Lac-Mégantic sous la loupe environnementale

Une vaste étude interuniversitaire se met en branle cet automne sur les impacts... (ARCHIVES LA TRIBUNE)

Agrandir

ARCHIVES LA TRIBUNE

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
<p>Jacynthe Nadeau</p>
Jacynthe Nadeau
La Tribune

(SHERBROOKE) Une vaste étude interuniversitaire se met en branle cet automne sur les impacts environnementaux de la catastrophe de Lac-Mégantic et sur les interventions d'urgence qui ont été déployées.

Elle sera menée par sept chercheurs de cinq universités québécoises, dont Sherbrooke, et a obtenu la participation et la contribution financière de plusieurs entreprises privées et organisations publiques, à hauteur de 500 000 $.

L'équipe vise à aboutir, dans trois ans, à des avancements en recherche et technologie des contaminants pétroliers, mais aussi à des recommandations à différents niveaux, dont l'élaboration de plans d'actions en cas de sinistre.

«Il ne faut pas que cet accident soit oublié. Il faut qu'il nous serve à avancer sur les plans de la préparation et de la gestion. Ce projet vise à utiliser le cas de Lac-Mégantic pour réaliser des études approfondies de façon à tirer toutes les leçons possibles afin qu'une telle tragédie ne se répète pas», plaide la professeure Rosa Galvez.

Professeure titulaire et directrice du département de génie civil et de génie des eaux à l'Université Laval, Mme Galvez est la leader du projet.

La chercheuse séjournait à Lac-Mégantic le 6 juillet 2013 et a assisté bien malgré elle aux premiers gestes qui ont été posés pour contenir les impacts du déversement de 5,3 millions de litres de pétrole brut dans la nature.

«On classe les catastrophes selon certains critères, rappelle-t-elle. Dans le cas de Lac-Mégantic, il y a eu un déversement de pétrole, des explosions, du feu, des récepteurs humains puisque c'est arrivé en plein centre-ville, des panaches de contaminants dans le ciel, de l'huile qui a coulé dans le lac et la rivière... C'est le pire des scénarios qui s'est produit.»

Avec le temps on a appris. Sur la nature non conventionnelle du pétrole, sur l'état des rails, sur les lacunes dans la réglementation du transport ferroviaire, notamment.

«Les pompiers ont combattu sans savoir tout sur ce qui brûlait. Ç'a été un fourneau à ciel ouvert allant jusqu'à 3000 degrés centigrades. Il y a eu combustion de ces composés et pas nécessairement complètes parce que les conditions n'étaient pas contrôlées. Il a fallu attendre les premiers rapports du Bureau de la sécurité des transports pour en savoir plus sur ce qu'il y avait dans les wagons», donne en exemple la Pr Galvez.

«Ç'aurait été aux compagnies impliquées, qui connaissent leurs produits, de dire les dangers et les meilleures techniques pour combattre ce type d'incendie, continue-t-elle, et bien plus tôt afin qu'on puisse limiter les impacts. (...) Aucune municipalité, personne n'est prêt pour ce type d'urgence environnementale.»

Les travaux de décontamination et le suivi de la qualité des eaux qui se sont par la suite enclenchés soulèvent également nombre de questions chez la chercheuse, qui est retournée à Lac-Mégantic le printemps suivant et qui a participé depuis deux ans à différentes conférences et travaux avec ses collègues chercheurs à l'invitation de la Société canadienne de génie civil.

«En tant que citoyen, ce qu'on s'attend à voir, c'est un bilan complet de la récupération du pétrole. Parce que quand on regarde les déversements de pétrole ailleurs dans le monde et qu'on fait le calcul de ce qui a été récupéré, c'est vraiment très peu, à peine 15 à 20 %. Et ça se fait à des coûts extrêmement élevés, lesquels sont souvent assumés par les citoyens.»

Dans le contexte économique actuel, la Pr Galvez se réjouit d'avoir obtenu une partie du financement souhaité pour lancer cette étude, parce que les inquiétudes sont grandes et que le pétrole n'a pas fini de traverser nos communautés.

«Ce serait très naïf de croire qu'il n'y aura plus de déversement. Le risque zéro n'existe pas. Et malheureusement, l'argent qui est mis dans l'entretien du système n'est pas proportionnel à l'expansion du transport de pétrole.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer