurs sont fiers de partager leur savoir-faire et sont à l'écoute de la clientèle. C'est ce que les gens recherchent, pouvoir échanger avec les producteurs. »

De Sept-Îles sur la Côte-Nord à Ville-Marie en Abitibi-Témiscamingue, on dénote un engouement pour ces nouveaux lieux de rassemblement.

« Il y en a vraiment pour tous les goûts. Certains sont ouverts seulement une journée pendant quatre heures en période estivale alors que d'autres le sont sept jours semaine à l'année et ça fonctionne! », affirme Mme Brodeur.

Plus qu'un marché, un événement!

Il ne suffit pas d'ouvrir un marché pour s'attirer systématiquement la ferveur du public, il faut afficher sa personnalité, mettre en lumière ce qui rend chaque marché unique; le Marché de Compton l'a d'ailleurs très bien compris.

Chaque jeudi en fin d'après-midi au pied de l'église, on assiste à une véritable fête de village, un happening hebdomadaire où dégustations et discussions s'entremêlent pour le plus grand plaisir des Comptonois, ainsi que les nombreux visiteurs qui ont littéralement adopté le Marché de soir de Compton.

Pour sa deuxième année, le marché est revenu en force avec une nouvelle formule, un ensemble de 18 kiosques en bois au centre desquels les consommateurs peuvent s'attabler pour déguster leurs trouvailles. « En juillet, en une heure nous avons enregistré un achalandage de 900 personnes! partage Diane Goyette, présidente des Comptonales, l'organisme qui gère le marché. Le tiers des gens sont de Compton. Pour nous c'est une victoire, car notre objectif premier était que nos gens s'approprient leur marché public. Ils aiment l'ambiance, c'est beau et ils s'y sentent bien. Pour nos producteurs, le marché est un lieu de développement de produits. On peut y faire découvrir de nouveaux produits en étant à même de voir la réaction du consommateur. »

En sept soirs d'ouverture, le marché a enregistré des ventes totalisant 75 000 $.

« De l'argent qui ne se serait pas dépensé à Compton, rappelle Mme Goyette. Ça démontre aussi à tous ceux qui ont investi dans ce projet et qui nous ont fait confiance, que leur argent rapporte à la communauté. Tous les marchés ont des personnalités différentes et plus il y en a, plus on développera chez les gens le réflexe d'aller au marché public. Il n'y a aucune raison qu'il n'y ait pas de marchés dans toutes les villes. »

Loin de se reposer sur ses lauriers, leMarché de soir de Compton compte ajouter deux kiosques dès l'an prochain, de même qu'éventuellement intégrer un nouveau partenaire à la dynamique, un four à pain!

Un peu plus loin sur la route 147, le Marché public de Coaticook déploie également ses étalages colorés au parc Chartier, en plein coeur du centre-ville, les vendredis de 16h à 18h.

« Nous invitons tout le monde à profiter de la Semaine québécoise des marchés publics pour initier un ami ou un voisin à son marché public! », lance Isabelle Brodeur.

AILLEURS EN ESTRIE

Se régaler local à Racine

Depuis le début de l'année, le Marché Locavore de Racine a presque doublé son achalandage. Il accueille cet été presque 700 visiteurs par semaine alors qu'ils étaient environ 500 l'an dernier. « On crie presque au miracle! » s'exclame le président de la Coopérative de solidarité agroalimentaire de Racine, Gaston Michaud. « Nos producteurs sont très, très contents. »

Plus étonnant encore, la seule publicité que le Marché Locavore s'offre est le bouche-à-oreille. « On dirait que le seul marketing qui se fait ici est fait par les gens qui viennent et qui en parlent aux autres », se réjouit-il. Et pour lui, l'intérêt pour les marchés publics n'est pas qu'une vague.

Bien que la compétition soit de plus en plus féroce, il ne voit pas les autres marchés publics comme des compétiteurs capables de les submerger. « Nous, on appelle ça de la coopétition. Les gens apprennent de plus en plus qu'ils peuvent se procurer des produits de qualité tout près de chez eux. Comme il y a plusieurs marchés qui fonctionnent, ça prouve que ce n'est pas une vague. Ce serait une vague s'il y avait un seul marché qui fonctionnait et rien ailleurs. Je pense que ça marque la valeur que porte le consommateur à l'achat local et à une alimentaire saine et de qualité », résume-t-il.

Horaire : Tous les samedi entre 9h et 13h jusqu'à la mi-octobre, puis à tous les deux samedis jusqu'à Noël. Le reste de l'année, la Maison du marché reste ouverte.

Trinquer à Lingwick

Dans le Haut-Saint-François, c'est au marché de la Petite école à Lingwick qu'il faut se rendre pour consommer local. Après une année de pause, les organisateurs ont décidé de relancer leur marché du samedi... le vendredi! « Ça a été une bonne décision de changer de journée. Le samedi, c'est le début d'une longue journée pour les producteurs et les artisans. Même chose pour les gens, qui ont souvent quelque chose de prévu le samedi. Maintenant, c'est le vendredi soir. Tout le monde est à la fin de sa journée », confie le coordonnateur du marché et propriétaire de La ruée vers Gould, Daniel Audet.

Une centaine de visiteurs vont y faire leur tour chaque vendredi. Au cours de l'été, l'organisation estime qu'il s'y transigera 60 000 $. « Pas mal pour un village de 400 personnes », fait-il remarquer. Et ce qui a fait coller la sauce du Marché de la petite école 2.0 a été d'impliquer les organismes locaux. Chaque vendredi, l'un d'entre eux opère le P'tit pub. À la fin de l'été, chacun part avec une partie de la cagnotte.

Et surtout, rappelle Daniel Audet, un marché peut venir combler un besoin qui n'a rien à voir avec son appétit. « Notre succès, on le doit en grande partie parce qu'on vient combler un besoin de la population locale de notre municipalité. Il n'y avait plus vraiment d'endroit où les gens pouvaient se rassembler », note-t-il.

Horaire : Tous les vendredis entre 16h et 19h pour acheter des produits locaux et savourer un délicieux souper cuisiné avec des ingrédients du coin. Jusqu'à 21h pour le P'tit pub.

Champêtrer à Melbourne

Situé à quelques dizaines de kilomètres de Racine, le marché champêtre de Melbourne a lui aussi vu sa clientèle augmenter au cours de l'été. La plupart sont des résidents du coin, mais ils reçoivent aussi la visite de gens d'ailleurs, des touristes ou de simples curieux. « Quand on fait de la publicité dans les journaux ou à la radio, ça se voit le samedi suivant. Souvent, ça attire des gens qui viennent pour visiter, mais il y en a certains de ceux-là qui restent et qui deviennent des réguliers », estime le membre du conseil d'administration du marché Champêtre, Ghislain Lepage, lui-même un producteur d'agneau et de porc de la Ferme Lepage.

La compétition ne lui fait pas peur non plus. « Notre clientèle est très fidèle. Ce sont des gens qui veulent savoir d'où vient la nourriture qu'ils achètent et chez nous, il n'y a pas de revendeur. Ce sont tous les producteurs et les artisans qui viennent vendre leurs produits sur place. C'est sûr qu'on ne retrouve pas de bananes et d'oranges, mais tous ceux qui sont là ne s'approvisionnent pas par exemple à Montréal pour venir revendre en région. C'est quelque chose qu'on va voir dans les plus gros marchés; des bouchers, par exemple, qui vendent de la viande qui ne vient même pas du Québec », confie-t-il.

Horaire : Tous les samedis entre 9h et 15h jusqu'à la mi-octobre. Il y a un BBQ sur place qui permet aux visiteurs de goûter un plat cuisiné par un producteur différent chaque semaine.

***

Pour découvrir d'autres marchés publics de l'Estrie comme ailleurs, on peut consulter le site Web de l'Association des marchés publics du Québec à www.ampq.ca.

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