L'affinage d'un village

Les vendredis de la fromagerie du Presbytère font... (La Tribune, Sonia Bolduc)

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Les vendredis de la fromagerie du Presbytère font courir les foules depuis quelques années déjà et la popularité de l'événement ne se dément pas. Pendant que les touristes et visiteurs prennent d'assaut les alentours des anciens bâtiments religieux avec leurs tables, leurs chaises, leurs victuailles et leurs proches, les Élizabethois ont plutôt choisi de retraiter vers la maison et d'attendre d'autres moments pour passer chercher leur fromage.

La Tribune, Sonia Bolduc

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(Sainte-Élizabeth-de-Warwick) On ne tombe pas vraiment sur Sainte-Élizabeth-de-Warwick par hasard. On a forcément décidé d'y aller, de quitter l'inconfort de la route 116, de suivre un tracteur et/ou la rumeur jusqu'au presbytère du village, là où le curé a laissé place depuis belle lurette au fromager.

Oui, on en parle tout de suite du fromager Jean Morin, parce que la vérité, c'est que c'est lui pis sa gang qui ont mis Sainte-Élizabeth-de-Warwick sur la mappe.

« Ici, c'est 372 de population pour l'ensemble de la municipalité, sauf les vendredis soirs de l'été, où là, ça quadruple pas mal tout le temps. Des fois, y a jusqu'à 2000 personnes qui débarquent d'un peu partout pour les vendredis de la fromagerie », racontent le maire Luc Leblanc et le vénérable citoyen André Beauchesne.

Je fais juste une petite parenthèse ici pour dire à quel point cette anecdote fait saliver des gens dans tous les villages où je suis passée cet été pour cette série de textes, tout particulièrement ceux et celles qui se démènent pour faire bouger les choses et attirer le visiteur dans leur coin.

Fin de parenthèse.

Luc Leblanc et André Beauchesne font tous deux partie des rares Élizabethois à profiter encore de ces vendredis soirs à la fromagerie, une initiative lancée y a quelques années par Jean Morin pour permettre à ses concitoyens de se retrouver et de profiter non seulement des fromages frais qu'ils connaissaient depuis toujours, mais aussi du presbytère et ses alentours. Le vendredi, les gens de Sainte-Élizabeth se réunissaient donc sur la pelouse du presbytère, on prenait une bière, on jasait, on mangeait du petit lait, de la fesse, du fromage en grain, on retournait à la maison et on se reprenait le vendredi suivant.

Ça s'est jasé, ça s'est su, les gens ont accouru. Vraiment beaucoup de gens. Il n'exagère pas le maire avec ses milliers. Et un ou deux milliers de personnes, dans un village comme Sainte-Élizabeth avec pas d'auberge, pas de stationnement, pas tant d'infrastructures, disons que ça fait pas mal de monde, sinon à la messe, du moins au presbytère.

Un boulanger et un vigneron tiennent maintenant étal sur place, des musiciens sont au rendez-vous, les gens débarquent avec leurs tables, leurs chaises, leur lunch, leur petit boire et leurs grandes familles. Et ils débarquent de plus en plus tôt, stationnent leurs bagnoles tout le long de la Principale, des deux côtés, ça déborde même du village, une voiture se faufile à peine entre les deux rangées. Un tracteur et sa machinerie, on oublie ça, les agriculteurs de la place doivent faire le détour par les rangs. Les agriculteurs font le détour, les gens du village restent chez eux.

« Ils viennent encore chercher leur fromage et placoter un peu, mais ils ne restent plus, c'est vrai », concède Jean Morin, qui ne semble pas leur en tenir rigueur.

Même s'il voulait, il n'a peut-être pas tant le temps non plus pour le ressentiment. Jean Morin a récemment acheté l'église du village qui courait à sa perte faute d'entretien et de moyens, il est en voie d'en faire sa salle d'affinage. On aménagera tout de même une petite chapelle dans l'ancien choeur pour tenir la messe du dimanche matin, et des toilettes publiques afin de répondre aux besoins (!) des visiteurs du vendredi.

De toute façon, vous vous y seriez arrêtés depuis le début de l'été ou même l'an dernier que vous auriez pu penser que l'église et le presbytère ne faisaient déjà qu'un. Le vendredi, les chaises, les tables et les dégustateurs de fromage sont enlacés jusque sur le parvis, ça descend même vers le terrain de balle et les terrains de jeu derrière les bâtiments. Y a du monde partout, faut circuler prudemment.

Avant de vous pointer là-bas, vous aurez déjà réservé votre fromage par téléphone ou internet. Le petit lait sort vers 16 h, la fesse vers 17 h 15, le grain ensuite vers 18 h. La plupart du temps, Jean Morin se promène avec une meule et offre des petites tranches de son réputé Louis d'Or aux gens en leur jasant. Le Louis d'Or, c'est malade. Parfois, c'est le maire qui s'occupe de la meule.

« Y a toujours plein de monde dont c'est la première fois, c'est leur baptême et ils n'en reviennent pas », raconte le maire Leblanc, un gars originaire de Lac-Mégantic et qui a vécu à Victo avant de venir s'établir ici en 1986.

Une fois sur place, attendez-vous à échanger avec pas mal de monde. Ceux de la table d'à côté sans doute, mais aussi ceux qui vous suivront dans la file des réservations ou dans l'autre file, celle des fromages fins, parce que quand même, tant qu'à être là... Les gens commentent l'ampleur de la chose, le goût parfait des fromages, la beauté du village. Ils se relancent aussi sur le chemin parcouru pour se retrouver ici aujourd'hui : Sorel. Laurentides. Québec. Rive-Sud...

Warwick lance une dame. Imaginez, dit-elle encore, je viens de Warwick, juste à côté, pis je savais même pas que ça existait.

Fallait lâcher la 116...

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