Mégantic : prendre la fuite

Raymond Lafontaine... (La Tribune, Ronald Martel)

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Raymond Lafontaine

La Tribune, Ronald Martel

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<p>Ronald Martel</p>
Ronald Martel
La Tribune

(MARSTON) Quand un train rempli de pétrole a déraillé au centre-ville de Lac-Mégantic le 6 juillet 2013, Raymond Lafontaine a perdu son fils, deux de ses belles-filles et une de ses employées. Deux ans plus tard, l'homme d'affaires se relève tranquillement de cette tragédie qui a décimé sa famille. Un jour à la fois.

Rencontré chez lui, il semblait incommodé par la question préalable : « Comment ça va? » « Tu veux que je te réponde quoi? » a-t-il demandé. Puis, après un moment, il ajoute : « Veux-tu les vraies choses ou une réponse polie? »

Et il s'explique. « Je suis revenu à la réalité, après avoir passé deux ans attristé par la perte de ma famille, par une séparation avec ma femme et le rejet par les dirigeants de la Ville de Lac-Mégantic. Je ne peux même pas aller voir mes employés qui travaillent au centre-ville! Je croyais que c'était un mauvais rêve, que j'allais me réveiller, que les élus municipaux manifesteraient de la transparence en collaboration avec les citoyens et qu'ils conserveraient un peu du centre-ville qui restait. Mais au contraire, c'est une grande déception après deux ans et tellement de cachotteries. Aucun citoyen n'était au courant de ce qui arriverait et le résultat, aujourd'hui, c'est que nous ne sommes pas plus avancés après des millions de dollars dépensés. La ville est débâtie, nous n'avons plus de patrimoine. Les élus n'ont pas fait un travail convenable! » déplore Raymond Lafontaine.

Mais il essaie de garder le moral : « Pour le futur, soyons optimistes, continuons à rêver! »

Difficile pour la famille

L'homme se décrit comme un bâtisseur. Originaire de Piopolis, il a déménagé à Lac-Mégantic et y a créé, successivement, huit compagnies au chiffre d'affaires atteignant 25 millions $, en plus de ses développements domiciliaires, etc. Mais devant une telle tragédie, comment remonter la pente?

« Pour la famille, c'est encore très difficile. Perdre mon fils, mes belles-filles et mes petits-enfants qui se retrouvent sans parents, c'est ça qui a été le plus difficile. On ne peut pas passer au travers en deux ans! C'est arrivé à cause de quelque chose qu'on croyait sécurisé par nos gouvernements qui sont supposés nous protéger et qui ont tous les pouvoirs pour nous protéger! Je suis très déçu de la sécurité offerte au peuple canadien et québécois. Il n'y a pas plus important que la sécurité de nos enfants. »

« Après avoir pleuré toutes les larmes de mon corps, je me rends à l'évidence que ça ne ramènera pas nos enfants et que la vie doit continuer. J'ai essayé de changer ma vie, j'ai rencontré une nouvelle compagne, j'ai essayé de connaître autre chose. Je m'enfuis à l'extérieur toutes les fins de semaine à bord de mon véhicule récréatif pour oublier et continuer à vivre. On prend la fuite parce qu'on n'est plus capable de voir cette ville-là, on fuit pour découvrir un nouveau monde. J'essaie de vivre un jour à la fois, avec celle qui est près de moi maintenant. »

Le père de famille éprouve visiblement beaucoup d'amertume face à la gestion qui a été faite de l'après-tragédie à Lac-Mégantic.

« Pour éclairer la population de l'extérieur de Lac-Mégantic qui pense qu'avec la tragédie, nous sommes devenus riches avec leurs dons, soyez assurés que nous n'avons rien reçu et que nous sommes certains qu'on n'en recevra pas beaucoup. On ne vous a pas appauvris. Et je crois que beaucoup de gens qui n'ont pas été touchés vont essayer de retirer le maximum. Je ne les crois pas honnêtes. »

Au sujet du pétrole qui va recommencer à circuler au centre-ville en janvier 2016, il raconte avoir essayé avec 19 autres personnes d'acheter les actifs de la MMA en faillite, en offrant 20 millions $, des actifs qui se sont finalement vendus 17 millions $ à Central Maine and Quebec (CMQ) Railroad.

« Nous avons été bloqués, en nous disant que nous ne rentabiliserions jamais ce train québécois, car plus jamais le pétrole ne circulera sur nos rails à Lac-Mégantic. Est-ce parce que CMQ est une compagnie américaine que le pétrole va recommencer à circuler au centre-ville? » se questionne-t-il.

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